Tomate d’industrie : en attendant la récolte 2016
L'assemblée générale de la Sonito, Société nationale interprofessionnelle de la tomate, s'est tenue le 28 juin à la chambre d'agriculture du Vaucluse. Après des exposés techniques sur les procédés de « cold break » et « hot break » dans la fabrication des jus de tomate révélant l'impact de l'apport en eau sur le produit final, le président de la Sonito, André Bernard, a abordé son rapport moral. « La campagne 2015, annoncée avec du retard, nous a surpris par sa précocité à cause de la canicule de fin juin et début juillet, a-t-il rappelé. Mais les pluies abondantes de fin de campagne ont été à l'origine de pertes de récolte non négligeables et d'un pourcentage important de tomates vertes supérieur aux moyennes des années précédentes. » À ce sujet, André Bernard a souhaité de meilleures conditions pour 2016, (malgré les inquiétudes pour le Sud-Ouest notamment) « pour une campagne à la hauteur de nos espérances ». Autre vœu exprimé par le président, un changement de ton administratif : « L'absurdité administrative veut nous imposer, dans le cadre des déclarations de surface, de décompter de la surface à travailler, à savoir les tournières. Et pour clôturer le tout, les aides Pac recouplées ne sont toujours pas versées ! ».
Agir techniquement et interprofessionnellement
Lancé, André Bernard a continué et n'a pas manqué rapidement de fustiger « la pression administrative de la grande distribution » à laquelle s'ajoutent « les tensions de la mondialisation qui pourraient compromettre à terme la survie de notre secteur ».
Heureusement que les producteurs ont encore des leviers d'action dans certains domaines, techniques notamment. André Bernard a rappelé qu'il est « néanmoins nécessaire de poursuivre les efforts entrepris, notamment dans les techniques de production, dans la recherche et l'amélioration de la qualité des produits, avec un meilleur indice réfractométrique et une meilleure aptitude à la transformation pour répondre aux besoins des industriels ».
Pour améliorer encore la performance économique à la production et la qualité, le président a préconisé « de poursuivre et renforcer la démarche interprofessionnelle, pour rester présents et en position de conquête », en s'appuyant notamment sur l'identification « fruits et légumes de France ». Une démarche engagée par l'Anifelt, l'Association nationale interprofessionnelle des fruits et légumes transformés, qu'il préside et regroupant 6 500 producteurs.
Enfin, le président n'a pas manqué de rappeler en conclusion qu'il était « plus que jamais vital de poursuivre nos interventions dans le cadre interprofessionnel qui a démontré son efficacité ». Dans un futur proche, cela doit notamment se traduire par un « soutien de notre production au travers de la Pac, par la nécessité de répondre aux exigences quelquefois excessives de la réduction d'un certain nombre d'intrants ». Enfin, il a rappelé que ces efforts étaient nécessaires pour atténuer la baisse annoncée dès 2017 (1 % à 1,5 %) de l'enveloppe des aides couplées. « Il est essentiel maintenant de mettre en place l'assurance récolte, afin de se mettre dans la perspective de la réforme de 2020 », a-t-il conclu.
30 % d'écarts de tri en plus en 2015
Le directeur, Pascal Lenne a ensuite pris la parole pour faire le bilan de la campagne 2015, « une année tout à fait moyenne qui a permis de livrer 184 385 tonnes aux usines qui ont transformé 170 852 tonnes nettes après réfactions contractuelles. La filière maintient ainsi les niveaux de production moyens constatés depuis 2009 ». Toutefois, le directeur a souligné qu'avec « 13 246 t de réfaction, 7,2 % de la récolte n'ont pas été agréés, contre 5,6 % la campagne précédente, soit une augmentation de près de 30 % des écarts de tri représentant 3 000 tonnes ».
Au niveau national, sur une superficie déclarée de 2 618 hectares (ha), avec un total de 172 765 t (dont 150 000 destinées au concentré), la moyenne nationale par exploitation des livraisons baisse légèrement. Elle se situe à 986 t, en regard des 1 197 t de 2 014. Ces chiffres attestent donc d'une perte générale de rendement de 13 % minimum selon les bassins de production. Le rendement national moyen est de 70,4 t/ha (contre 80 en 2014). Toutefois, motif d'espérance, le nombre d'exploitations s'est redressé pour atteindre 187 en 2015 (159 en 2014, 149 en 2013).
Malgré ces données, l'inquiétude demeure compte tenu de la grande disparité constatée entre les régions. « Les livraisons moyennes en Provence baissent de 13 %, la moyenne du Languedoc se rétracte avec -35 %, et en Aquitaine, la moyenne enregistre une nette baisse, tandis que Rhône-Alpes reste stable ». Puis, Pascal Lenne a fait le point sur la production nationale, européenne et mondiale en 2015 (voir encadré ci-dessous).
Francis Pabst, CLP
Tomates d'industrie /
Point sur la récolte 2015
En France, les résultats nationaux par région relèvent une production de 60 734 tonnes pour la région Paca (dont 8 552 pour le Vaucluse), soit plus de 35 % de la production nationale. Pour la région Rhône-Alpes, la production 2015 a atteint 22 281 t (12,9 %). En Languedoc Roussillon 19 232 t (11,13 %), et 70 517 t pour la région Aquitaine (40,82 %).
En Europe, la progression des cinq pays « historiques » de l'UE dépasse 1,2 million de tonnes (Mt) par rapport à 2 014 et 3 Mt par rapport à 2 013. La production italienne est de 5,4 Mt, l'Espagne de 3 Mt, la Grèce 0,5 Mt, le Portugal 1,6 Mt, la Turquie 2,7 Mt.
« C'est clair, les 100 tonnes de rendement par hectare des producteurs portugais seront à observer, comme leur voisins espagnols, et à prendre en compte dans les références prix de la matière première au plan européen », a noté d’ailleurs le directeur de la Sonito, Pascal Lenne, lors de l’assemblée générale le 28 juin dernier en Avignon.
Au niveau mondial, « la barre des 41 millions de tonnes a été franchie. Elle fait de cette campagne la plus productive de la décennie écoulée. Toutefois elle n'offrira pas de grandes capacités de reconstitution des stocks, largement utilisées après cinq années de baisses consécutives, et ne répondra aux besoins du marché qu'en apparence ».
Pour parachever le tableau, l’analyse des importations mondiale montre « un retour en force de la Chine sur le marché européen, notamment en Italie ». Dans ce pays, les importations chinoises sont passées de 14 000 tonnes en 2014 à plus de 67 000 en 2015... au détriment des importations provenant des Etats Unis ! La France, quant à elle, reste à un niveau stable d'importations depuis 2010, autour de 100 000 t/an avec, dans le détail, 46 194 t d'Italie, 28 179 t d'Espagne, 14 569 t d'Allemagne, 6 238 t du Portugal, 2 236 t de Chine, 936 t des Pays-Bas, 567 t de Belgique et 493 t de Tunisie. n
F.B. CLP