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Environnement

Un domaine viticole engagé dans la biodiversité

A Mercurol, le domaine Michelas a aménagé une zone test de biodiversité destinée à favoriser la présence de la faune auxiliaire dans ses vignes.
Un domaine viticole engagé dans la biodiversité

« Nous travaillons à 99 % avec des produits homologués en agriculture biologique. Mais nous nous autorisons quand même à utiliser des produits phytosanitaires systémiques, si nécessaire. En 2018, nous ne l'avons pas fait. » C'est ce qu'explique Sébastien Michelas. En Gaec avec ses trois sœurs (voir ci-...) à Mercurol, il s'occupe principalement des vignes du domaine Michelas St Jemms.

Etudier l'impact

 Une bande fleurie du domaine Michelas St Jemms. Un panneau expliquant la biodiversité fonctionnelle ainsi que, dans les arbres, un nichoir à mésanges et un autre à chauve-souris.

En 2014, cette exploitation a obtenu le niveau trois (le plus élevé) de la certification « haute valeur environnementale » (HVE), qui s'accompagne d'obligations en termes de biodiversité. De là est partie l'idée, pour ce viticulteur, de créer une zone de biodiversité. « Même si nous avions déjà la surface exigée en la matière, précise le viticulteur. Je voulais étudier l'impact de zones plus importantes, surtout concernant les insectes. » Actuellement, il fait appel à la confusion sexuelle pour lutter contre eudémis et cochylis (lépidoptères de la famille des tordeuses ou vers de la grappe, dont les chenilles sont les deux principaux ravageurs de la vigne). Et il veut « voir si la biodiversité peut se substituer à la confusion sexuelle. »

700 arbres plantés, 90 nichoirs posés...

60 nichoirs à mésanges ont été posés en avril.
  30 nichoirs à chauve-souris ont été installés.

Ainsi, le domaine Michelas St Jemms a dédié un hectare à la biodiversité à proximité de sa cave (quartier des Chassis). 700 arbres et arbustes d'une trentaine d'espèces ont été plantés en décembre 2017. Cela, en partenariat avec la fédération départementale des chasseurs (FDC) de la Drôme, qui a fourni les plants et les 200 mètres cubes de paillage mis à leur pied. Ont été constituées des haies épineuses, des haies gourmandes (composées d'espèces fruitières), des haies forestières, des bandes fleuries et des bandes enherbées. Et des arbres déjà en place ont été conservés : pêchers, abricotiers, amandiers, cerisiers, chênes... En plus, 60 nichoirs à mésanges et 30 à chauve-souris ont été posés en avril, répartis sur cinq hectares.
Avec ces aménagements, « nous voulons favoriser le développement des auxiliaires présents et le retour d'espèces qui ont disparu du secteur ». Concernant ces auxiliaires, « pour l'instant, nous n'avons pas encore de retour, indique Sébastien. La FDC fait des relevés de vers de terre, d'araignées, des comptages de pollinisateurs... La chambre d'agriculture de la Drôme apporte sa collaboration dans le comptage des insectes. Par ailleurs, une apprentie en master "agriculture intégrée et enjeux environnementaux" a commencé des mesures de présence de drosophiles et cicadelles ».

 

Ni insecticides, ni herbicides

Le domaine Michelas St Jemms était déjà engagé dans la réduction des intrants. Il a investi dans un pulvérisateur équipé de panneaux récupérateurs, « qui permettent d'économiser jusqu'à 30 % de la quantité de produits appliquée ». Contre le mildiou et l'oïdium, pour diminuer la dose de cuivre, il diffuse des essences de plantes (prêle, consoude et fougère) sur les vignes. « En 2017, année assez sèche, nous n'avons utilisé que 1,5 kilo de cuivre métal sur la saison, fait remarquer Sébastien. Et nous n'employons plus ni insecticides ni herbicides. Tout notre vignoble est désherbé mécaniquement : avec un tracteur et des lames interceps en plaine, avec un cheval de trait en coteaux ou, s'ils sont trop pentus, avec un motoculteur. » Quant à la confusion sexuelle contre eudémis et cochylis, elle est utilisée sur l'intégralité des vignes de cette exploitation.

Un volet œnotouristique

L'un des deux hôtels à insectes installés près de la cave.

« Nous avons voulu joindre un aspect œnotouristique à notre démarche, ajoute Sébastien, pour montrer les efforts que nous faisons et expliquer à nos clients ce qu'est la biodiversité. » Nous avons pris une stagiaire pendant un mois pour concevoir des panneaux explicatifs et un quizz sur notre zone de biodiversité. » En outre, deux hôtels à insectes ont été installés près de la cave. Est encore prévu de développer le panneautage, d'aménager deux escaliers en bois pour passer d'une terrasse à l'autre et d'installer des tables de pique-nique.
Au total, le domaine Michelas St Jemms a décidé de consacrer un budget de 10 000 euros sur deux ans à cette zone test de biodiversité. « Notre objectif, annonce Sébastien, est de réimplanter d'autres zones de biodiversité sur l'exploitation. »

Annie Laurie

Le domaine Michelas St Jemms

- Exploitation créée par Robert et Yvette Michelas à Mercurol en 1961. Au départ, ils étaient viticulteurs coopérateurs, avant de devenir vignerons indépendants en 1971.
- Aujourd'hui Gaec constitué de quatre associés (leurs filles et fils) : Sylvie, Florence et Corine (toutes trois sur l'exploitation depuis 1988), rejointes par Sébastien en 2001.
- 52 hectares de vignes sur 8 communes (Larnage, Tain-l'Hermitage, Mercurol, Pont-de-l'Isère, Beaumont-Monteux, Clérieux, Saint-Jean-de-Muzols et Cornas). 42 hectares en AOC Crozes-Hermitage, 0,3 en Hermitage, 4 en Saint-Joseph, 1,8 en Cornas et 2 en vin de pays des Collines rhodanienne (à Clérieux).