Un début d’année en demi-teinte pour les agriculteurs de Rhône-Alpes
C'est sur l'exploitation de Claude et Maryline Thiévon (lait et céréales), à Rignieux-le-Franc dans l'Ain, que le président de la chambre départementale d'agriculture, Gilbert Limandas, et le président de la chambre régionale Rhône-Alpes, Jean-Luc Flaugère, ont donné rendez-vous à la presse le 19 juin dernier, pour dresser le bilan de la conjoncture économique agricole. Gilbert Limandas avouait avoir choisi précisément une exploitation de polyculture élevage car il lui tient à cœur de pérenniser ce modèle « dans un contexte où les éleveurs en productions animales connaissent de plus en plus de difficultés, entre les besoins en capitaux, le travail et la rentabilité... Un modèle pourtant qui est l'un des mieux adaptés de part la création de richesse, l'investissement, l'implication dans l'économie locale, etc. »
Agriculteurs par passion
Maryline et Claude Thiévon, produisent un million de litres de lait vendu à l'entreprise Guilloteau. L'exploitation, qui emploie deux salariés, totalise 300 ha de SAU, dont 100 de prairies (dont la luzerne), 100 de cultures de printemps (maïs, soja, et tournesol), et le reste en cultures d'hiver (blé, triticale et orge autoconsommés).
Ayant toujours eu à cœur d'ouvrir les portes de leur exploitation, ils transmettent une passion viscérale pour leur métier d'agriculteur, sans pour autant occulter les difficultés et les inquiétudes quant à l'avenir. « La moyenne du prix du lait en 2014 était de 360 euros. Cette année elle est de 325 voire 330 euros... Aujourd'hui avec l'arrêt des quotas, on est en train de noyer le poisson des prix par rapport aux volumes. En production laitière, on a perdu de la perspective et de la vision à long terme. Quant aux normes environnementales et aux charges, on est au summum... ». Et Maryline d'ajouter : « C'est produire plus pour essayer de s'en sortir. Pour l'avenir, on nous annonce -15 % chaque année de nos subventions initiales. On préférerait produire moins et être payés au juste prix. Ça ne me fait pas rêver de produire un million de litres de lait. Nos inquiétudes, c'est de savoir comment on va finir l'année, est-ce qu'on va encore pouvoir investir ? »
Une harmonisation européenne indispensable
Pour l'Ain, l'enveloppe du premier pilier de la Pac sera lestée de trois millions d'euros ! « Le président de la République avait annoncé que la réforme de la Pac favoriserait l'élevage. Il est vrai que la montagne tire son épingle du jeu mais la zone de plaine a fortement été pénalisée. À force de nous remettre des charges sociales et environnementales, nous ne sommes même plus compétitifs au niveau de l'Europe. Chaque fois qu'une décision est prise nous sommes pénalisés sur le plan de la compétitivité ! », ajoute Gilbert Limandas.
Selon le président de la chambre régionale, « ce n'est pas un problème de surproduction, donc nous pouvons travailler. Mais laissez nous travailler dans de bonnes conditions. Les charges restent un problème majeur à cause de la concurrence néfaste entre les pays européens. Il faut tendre vers une harmonie européenne ».
Maryline et Claude ne baissent pas les bras pour autant. « Quand on est passé par le salariat comme moi avant de s'installer, parfois je me dis qu'on se donne le bâton pour se faire battre. Mais on aime notre travail. C'est la passion qui nous anime. Ce qui nous tient encore à produire du lait, c'est surtout de travailler en famille, et nous avons aussi un fils qui est mordu par l'élevage ».
Patricia Flochon