Risque de déficit accru en protéines végétales
Si le colza, contrairement à la majorité des cultures, a su mieux résister aux tumultes climatiques survenus en 2016, la récolte de l'ensemble des oléagineux (atteignant 6,3 Mt, estimation Agreste) a tout de même connu un recul net de 9 % par rapport à 2015. Chez bon nombre d'agriculteurs, la situation humaine est d'ailleurs jugée « dramatique » par le président de la FOP, Gérard Tubéry qui craint en conséquence une diminution des investissements, ayant pour incidence directe des baisses de production et de marge au sein des exploitations. En cette période préélectorale, les représentants des oléoprotéagineux demandent aux politiques d'être « fiers de l'agriculture française », un secteur clé dans les enjeux alimentaires, énergétiques, économiques et environnementaux. Pour autant, la récente adoption par la Commission européenne du « Paquet énergie propre » en novembre dernier, prévoyant une baisse du taux d'incorporation des biocarburants de 1ère génération de 7 à 3,8 % en 2030, fait bondir les producteurs d'huiles. « Cette décision va engendrer des problèmes de débouchés pour le colza français et donc provoquer une diminution de son assolement », explique Arnaud Rousseau, vice-président de la FOP. Une orientation qui, selon eux, va à l'encontre même de ce que prônent les instances publiques en termes de biodiversité, de diversification de la sole et des rotations. Le colza est considéré comme étant la première culture mellifère de France. Cette position européenne aurait, comme autre effet direct, l'accentuation de la dépendance protéique vis-à-vis des pays producteurs situés hors de l'Union européenne. Ainsi, la domination du continent américain dans la production de soja pourrait continuer de s'accroître dans les années à venir.
Effets sur les protéines européennes
Derrière la question des biocarburants, figurent l'huile et les protéines. De l'aveu même de Gérard Tubéry, le marché des huiles semble plutôt bien couvert à l'horizon 2050. En revanche, celui des protéines pourrait susciter de vives tensions à l'avenir. « Le régime de population mondiale change. La demande en protéines animales va augmenter en Afrique et dans les pays émergents. Cet appel va générer une demande très importante en protéines végétales », analyse Gérard Tubéry. D'après la FOP, le « Plan protéines » instauré en 2015 lors de la dernière réforme de la Pac n'a pas porté ses fruits. Autre sujet corrélé, le devenir de la culture de féverole en France. « Nous déplorons ce qui est en train de se passer avec la féverole », évoque Sébastien Windsor, vice-président de la FOP. Selon lui, l'interdiction d'utiliser les insecticides permettant de lutter efficacement contre la bruche engendre une situation catastrophique sur cette culture. « On ne peut pas lutter. On s'est fait sortir du marché là », regrette-t-il. Si rien n'est fait, la FOP anticipe d'ores et déjà la disparition de la féverole d'ici deux ans.
Baisse de 8 à 10 % des surfaces en colza pour 2017
Avec 6,3 Mt en 2016, la récolte d'oléoprotéagineux est en baisse de 9 % par rapport à 2015. Le colza affiche 4,7 Mt récoltées, soit un recul de 12 % sur un an. Ses surfaces sont jugées « stables » à 1,516 million d'hectares mais ses rendements se déprécient et s'estiment à 30,7 quintaux/ha soit une chute de - 13 % en comparaison de 2015 et de - 11 % par rapport à la moyenne 2011-2015. La cause ? Le manque de luminosité, les maladies et les attaques d'insectes qui ont sévi principalement en Ile-de-France, au Nord-Pas-de-Calais, en Picardie et dans l'Est de la France. Dans les régions de l'Ouest, les rendements ont également diminué mais restent meilleurs que la moyenne nationale. Pour la campagne 2017, la FOP reste prudente au vu de « l'extrême hétérogénéité des situations et de la nécessité de mesurer toutes les conséquences de la sécheresse à l'implantation sur le devenir des surfaces de colza d'ici à la sortie de l'hiver ». Cependant, les surfaces de colza sont prévues en baisse de 8 à 10 %. En tournesol, la récolte avoisine 1,2 Mt soit 4,6 % de plus qu'en 2015. Ces rendements demeurent faibles en raison « des attaques d'oiseaux et de limaces et de la faiblesse des pluies en juillet août », explique la FOP. En soja, le boom continue avec des surfaces en progression, atteignant les 137 000 ha en 2016 (doublement des cultures en deux ans). Son engouement s'appuie sur la forte demande en alimentation humaine et animale bio.