Un réajustement du plan de soutien à l'élevage annoncé
Il y a urgence pour les filières animales. Le déblocage des 700 millions d'euros en septembre dernier pour répondre à la crise des prix n'a pas suffi. « Nous allons réajuster le plan de soutien à l'élevage », a déclaré Stéphane Le Foll, le 21 janvier devant la presse rappelant au passage que « 15 000 dossiers ont déjà été traités avec des sommes versées. Près de 25 000 autres sont en cours ». Près de 280 millions d'euros sont d'ores et déjà mis en œuvre selon le ministre, « mais qui devront nécessairement être complétés ». Des discussions avec le Premier ministre auront lieu dans les prochains jours, sans date précise, pour appliquer des dispositifs, « en particulier sur l'année blanche ».
Les crises de marché vécues en France interviennent également à l'échelle européenne et mondiale, a tenu à souligner Stéphane Le Foll, « avec des niveaux de prix extrêmement bas dans l'ensemble des grands bassins de production mondiale ». De son aveu même, il assure ne rien pouvoir faire sur la question du prix, « Le ministre n'a pas les moyens de décider ». En outre, cette crise économique profonde atteint son paroxysme avec l'apparition des problèmes sanitaires comme la fièvre catarrhale ou l'épizootie de grippe aviaire.
Stockage privé en viande porcine
Concernant la filière porcine, le gouvernement propose l'idée d'un fonds à l'instar de l'Allemagne : à travers une caisse de sécurisation en lien avec une politique contractuelle « quand il y aurait une difficulté de prix », et un fonds géré par l'interprofession Inaporc de manière plus globale « en cas de difficultés de trésorerie ». A ce titre, une réunion de travail au niveau régional aura lieu pour la filière, le ministre affirmant « je me rendrais disponible ».
« La plupart des grands pays européens ont saisi cette opportunité de stockage privé. L'Espagne et l'Allemagne représentent à eux deux plus de 50 % des viandes stockées soit environ 70 000 tonnes », a aussi expliqué le ministre. De son côté, la France n'en utiliserait que 2 000 tonnes. « La mesure de stockage privé est un élément qui doit-être mis en œuvre pour mieux ajuster l'offre et la demande », développe-t-il, « en particulier pour le gras et le lard ». Cette non-utilisation de stockage privé risque, selon lui, d'engendrer le prolongement de la crise. Ce faible taux de stockage laisserait entendre des failles dans la solidarité de la filière. « J'invite chacun à assumer sa part de responsabilité » a répondu, pour sa part, Stéphane Le Foll.
Etiquetage
Le ministre a rappelé les difficultés d'étiquetage à l'échelle européenne, notamment sur les produits transformés. « Les industriels n'en voulaient pas » remarque Stéphane Le Foll, rappelant qu'un certain nombre de pays avaient « une vision différente de l'origine des viandes », en prenant l'exemple de l'Allemagne dont la majorité des porcs engraissés sur place sont nés dans d'autres pays. Néanmoins, il souhaite que les démarches volontaires initiées dans l'Hexagone telles que « Viande de France » soient encouragées. « La France est un grand pays de naisseur/engraisseur d'où l'idée du logo Viande de France », une démarche qui, selon lui, « prend de la place dans la distribution ». Depuis le 1er avril dernier, cela fonctionne pour la viande fraîche, et devrait, selon le souhait du ministre, s'appliquer désormais aux produits transformés dans les secteurs bovins, porcins et laitiers. Concernant l'étiquetage obligatoire, Stéphane Le Foll s'y est montré réticent au vu de la complexité de la demande. « Plutôt que de demander un arrêté qui n'a aucune base légale alors que c'est à l'échelle européenne, et qui prendrait un ou deux ans de négociations pour pouvoir aboutir », il faudrait selon lui, privilégier une démarche volontaire de la filière et en particulier chez les transformateurs.
Filière palmipède
Mardi 26 janvier, le ministre rencontrera l'ensemble de la profession. « Tous les élevages, petits, moyens et grands seront aidés », rappelant que si ces mesures draconiennes n'avaient pas été prises, les répercussions économiques auraient été bien plus graves par la suite. « Un plan opérationnel du vide sanitaire sera mis en place début de semaine prochaine » détaille Philippe Mauguin, directeur de cabinet du ministre, « sur le foie gras, on est dans les temps », précise-t-il.
En conclusion, le ministre a voulu se montrer réceptif et proche des problèmes des éleveurs « l'Etat est aux côtés des éleveurs face à une crise extrêmement profonde et beaucoup plus longue que d'habitude ».
Le président de la FNSEA soutient les manifestations
Alors que les manifestations dans l’Ouest se multiplient depuis quelques jours, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a apporté « son appui total » aux actions des éleveurs sinistrés par la crise, dans une interview à i-Télé. Il a également reproché au ministre de l’Agriculture « une présence insuffisante » sur les dossiers agricoles parce qu’il consacre davantage son temps à son rôle de porte-parole du Gouvernement. « Les agriculteurs le vivent mal », souligne-t-il. Déplorant au passage, qu’il faille faire appel au Premier ministre « pour être écoutés ».S’agissant du plan annoncé le 3 septembre dernier par Manuel Valls, « il doit se mettre en œuvre beaucoup plus vite et être complété». Pour Xavier Beulin, Stéphane Le Foll devrait être aussi plus convaincant à Bruxelles. « Il y a des dispositifs qui existent à Bruxelles, il faut les utiliser » en rappelant que la France est l’un des premiers pays agricoles de l’Union européenne. En France, « nous sommes en train de décrocher», a observé Xavier Beulin en raison du « défaut de compétitivité de l’agriculture française », provoqué par des coûts sociaux plus élevés chez nous qu’ailleurs et une accumulation des normes et réglementations. Un diagnostic partagé depuis longtemps mais dont le traitement n’intervient pas. Pour sa part il a indiqué qu’il allait prendre un certain nombre d’initiatives, notamment avec « nos partenaires de la grande distribution ». L’idée est de faire remonter aux éleveurs les dizaines de centimes qui se baladent dans la filière, quand on sait que les prix à la consommation n’ont pas bougé en 2015 alors qu’ils se sont effondrés à la production.