Un banc d'essai pour améliorer la pulvérisation
«Pour rappel, ce banc d'essai pulvé prend la forme d'une vigne artificielle constituée de quatre rangs de 10 m de long et de rang de bordure (filet) pour évaluer la dérive », expliquait le 2 avril dernier aux Rencontres rhodaniennes, à Orange, Sébastien Codis, de l'IFV. Concrètement, après apport d'un gramme par hectare de matière active phytosanitaire, ce banc permet de simuler trois stades végétatifs : début de végétation (surface foliaire totale (SFT) = 0,24 ha de feuille / ha de sol) ; milieu de végétation (SFT = 0,88 ha de feuille / ha de sol) ; et pleine végétation (SFT = 1,68 ha de feuille / ha de sol).
Pendant quatre ans, les données collectées ont alimenté une base de données (4 360 mesures) présentant des unités de références (UR) en ng/dm² pour 1 g de matière active appliquée par hectare. « Nous observons des écarts entre pulvérisateurs allant de 1 à 9 ! » notait Adrien Verges, de l'IFV. « Les marges de progrès quant à l'amélioration des pratiques phytosanitaires sont donc bel et bien réelles », résumait-il. Sur ces 1 g/ha appliqué, de 10 à 80 % de la solution atteint effectivement sa cible. « En d'autres termes, il y a donc dans certains cas 90 % de pertes », poursuivait-il. Ces mêmes points de mesure peuvent être classés par stades végétatifs. « Nous observons des différences plus ou moins fortes entre stade mais les écarts peuvent aussi être très importants au sein d'un même stade, jusqu'à deux en pleine végétation, trois en milieu de végétation et même jusqu'à cinq en début de végétation. C'est donc un stade clé et sensible sur lequel les vignerons doivent se pencher. »
L'influence déterminante des réglages
Cette base de donnée montre qu'il est impossible, à l'heure actuelle, de résumer une typologie à un des appareils testés (voute, aéroconvecteur, face par face pneumatique ou jet porté), en passage tous les deux, trois ou quatre rangs selon les appareils. « Les essais montrent au contraire l'influence déterminante des réglages et ont permis d'ouvrir de nouvelles pistes de travail », notait Adrien Verges.
Des essais sont venus compléter cette base de données : type de buse, modalités de passage, réglages, habitudes (inclinaison des diffuseurs en début de végétation par exemple), vitesse d'avancement, volume hectare, ventilation.
« Par exemple, dans le cas d'une voute pneumatique et en début de végétation, ces résultats nous montrent qu'il faut mieux aller plus lentement (NDLR, 5 km/h) plutôt que vite (9 km/h) car on a davantage de solution déposée sur le feuillage : autour de 520 ng/dm² contre moins de 400 ng/dm², une vitesse à 7 km/h présentant un dépôt intermédiaire entre les deux. »
Autre résultat : en cas d'utilisation de buses classiques en face par face à jet porté et en début de végétation, mieux vaut utiliser un système avec assistance d'air « qui permet de franchir la distance plus facilement entre le pulvérisateur et le feuillage avec des gouttelettes plus grosses que celles émanant de buses antidérives ». À l'inverse, l'assistance n'est pas nécessaire en cas d'utilisation de buses à injection d'air, plus petites.
Deux types d'action
Il y a donc moyen d'améliorer la qualité de la pulvérisation. « Nous pouvons classer en deux catégories les actions à mener », poursuivait Adrien Verges. D'un côté, les actions à impact nul ou négligeable sur le coût et le temps du chantier de pulvérisation : adaptation des inclinaisons des diffuseurs à la végétation, optimisation des réglages, gestion de l'assistance d'air, utilisation de buses à injection d'air. De l'autre, celles impactant le coût de l'opération : nombre de rangs traités par passage, vitesse d'avancement, volume hectare. Ainsi, des solutions sont possibles à mettre en œuvre :
- à court terme, les « pratiques » actuelles peuvent être optimisées via des réglages adaptés ;
- à long terme, le développement et l'utilisation de matériels performants est un levier d'amélioration de la qualité de la pulvérisation.
Si le banc Evaspray-viti livre ses premières informations, elles doivent cependant être amendées (une seule machine par typologie notamment) et d'autres variables restent à explorer (influence de la météo...).
Classification à venir des pulvérisateurs
Dans les années à venir, les chercheurs devront donc mieux comprendre les phénomènes physiques régissant le dépôt de pulvérisation. Ils auront, aussi, à nourrir des réflexions en lien avec l'épidémiologie et avec l'expression des doses en fonction de la végétation cible.
À moyen terme, un projet « DGAL 2014-2017 » qui vient d'être lancé devrait fournir de nouvelles informations. Il vise à classifier les pulvérisateurs viticoles selon leur performance agro-environnementale. Dans le détail, ce projet va évaluer en trois ans trente pulvérisateurs (3 réglages x 3 stades végétatifs par appareil), évaluer l'influence des réglages et définir un cahier des charges précis permettant de classer un appareil (réglages de référence, méthodes, seuils de classification). « Fin 2014, onze pulvérisateurs ont déjà été évalués et vont permettre d'établir des premières propositions de méthodes et seuils, concluait Adrien Verges. Cela permettra à terme de proposer une classification sur l'aptitude des appareils à répondre aux objectifs du plan Ecophyto. »
Céline Zambujo
(1) IFV : institut français de la vigne et du vin.
(2) Irstea : institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture.