Accès au contenu
INTERVIEW

Stéphane Travert : " Nous ne ferons pas à la place des interprofessions "

Dans un entretien accordé avant la pause estivale, le ministre de l'Agriculture clarifie ses positions sur les dossiers chauds de l'actualité. Concernant les indicateurs de coûts de production, il insiste sur le fait que ce sont aux interprofessions de prendre leurs responsabilités.
Stéphane Travert : " Nous ne ferons pas à la place des interprofessions "

Le projet de loi issu des États généraux de l'alimentation est en cours d'examen, quel objectif poursuivez-vous en instaurant des indicateurs auxquels il faudra faire référence dans les contrats ? Comment allez-vous évaluer la réussite de cette mesure politique ?
Stéphane Travert : « La loi consiste à donner des outils aux filières pour collectivement rapatrier du revenu dans les cours de ferme pour permettre aux producteurs de mieux gagner leur vie, ne plus vendre à perte ou à des prix abusivement bas. Sur les indicateurs, nous ne faisons rien d'autre que ce qu'ont dit les EGA : responsabiliser les interprofessions pour bâtir de véritables plans stratégiques de filières et construire des indicateurs de coût de production. L'élaboration et la prise en compte des indicateurs par chacun des maillons sont essentielles, tout comme la mise en place de contrats type. Joueront également dans le revenu des producteurs d'autres briques, comme la réforme de la fiscalité agricole sur laquelle nous allons présenter la semaine prochaine les premiers résultats d'une consultation avec les syndicats. »

Y aura-t-il une validation de l'État sur le choix des indicateurs par les filières ?
S.T : « Pourquoi y aurait-il besoin d'une validation publique des indicateurs ? Je vois ce qu'il y a derrière cette demande : s'il y a une crise, les opérateurs vont venir nous dire que ce n'est pas de la responsabilité des filières, mais de celle de l'État. Certains disent même que la grande distribution viendra imposer ses indicateurs. Mais c'est le consensus qui doit primer dans les interprofessions ! Nous ne nous en lavons pas les mains, mais nous ne pouvons pas le faire à leur place. D'ailleurs, de nombreux indicateurs existent déjà, comme l'indice Ipampa. On ne part pas de zéro. »

L'Ipampa est un indice, en base 100. Il peut permettre de faire varier plus fidèlement les prix de vente en fonction des coûts de production, mais pas de définir un plancher ou de mieux répartir la valeur ?
S.T : « Lorsque l'aliment représente 70 % du coût de production, il faudra de toute façon le prendre en compte... Par ailleurs, je ne suis pas favorable à des prix planchers car ceux-ci deviennent toujours des plafonds. Et en instaurer conduirait à revenir à une économie administrée. Les interprofessions se sont engagées dans leurs plans à des objectifs en termes de contractualisation qui permettront aussi d'apporter de la visibilité sur la répartition de la valeur. Nous devons, à l'instar d'autres pays européens, bâtir des stratégies agricoles et agroalimentaires partagées pour répondre aux attentes sociétales. »

En définitive, la référence aux coûts de production n'est-elle pas conçue surtout pour les filières les moins exposées aux marchés mondiaux comme la viande ?
S.T : « C'est vrai que les filières d'élevage sont les plus concernées parce qu'elles sont les plus fragiles. N'oubliez pas que les États généraux sont nés dans une cour de ferme en Mayenne sur les difficultés de la filière laitière. »

Quelle est donc l'utilité de faire référence à un coût de production français pour des producteurs de porcs ou de céréales qui travaillent sur les marchés mondiaux ou européens et n'ont aucune prise sur leur prix ?
S.T : « Le projet de loi tel qu'il a été adopté par la commission des affaires économiques prévoit la référence à des indicateurs de coûts de production et des indices de marché. Il revient à la négociation entre l'offre et la demande ensuite de pondérer la référence à ces indicateurs en fonction du produit, de la situation, etc.

À partir de quand les indicateurs devront être mis en place et diffusés par les interprofessions ? Le titre I du projet de loi (sur les relations commerciales) pourra-t-il être appliqué d'ici aux prochaines négociations commerciales avec la grande distribution ?
S.T : « ll est indispensable que les indicateurs soient prêts pour les prochaines négociations commerciales. Depuis décembre, nous poussons les interprofessions à respecter cette échéance. Concernant la contractualisation, tous les outils seront à disposition des acteurs. Les articles de loi concernés n'ont pas tous besoin de décrets, et quand c'est le cas, les décrets pourront être pris rapidement. Les ordonnances seront publiées dans les temps. »

Quelle garantie pour que votre objectif de 20 % de bio en restauration collective ne profite pas largement aux importations ?
S.T : « Nous n'avons pas voulu fixer un objectif de 40 à 50 %, car à aller trop vite et trop fort nous risquons de favoriser les importations, c'est ce qu'ont démontré les études d'impact. Notre politique ambitieuse en matière du bio (Plan ambition bio doté de 1,1 milliard) vise à accélérer les conversions. Par ailleurs, pour que les acteurs puissent être en mesure de remplir l'objectif des 50 % de produits de qualité, il faut que nous complétions la boîte à outils pour bien utiliser le code des marchés publics et enfin former massivement les acheteurs. » 

Propos recueillis par Agrapresse

 

Versement des aides Pac : un nouveau retard de deux mois
En juin dernier, les dates limites de remboursement des ATR des aides bio et des MAEC des campagnes 2015 et 2016 ont été une nouvelle fois retardées de six mois. Le 19 juillet, le ministre de l’Agriculture a confirmé qu’un retard a été pris pour la campagne 2016 des aides bio et MAEC, de « deux mois » supplémentaires. « Pour la campagne 2016 des aides bio et MAEC, les versements de soldes ont débuté et vont se poursuivre jusqu’au début de l’automne, annonce-t-il. Pour la campagne 2017, le paiement des aides commencera en septembre 2018 comme prévu. La campagne des MAEC et aides bio 2015 est achevée pour l’hexagone, les derniers versements de soldes auront lieu début août. Il reste quelques dossiers à traiter pour l’outre-mer, où l’on attend des instructions des autorités de gestion locales. » Le ministre assure que son objectif de « retour à la normale pour la campagne 2018 », affiché lors de son entrée en fonction, sera respecté.