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Implantation des prairies

Réussir un semis de prairie sous couvert de céréales

Le semis de prairie sous couvert de céréales est un bon moyen de sécuriser l'implantation de sa prairie. Cette pratique permet également d'obtenir deux coupes l'année de la mise en place.
Réussir un semis de prairie  sous couvert de céréales

Très pratiqué, il y a quelques décennies puis oublié, le semis sous couvert est remis en avant ces dernières années en raison de son taux de réussite élevé notamment en agriculture sans phytosanitaires. Cette pratique agroécologique présente de nombreux avantages :
• sécuriser l'implantation de la prairie par la limitation de la pression adventice et protection des jeunes plantules contre les aléas climatiques ;
• garantir une première coupe satisfaisante lors de semis de prairies multi-espèces avec une implantation lente ;
• assurer une couverture du sol limitant l'érosion et favorisant la vie du sol.
Néanmoins, le semis sous couvert impose de faire un compromis entre la réussite de la céréale et celle de la prairie. En effet, une céréale conduite jusqu'à la moisson pénalisera la prairie qui aura accès à la lumière tardivement. En règle générale, la priorité est donnée à la prairie. Le couvert sera donc semé et récolté en conséquence.
Comment et quand semer ?
Cette technique de semis impose deux passages de semoir : un pour le couvert et le second pour la prairie, préférentiellement en passage croisé.
L'idéal est de semer le couvert à l'automne et la prairie au printemps (avant le stade épi 1 cm de la céréale). Cette solution permet de maîtriser au mieux la profondeur de semis de la prairie en raison des précipitations hivernales qui permettent d'assurer un bon rappuyage du sol. Autre avantage, les légumineuses étant des plantes de lumière, elles sont favorisées par des semis de printemps. Dès que le sol est portant, le passage de la herse permet de créer de la terre fine, nécessaire au semis de la prairie. Le mélange multi-espèce est ensuite semé à une profondeur de 1 à 2 cm, puis rouler. Une autre possibilité consiste à semer au même moment le couvert et la prairie, toujours en passage croisé.
Quel couvert semer ?
Le choix du couvert se fait en fonction de la pérennité de la prairie. Pour les praifries de plus de trois ans, l'avoine avec son cycle plus lent est plus en phase avec la prairie. Pour les prairies d'implantation rapide, et d'une pérennité de une à trois années, toutes les autres céréales peuvent convenir. Le ray-grass d'Italie peut aussi être utilisé en couvert.
Comment récolter ?
La première coupe est réalisée plutôt en fauche précoce (ensilage ou enrubannage) afin de donner de la lumière le plus rapidement possible pour le développement de la prairie. Les céréales sont alors récoltées immatures. Les rendements obtenus sont, de façon générale, inférieurs à ceux de céréales seuls notamment en raison d'une densité de semis moins importante.
En revanche, une seconde exploitation est réalisable 35 à 40 jours plus tard
(pâture ou fauche).  

Article rédigé dans le cadre du Pôle conversion bio, par Pierre Vergiat, chambre d'agriculture de la Loire et Sandrine Malzieu, Ardab, avril 2015.

 

Témoignages

Stéphane Griot, éleveur laitier sur les Monts du Forez(42).
Semer le couvert et la prairie au printemps

L’exploitation de Stéphane Griot est conduite en agriculture biologique depuis 1998, sur 43 ha, avec 7 ha en céréales et le reste en prairies (moitié temporaires, moitié naturelles).
A 1 100 mètres d’altitude, les sols sont peu profonds, mais ils restent frais. Stéphane Griot ne laboure plus depuis trois ans. Il mise sur des mélanges de prairies diversifiées, « de type suisse », de sept à huit espèces de graminées et légumineuses. Ces prairies s’implantent lentement mais durent de nombreuses années. Pour lui, la priorité est donnée à l’implantation.
L’éleveur fait ses semis de prairies au printemps, fin avril, quelques-uns sous couvert de céréales d’automne, mais surtout sous avoine semée au printemps, une pratique qui lui vient de son père.
Semis en deux passages
A l’automne, derrière des céréales moissonnées, Stéphane implante un couvert de crucifères (raves), pour limiter la pression adventice et améliorer la structure du sol. Ensuite, en fin d’hiver, pour détruire ce couvert non gélif, plusieurs passages rapides d’un actisol à pattes d’oie sont réalisés. Enfin, au printemps, le semis se fait en deux passages : d’abord le semis d’avoine (80 à 100 kg / ha), puis celui de la prairie. A noter que concernant la fertilisation, Stéphane préfère apporter le fumier à l’automne sur la crucifère, pour éviter d’introduire des adventices dans la prairie. La présence d’avoine est bénéfique à plus d’un titre. Elle couvre rapidement le sol, le protège contre l’érosion, améliore sa structure avec son système racinaire puissant. Elle permet également aux plantules de prairies de se développer lentement en les maintenant à l’ombre et à l’abri du sec durant l’été, et en limitant la concurrence d’adventices.
Autre avantage, deux mois après le semis, il est possible de faire une coupe de foin d’avoine, particulièrement intéressant d’un point de vue nutritionnel. Une fois cette coupe faite, la prairie est déjà en place, prête à prendre le relais.
Stéphane précise que ses prairies, pour durer, profitent d’apports de fumiers et lisiers adaptés, et qu’il laisse épier une fois par an afin de conserver la diversité prairiale.
La technique du semis de prairie sous couvert de céréales fera l’objet d’un atelier présenté lors de la prochaine édition de la journée "Herbe, richesse du Forez" qui se déroulera en avril 2016 à Périgneux (42). Un mélange de prairie multi-espèces sera semé dans trois densités de semis de céréales (seigle). Une mesure de rendement sera réalisée sur le seigle à la moisson puis sur la prairie. 

 

Bernard Désorme, éleveur laitier dans les Monts du Lyonnais (42) parvient à assurer deux récoltes (céréales immatures et prairies) sur la même parcelle séchante.
Semer le couvert à l’automne et la prairie au printemps

L’EARL de la Thiollière est conduite en agriculture biologique depuis 2008, sur 53 ha, avec une moitié de l’assolement en prairies temporaires, une quinzaine d’hectares en méteil et le reste en prairies naturelles.
Bernard Désorme pratique une rotation avec quatre années de prairies temporaires multi-espèces, suivies de deux années de méteil. Sur certaines parcelles, il ne laboure plus depuis huit ans  mais fait en sorte que le sol soit toujours couvert : semis de trèfle violet entre les deux méteils, et l’implantation de la prairie dans le second méteil, également lors du passage de herse étrille de mars. A noter que cet outil est passé deux fois dans les méteils : à l’automne et au printemps.
Le fait de ne plus labourer et de limiter le nombre de passages en combinant d’une part hersage et semis sous couvert de méteils, et d’autre part déchaumages à disques et à pattes d’oie est économique : gain de temps et de gasoil. Sur la structure du sol, les effets sont visibles après quelques années : la portance est notamment bien meilleure et permet d’épandre sans problème le lisier au printemps.
La couverture du sol permet par ailleurs de limiter la pression des adventices. Sur les coteaux séchants, la pratique du semis sous couvert sécurise l’implantation de la prairie tout en permettant d’assurer deux récoltes (céréales et prairies) sur la même parcelle.