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Innov'Action

Solutions de lutte contre certains parasites émergents

En Drôme, cette année l'opération Innov'Action a été lancée le 6 mai sur l'EARL du Creux à Albon, chez Eric Veyret. Ce rendez-vous a été consacré aux stratégies de lutte contre les ravageurs émergents en maraîchage et viticulture.
Solutions de lutte contre certains parasites émergents

Pour la première des quatre journées Innov'Action organisées en Drôme, rendez-vous a été donné le 6 mai à Albon. En accueillant les participants à l'EARL du Creux, Corinne Deygas, élue de la chambre d'agriculture, a mis l'accent sur l'intérêt de partager et faire connaître les innovations par des agriculteurs qui parlent sur leur exploitation à d'autres agriculteurs. Eric Veyret a ensuite présenté son exploitation, familiale et de forme EARL depuis 1997, comprenant une quarantaine d'hectares. Sont produits sur quatre hectares (ha), dont 0,6 sous abris plastiques, des légumes (dont tomates et aubergines) et sur quatorze ha des fruits (pêches, abricots, pommes, poires, cerises, raisins de table, prunes, fraises, kiwis, mashis, figues et amandes). Plus de 90 % de la production est vendue directement sur la ferme et sur des marchés en Isère, dans le Rhône et en Ardèche principalement. Sur la surface restante, les semences de blé et d'orge, le mais, le colza et le tournesol produits sont collectés par une coopérative.
Certifié en agriculture raisonnée, l'EARL fait de la production biologique intégrée (PBI) depuis dix ans pour les fruits et légumes. Depuis plusieurs années, elle est confrontée au développement de nouveaux ravageurs qui touchent particulièrement les légumes (tomates et aubergines sous abri) et les fruits (fraises, abricots, cerises).

Tuta absoluta, un parasite très préoccupant

Tuta absoluta.

Claire Jaoul, conseillère maraîchage à la chambre d'agriculture de l'Isère, a évoqué le parasitisme émergent comme « très préoccupant sur les productions de tomates et d'aubergines, en particulier sous abri ». Le lépidoptère (papillon) Tuta absoluta est arrivé d'Amérique du Sud en Europe il y a une dizaine d'années. Ce parasite des solanacées cultivées (comme la tomate, l'aubergine, la pomme de terre...) et sauvages (comme le datura, les morelles...) a son son cycle de développement court. Ainsi, jusqu'à douze générations peuvent naître par an dans des conditions de chaleur optimales (sous abri). Les chenilles creusent des galeries (mines) dans toutes les parties de la plante : feuilles, tiges et fruits. Les perforations superficielles et les galeries internes sur les fruits diminuent fortement la qualité des produits.
Pour contrôler ce papillon, diverses méthodes de lutte sont à combiner :
- un piégeage massif avec une forte densité de pièges (20 à 25 à l'hectare), de type pièges à eau avec des phéromones attractives ;
- des lâchers d'auxiliaires prédateurs, comme Macrolophus pygmaleus (prédateur des œufs et des larves du papillon), à faire le plus tôt possible, et Trichogramma achaeae (parasite des œufs) tous les 7 à 14 jours ;
- des mesures prophylactiques larges visant la limitation de l'introduction de l'insecte (utilisation de plants non infestés et isolement des cultures sous abri), la destruction régulière de végétaux susceptibles d'héberger le papillon, ses œufs ou ses larves (déchets, mauvaises herbes, repousses), la destruction ou l'élimination des adultes, larves et œufs entre deux cultures sous les abris ;
- une lutte directe avec des insecticides homologués (mais d'un emploi délicat compte tenu du risque important d'apparition de résistances du fait d'un nombre élevé de générations par an) ou des produits à base de Bacillus thurengiensis (BT) ou de spinosad (autorisés en agriculture biologique). Suivant le produit utilisé, l'impact sur la PBI ou la faune auxiliaire peut être important.

Drosophila suzukii, un ravageur polyphage

Drosophila suzukii.

L'exploitation d'Eric Veyret est également confrontée à un autre parasite émergent sur les fruits : la mouche Drosophila suzukii. Sophie Stévenin, responsable de la filière arboriculture fruitière à la chambre d'agriculture de la Drôme, a expliqué que cette mouche, arrivée d'Asie du Sud-Est en France en 2010, est un ravageur de plantes hôtes cultivées (comme la cerise, la fraise, la framboise, la mûre, l'abricot...) et sauvages (comme le sureau noir, le sureau yèble, la ronce, le cornouiller sanguin...). Son cycle de développement court lui permet de réaliser jusqu'à treize générations par an dans des conditions de chaleur optimales. Très bien adapté à nos conditions climatiques, ce parasite passe l'hiver, même froid, à l'abri dans les haies, les sous-bois, pour reprendre son activité au printemps. Les femelles pondent leurs œufs sous la peau des fruits sains en cours de maturation. Les dégâts sont causés par les larves, qui se nourrissent de la pulpe des fruits et provoquent un pourrissement autour de la piqûre puis de tout le fruit. Les fruits rouges sont plus particulièrement touchés.
Du fait de la biologie de l'insecte et de sa polyphagie, le contrôle de ce ravageur ne peut être obtenu que par la combinaison de plusieurs méthodes. La prophylaxie sera basée sur :
- une limitation des fruits à maturité (plus exposés aux pontes) dans les parcelles par des récoltes fréquentes tous les deux à trois jours pour les cultures à récolte étalée ;
- l'enlèvement et la destruction des fruits à sur-maturité ou infestés dans la parcelle ;
- une aération maximale des cultures pour diminuer l'humidité de la végétation (favorable à la mouche) ;
- une suppression totale des fruits en cas de récolte compromise. Un traitement généralisé à sur-maturité ne garantit pas une efficacité suffisante sur tous les stades de l'insecte.
La lutte chimique est à mener conjointement avec celle combattant les autres ravageurs présents sur les cultures visées.
Les techniques alternatives sont limitées aux piégeages et aux barrières physiques. Le piégeage massif est insuffisant s'il est utilisé seul et présente, de plus, une contrainte très importante. Il sera plutôt établi en périphérie de la parcelle, principalement sur les haies de bordure, cela permettant d'attirer les insectes hors de la parcelle et de limiter la réinfestation par la bordure. L'utilisation de filet insect proof présente une très bonne efficacité, avec une absence de développement de maladies fongiques liées au manque d'aération. Envisageable pour des mono-rangs, il reste cependant difficile à mettre en œuvre.
Cynthia Sellier, élève ingénieur à la Sefra, a présenté l'application d'argile ou de talc. Testés à la station expérimentale d'Etoile-sur-Rhône, ces deux produits permettent une réduction limitée des dégâts. Un inconvénient est le marquage des fruits, notamment au niveau du pédoncule. L'absence de recul sur cette technique ne permet pas d'en valider son intérêt réel.
D'autres méthodes, l'utilisation d'auxiliaires ou de répulsifs, la confusion sexuelle... sont encore au stade des essais ou tests. 

3 Contacts : Claire Jaoul (06 98 02 12 58) et Sophie Stévenin (06 22 42 53 95).