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Prospective

Stabilisation du revenu agricole par actif d'ici 2030

Affectés par les mauvaises conditions climatiques, les revenus agricoles de l'UE en 2018 devraient enregistrer une baisse par rapport à leur niveau très élevé de 2017. Mais sur le moyen terme, à l'horizon 2030, la Commission européenne prévoit qu'ils se maintiennent à leur niveau de ces dernières années.
Stabilisation du revenu agricole par actif d'ici 2030

Les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca) s'inquiètent des premières estimations concernant le revenu des agriculteurs pour 2018 publiées par Eurostat qui montrent, après l'augmentation record de 2017 (de plus de 11 %) que le revenu agricole réel a baissé de 3 % sur un an. Il reste néanmoins 6 % au-dessus de son niveau moyen au cours de cinq années précédentes. Mais pour le Copa-Cogeca, il s'agit quand même d'une sous-performance liée aux conditions climatiques extrêmes auxquelles ont été confrontés plusieurs États membres avec des sécheresses exceptionnellement graves dans le Nord de l'Europe cet été et des inondations dans le Sud cet automne. Et, souligne le Copa-Cogeca, « nous savons déjà que le revenu des agriculteurs pour 2019 sera de nouveau affecté » par ces mauvaises conditions météorologiques. Dans ses perspectives à l'horizon 2030, publiées début décembre, la Commission européenne estime que le revenu agricole en termes nominaux restera stable autour de son niveau de 2016-2018. Cette stabilisation s'explique par une augmentation significative (+ 17 %) de la production agricole et une réduction de la main-d'œuvre compensées par une augmentation des coûts de production. Durant cette période, l'écart de revenu entre les « nouveaux » et les « anciens » États membres devrait se réduire de 3 %. « L'attrait du secteur agricole joue un rôle important dans le dynamisme des zones rurales. Par conséquent, assurer un revenu agricole stable aux agriculteurs est un enjeu majeur. La Pac a atteint l'un de ses objectifs importants, à savoir stabiliser les revenus des agriculteurs », soulignent les experts de l'UE.

Des tendances qui se confirment

Le secteur agricole de l'UE représentait environ 4 % de la population active totale en 2016 avec, en équivalents temps plein, 9,4 millions de personnes travaillant dans l'agriculture en 2017, contre 15 millions en 2000. Cette baisse devrait atteindre 2 % par an dans l'UE d'ici 2030 avec une population active agricole totale qui devrait donc s'établir à environ 7,7 millions de personnes. De même, la tendance à l'agrandissement des exploitations et à la spécialisation des cultures devrait se poursuivre. En 2016, il y avait 10,5 millions d'exploitations dans l'UE, soit une baisse de 30 % depuis 2005. Le nombre d'exploitations moyennes et grandes a augmenté en raison du remembrement des terres : le nombre d'exploitations de taille moyenne (entre 5 et 50 ha) progressant de 4 points entre 2005 et 2016, celui des grandes exploitations (plus de 50 ha) de 2 points et à l'inverse, le nombre d'exploitations de moins de 5 ha diminuant de 5 points. Mais les petites exploitations continuent de représenter 64 % du nombre total d'exploitations dans l'UE. Enfin, souligne la Commission européenne dans ses perspectives 2030, « le secteur agricole devrait être confronté à de nouveaux changements structurels grâce à une reprise des investissements agricoles, en particulier une forte adoption de l'agriculture de précision. La productivité de l'agriculture devrait donc augmenter à moyen terme ». Mais cette augmentation se fera surtout ressentir dans les secteurs les plus dynamiques que sont les céréales et la production laitière.

 

Le bio « ne sera pas le Pérou » 

D’ici 2030, l’agriculture biologique sera encore en Europe une filière de production plus riche en emplois que l’agriculture conventionnelle mais pas forcément plus rémunératrice. Par ailleurs, les pays européens ne seront pas sur un pied d’égalité. Mises bout à bout, les charges de production par hectare des exploitations en bio sont supérieures à celles des exploitations conventionnelles en France et en Allemagne de 400 € à 500 €/ha. Mais en Autriche et en Pologne, produire en bio coûte moins cher. La différence de charges porte sur 500 € en Pologne. L’interaction de plusieurs facteurs explique ces différences. Tout d’abord, le coût de la main-d’œuvre est plus élevé en France qu’en Allemagne et bien sûr qu’en Pologne. C’est un facteur déterminant. Les charges d’exploitation d’un hectare agricole en bio s’élèvent en moyenne, en France à de 2 100 €, contre 1 800 € en Allemagne et 700 € en Pologne. Dans un environnement concurrentiel, les exploitations bio avec des salariés à rémunérer seront donc économiquement plus vulnérables si les prix des produits vendus ne sont pas suffisamment rémunérateurs. Les salaires sont des charges fixes. Or en Pologne, la main-d’œuvre est familiale et sa rémunération plus flexible. Enfin, l’agriculture bio polonaise et autrichienne valorisent des conduites de systèmes déjà très extensifs. Par conséquent, les charges baissent car la consommation en intrants est plus faible.