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Forêt – bois

“ Sortir le bois de la forêt ”

A la troisième place en termes de volume de bois sur pied, la région Aura doit relever de nombreux défis pour peser face à la puissance du lobby du béton. Explications avec Marinette Feuillade, directrice générale de l’interprofession régionale Fibois.

“ Sortir le bois de la forêt ”

Quelles sont les caractéristiques de la filière forêt-bois en Auvergne-Rhône-Alpes ?
Marinette Feuillade : « Deux tiers des forêts d'Auvergne-Rhône-Alpes sont situées en zone de montagne. C'est la grande caractéristique de notre région. La forêt couvre environ 35 % de son territoire. Il existe environ 486 millions de m3 de bois sur pied. Le sapin épicéa est le point fort de la région Aura. Ce résineux est essentiellement utilisé dans le bois de construction. Quelque 5,23 millions de m3 de bois sont récoltés par an en Aura soit 13 % de la récolte française alors que l'accroissement biologique annuel est de 14 millions de m3. Le taux de prélèvement moyen est de 40 % de l'accroissement naturel. On pourrait arriver à 100 %. »

De quelle manière pourriez-vous arriver à ce résultat ?
M.F. : « Il faut réussir à sortir le bois de la forêt. 80 % des forêts sont gérées par des petits propriétaires privés dont certains ne sont même pas au courant. Ils ont hérité de ces terres mais ne savent pas vraiment les gérer. Ces forêts sont morcelées et souvent situées dans des zones peu accessibles. Il y a une difficulté logistique à récolter le bois. Il faut réussir à regrouper les propriétaires forestiers, créer des dessertes accessibles et moderniser les scieries et les entreprises de travaux forestiers. La forêt doit continuer à jouer son rôle de stockage de CO2 pour ralentir le réchauffement climatique. »

Quel est l'impact du bois local sur l'économie de la région ?
M.F. : « Les entreprises en construction bois de la région représentent environ 20 % des 1 981 structures nationales pour un chiffre d'affaires équivalent à 375 millions d'euros. Les entreprises de construction s'approvisionnent à 40 % auprès des scieries françaises, à 45 % auprès des réseaux de distribution et à 15 % auprès des scieries étrangères. La filière bois représente environ 20 200 entreprises en région et emploie environ 63 700 personnes. Elle génère un chiffre d'affaires de plus de 6 milliards d'euros, soit 2,5 % du PIB. L'utilisation du bois local, mis en œuvre par des entreprises locales a un impact très fort sur notre économie. Pour 1 000 m3 de bois local utilisé, 21 temps plein sont générés dans la région. ».

Quels sont les tout prochains défis à relever pour la filière ?
M.F. : « Dans la région, il n'y a pas assez d'entreprises de transformation du bois équipées pour produire des produits normés pour le bâtiment. Nous ne mettons pas assez de produits compétitifs sur le marché. Le sapin pectiné, par exemple, c'est la plus grande ressource de bois en France mais nous ne savons pas la valoriser. L'épicéa a donc pris logiquement le pas sur lui. La tendance générale est de valoriser du bois moyen car il est tout simplement plus facile à travailler. Nous devons tout faire pour promouvoir le bois dans la construction en prouvant aux maîtres d'œuvre que nous pouvons facilement respecter les normes d'isolation de la réglementation thermique 2020. Nous sommes aussi en capacité de répondre à la démarche E+C- lancée dans le cadre de la loi de transition énergétique pour réduire l'empreinte carbone des bâtiments. »
Propos recueillis par Alison Pelotier

 

Fusion / La nouvelle interprofession régionale Fibois a été inaugurée le 8 février dernier à Eurexpo, à l’occasion du Salon Eurobois.

Fibois, la nouvelle interprofession régionale

Les deux interprofessions régionales, Fibra Rhône-Alpes et Auvergne Promobois, ont fusionné en une seule structure le 1er janvier 2018, avec des interprofessions territoriales dans les départements de Rhône-Alpes et des adhésions directes d’entreprises dans les départements d’Auvergne. Ce nouvel organisme nommé Fibois a pour vocation de fédérer l’ensemble des acteurs de la filière forêt-bois de la nouvelle région. « En Aura, on n’a pas de pétrole mais on a du bois », lâche Michel Cochet directeur du Bois du Dauphiné. Conscient du poids de la région pour la filière, il souhaite travailler avec ses confrères pour ancrer davantage le bois dans l’économie locale. « Nous devons avoir une stratégie régionale pour que les circuits courts se mettent en œuvre sur le territoire », ajoute José Brunet, ancien vice-président d’Auvergne Promo Bois.
Fibois bénéficie des aides de la Région Aura. « Nous avons maintenu les crédits des deux anciennes interprofessions. Nous devons réussir à faire travailler propriétaires publics et privés ensemble, aider les entreprises à investir et à valoriser le gros bois », explique Raymond Vial, conseiller régional délégué à la forêt et au bois. En novembre 2016, la Région avait organisé les Assises de la filière bois, cherchant à fédérer autour de ses valeurs. Aujourd’hui, la dynamique se poursuit avec la deuxième édition de l’appel à projets « Innovation filière forêt bois » avec à la clé une aide financière à l’investissement immatériel (études techniques, marketing, stratégiques…) « pour aller chercher ce qu’on n’a pas forcément dans les entreprises ».