Trèfle et maïs, un duo à bien étudier
Il y a trois ans, le Créas et Arvalis-Institut du végétal lançaient un essai système qui visait à comparer et à évaluer la pertinence des systèmes de cultures conduits en semis direct avec couverts végétaux en utilisant des techniques d'implantation sans travail du sol ou tout du moins réduit. « Nous souhaitions savoir dans quelle mesure ces systèmes étaient intéressants. Nous voulions évaluer les limites, les avantages et les inconvénients de ce genre de pratiques », commente Thibaut Ray, ingénieur Rhône-Alpes à Arvalis-Institut du végétal. Une plateforme d'essai a donc été mise en place il y a trois ans où ces pratiques sans labour ou presque sont étudiées à l'échelle de la rotation.
« Nous travaillons sur la rotation type de la zone de plaine de Lyon. Sur ce secteur, nous sommes obligés d'avoir une sole de maïs importante dans les rotations car il s'agit de la culture la plus rentable que nous ayons. Nous cherchons également à la diversifier pour répondre aussi aux exigences de technicité de ce genre de pratiques », poursuit Thibaut Ray. Les parcelles sont divisées en deux avec certaines en système classique labour et d'autres avec un itinéraire technique très réduit jusqu'au semis direct. « Nous évaluons un ensemble de pratiques et leur faisabilité dans leur ensemble (de la faisabilité technique à la faisabilité économique). L'objectif est de trouver des solutions pour assurer la viabilité de l'exploitation », note l'ingénieur Arvalis.
Deux essais autour des trèfles
Il y a un an, l'Institut du végétal a décidé d'aller plus loin et mis en place des essais plus analytiques autour de la gestion du trèfle à l'implantation du maïs et dans le maïs. « Nous évaluons les facteurs un à un pour connaître les marges de progression. Nous souhaitons voir dans quelle mesure dans l'implantation du maïs, le trèfle peut être pertinent pour apporter un peu d'azote dans le système, concurrencer les adventices ou encore maintenir les structures. Nous voulons observer les avantages et les limites du trèfle sous maïs et du maïs sur trèfle et savoir comment l'implanter. C'est pourquoi nous avons mis en place ces deux essais que nous avons présentés début juin lors de notre circuit vert », poursuit Thibaut Ray.
Essai implantation du maïs dans le trèfle
L'objectif de cet essai est d'évaluer la faisabilité d'implantation d'un maïs dans un trèfle déjà présent dans l'interculture. Cette année, six modalités de gestion du trèfle à l'implantation du maïs ont ainsi été étudiées (semis direct, localisé mécanique (strip-till), localisé chimique, localisé mécanique associé à du localisé chimique, semis direct avec une demi-localisé chimique et le localisé mécanique et plein chimique).
Essai gestion du trèfle sous maïs
Pour la gestion du trèfle dans le maïs nous avons cherché à évaluer l'impact des herbicides sélectifs du maïs sur les trèfles (24 modalités ont été étudiées). À Thibaut Ray d'ajouter : « Dans ces essais trèfles, nous avons testé plusieurs trèfles car tous n'ont pas les mêmes ports et les mêmes comportements. L'objectif était de multiplier les acquisitions de données pour être le plus pertinent possible. »
Premiers enseignements
Après une année d'observation, les ingénieurs régionaux d'Arvalis ont pu tirer les premiers enseignements. Thibaut Ray commente : « Il n'est clairement pas facile de gérer du trèfle sous maïs, notamment le trèfle blanc. La gestion peut être plus évidente avec du trèfle incarnat (trèfle annuel) ou du trèfle d'alexandrie. Ce dernier a, en effet, gelé de bonne heure dans l'hiver suite au froid rendant le sol plus facile à travailler avec le strip-till, tout en asséchant moins le profil qu'un trèfle encore vivant au moment de l'implantation. Par ailleurs, nous nous sommes rapidement rendus compte que du moment que nous avons un couvert sous maïs, il est primordial de réadapter par la suite l'irrigation. En effet, le couvert a asséché une bonne partie du profil hydrique et le maïs au stade jeune, stade où son enracinement n'est pas très développé, peut souffrir très rapidement du manque d'eau. Ce qui était le cas sur la plateforme. En clair, il est important d'avoir en tête que tous les trèfles ne se valent pas et que certains sont plus faciles à gérer que d'autres. » Ces essais devraient se poursuivre dans les années à venir. « Nous allons certainement continuer l'acquisition de références en cherchant d'autres légumineuses Nous allons envisager d'autres références en légumineuses type luzerne ou encore d'autres variétés de trèfles qui pourraient être intéressantes pour pouvoir compléter ces résultats », conclut Thibaut Ray.
Marie-Cécile Seigle-Buyat