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SEMENCES

Sem Plus : se diversifier face aux évolutions du marché

Depuis 1623, la famille Lombard a marqué sa présence sur le territoire de la vallée de la Drôme et plus précisément Divajeu. Depuis quatre siècles, l’exploitation familiale a traversé les époques et s’est réinventée au fil des années pour se spécialiser aujourd’hui dans la production de semences, via la société Sem Plus.

Sem Plus : se diversifier face aux évolutions du marché
@AP-AD26
Jean-Michel Lombard est producteur de semences, céréalier et gérant de la société Sem Plus.

Quatre siècles d’agriculture et une exploitation familiale qui subsiste au fil du temps. Le secret ? La diversification. C’est le mot d’ordre porté par Jean-Michel Lombard, qui a repris en 2003 l’activité agricole tenue jusque-là par ses parents, désormais tournés vers l’agritourisme. Titulaire d’un brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA) obtenu au lycée Le Valentin à Bourg-lès-Valence, l’homme âgé aujourd’hui de 45 ans a immédiatement voulu donner une nouvelle direction à l’entreprise familiale. « Mes parents, après avoir longtemps fait de l’élevage (moutons, puis chèvres), se sont tournés vers les semences de tournesol, de maïs, etc. Malheureusement, le problème d’accès à l’eau était déjà présent à cette époque, c’est pourquoi ils ont très vite misé sur l’ail », explique-t-il. A son arrivée sur la ferme en 2003, Jean-Michel Lombard récupère donc 70 ha (dont 10 ha d’ail semence, 20 ha de maïs semence, 10 ha de tournesol semence, et 30 ha de céréales). En parallèle, il rachète la société Sem Plus, appartenant alors à Jean Peyremorte, ancien agriculteur sur la commune de Bonlieu-sur-Roubion, aujourd’hui disparu. « Il s’agissait d’une société commerciale d’ail, d’oignons et d’échalotes de semences. J’ai appris le commerce auprès de M. Peyremorte pour me diversifier. Il est important – d’autant plus dans le monde agricole – de toujours se remettre en question », avoue-t-il.

Un homme aux multiples casquettes

Désireux de devenir complètement indépendant, tant sur la partie agricole que commerciale, Jean-Michel Lombard assure aujourd’hui la totalité de ces tâches. Il a même racheté, en 2014, la société bretonne Boucault – aujourd’hui sous le nom Boucault-Lombard –, négociant en plants de pommes de terre semence. Une nouvelle corde à l’arc de la famille Lombard, qui s’ouvre alors à la vente aux jardineries, GMS, etc. 
Au fil des années, il a conservé – voire agrandi – sa surface agricole utile à Divajeu et alentours, à 80 ha qu’il cultive en céréales. Ces dernières – il en achète aussi en parallèle en complément - sont conditionnées en sacs destinés à l’alimentation basse-cour, sous la marque Val Drôme Saveur et vendues également en jardineries. 
A côté, il travaille en partenariat avec des agriculteurs sur une superficie de 110 ha de terres – de Montélimar à Montélier – sur lesquels il cultive ail de semence certifié SOC* (40 ha) et ail de consommation (70 ha) pour Sem Plus. « J’ai démarré la production d’ail de consommation en HVE / Global Gap en 2019 pour poursuivre ma diversification et anticiper les baisses du marché de la jardinerie. De nos jours, il est primordial d’observer les différents circuits de vente et de s’adapter à la demande des consommateurs. Avec la société Sem Plus, j’ai d’ailleurs développé la vente à l’export, à travers toute l’Europe, qui représente 40 % de mon chiffre d’affaire », indique-t-il. 

Garantir la production française

Toutefois, Jean-Michel Lombard se montre inquiet de l’évolution du marché : « si le marché national reste plus ou moins stable, les pays européens sont encore très demandeurs de semences. Toutefois, les coûts de production augmentant chaque année se répercutent sur le produit fini. Certains pays ne pourront à terme pas assumer cette augmentation et risquent de se détourner vers d’autres marchés… A un moment donné, il y aura une évolution de la consommation. Il faudra que le monde agricole ne rate pas le coche et soit réactif, afin de continuer à occuper le terrain et garantir la production française ».
Anticiper l’avenir, c’est ce que l’agriculteur de Divajeu s’attache à faire au quotidien. C’est pourquoi depuis janvier 2025, il a fait installer 1 800 m² de panneaux photovoltaïques (240 kW) en autoconsommation sur ses toitures de bâtiments. « Ce projet s’inscrivait dans l’ère du temps, et compte tenu de l’évolution des prix de l’électricité, il était important de franchir le pas ».
Et Jean-Michel Lombard de conclure : « je n’ai jamais arrêté mon premier métier, qui est celui d’agriculteur. Mais j’ai toujours essayé de greffer des filiales en parallèle pour pallier aux éventuels coups durs. Dans la famille, s’adapter a toujours été dans notre ADN ». Sa conjointe, Lydie Burel, aussi responsable administrative de Sem Plus, évoque « une exploitation atypique, conduite davantage comme une entreprise ».

Amandine Priolet

*Service officiel de contrôle et de certification (Semae)

Les chiffres clés de la production et de la commercialisation

Céréales (blé, maïs, maïs cassé, orge, avoine, tournesol strié, millet) : 1 000 T
Ail de consommation : 800 T
Ail de semence : 400 T
Oignons (négoce) : 200 T
Echalotes (négoce) : 100 T
Pommes de terre (négoce) : 100 T

L’exigence à la Française

Implanté sur les marchés français et européens en vente d’ail, d’oignons et d’échalotes de semences, Jean-Michel Lombard (Sem Plus) évoque une exigence toute particulière sur le territoire national. Bien que certifiée SOC – qui garantit un haut niveau de qualité -, sa production d’ail de semence est une « prise de risque quotidienne » pour l’agriculteur. « Ce risque n’est malheureusement pas à la hauteur de la rentabilité…et vu le marché de l’ail, cela peut nous coûter très cher », déclare-t-il. Et de regretter : « s’il y a le moindre problème sur la culture l’année d’après, les agriculteurs nous en tiennent forcément pour premier responsable. Nous n’avons malheureusement plus la relation humaine que nous pouvions avoir dans le passé ». Ce dernier avoue donc réfléchir à freiner sa présence sur le marché français pour s’ouvrir à d’autres horizons…

A.P.

@AP-AD26
Environ 1 200 T d’ail (semence et consommation) sont cultivés chaque année par l’agriculteur.
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Durant la pleine saison de l’ail, près de 60 personnes s’activent dans les champs et sur les lignes de blanchissement et de calibrage…