Un bâtiment très fonctionnel et des coûts maîtrisés
Le Gaec de la Valière, basé à Bohas-Meyriat-Rigniat dans l’Ain, produit du lait à comté, livré à la coopérative de Villereversure. Ses trois associés, Rémi Joly, Florian Darmedru, et Filipe Guichard, élèvent cent cinquante montbéliardes et leur suite (soit environ trois cents animaux), sur une SAU de 300 ha (10 de maïs, 10 d’orge, 14 de luzerne, 20 de prairies temporaires et le reste en prairies naturelles). Leurs bâtiments sont dispatchés sur trois sites. Le plus récent, opérationnel depuis le printemps 2014, est un bel exemple de rationalisation des coûts et de fonctionnalité optimale. Le projet remonte à l’année 2011. Le Gaec fait alors appel à Tanguy Morel, conseiller bâtiment chambre d’agriculture / ACSEL Conseil élevage, pour élaborer un bâtiment sur mesure, adapté aux besoins des éleveurs et des animaux. D’une surface de 3 000 mètres carrés, le bâtiment comprend 133 logettes recouvertes de matelas. « Les logettes sont très confortables pour les animaux. Il y a dix ans, on proposait aux éleveurs des dimensions allant de 2,40 à 2,50 mètres de profondeur de couchage. Aujourd’hui, elles font trois mètres. On respecte ainsi mieux les mouvements de l’animal, qui a plus de place pour se lever et se bute moins contre les tubulaires. Cela occasionne un léger surcoût, mais avec de gros bénéfices quant au bien-être animal », explique Tanguy Morel. Le bardage est en bois ajouré, sur deux faces (est-ouest) avec une circulation d’air classique, et un faîtage d’air ventilé. Les avantages du bois : pas de condensation, un matériau chaleureux et permet de jouer avec les espaces entre les planches.
Une salle de traite en épis à cinquante degrés
Toujours dans l’objectif d’optimiser les coûts, la salle de traite est une 2 x 12 places. « Les places sont orientées à cinquante degrés. On met ainsi plus de vaches. On a gagné trois mètres avec ce système (la salle fait 15 mètres au total). Le coût (environ 150 000 euros) a été divisé par deux par rapport à une salle de traite rotative », ajoute le conseiller bâtiment. Autre particularité : la disposition de la salle est différente, sans l’aire d’attente traditionnelle. « Les vaches attendent dans le couloir des logettes. Ce qui apporte un gain de surface important et une souplesse de travail intéressante. On voulait une salle de traite simple ; et traire sans compteur à lait. En étant à cinquante degrés, on gagne quarante centimètres par vache sur la longueur. Il faut environ une heure et quart pour traire à deux. On peut encore rajouter deux postes de chaque côté. Les places sont prêtes si on veut évoluer », explique Rémi Joly. Le nettoyage se fait par racleurs à câbles (investissement moindre, peu d’entretien et très bon fonctionnement). Les sols sont en béton rainuré. « Un bon rainurage coûte 4,50 euros du mètre carré, alors que le coût d’un tapis s’élève à 45 euros du mètre carré », souligne Tanguy Morel. Un système de DAC (sept stations) apporte de la souplesse pour l’alimentation des animaux et permet d’être au plus près de la performance de la vache. Un séchage en grange performant Autre point fort : quatre cellules de 1 000 m3 chacune, dédiées au séchage du foin et de la luzerne. Tanguy Morel explique : « Avec le séchage en vrac, c’est là où on est le moins gourmand en énergie. Le fourrage est séché par strates, d’un à deux mètres. L’éleveur en rajoute, couche par couche, jusqu’à sept mètres de hauteur. Avec un système de captage solaire sous toiture, qui permet de gagner 4 °C sur la journée. Le bâtiment séchage a été placé volontairement sur le côté pour ne pas contrarier la bonne ventilation de la partie logement des vaches, et garder la possibilité de faire encore évoluer le bâtiment à l’avenir si nécessaire ». Un avenir que Rémi Joly envisage assez sereinement, grâce à cette production de lait à comté valorisante, et ce bâtiment très performant qui s’avérera certainement un atout supplémentaire lorsque viendra l’heure de trouver un nouvel associé lors du départ en retraite de l’un d’eux. Coût global de l’investissement : 1,3 million d’euros, subventionné à hauteur de 10 % par l’Europe (Feader) et la Région Rhône-Alpes.
Patricia Flochon