Une approche coûts sur bénéfices est indispensable
Entre 2011 et 2014-2015, l'exposition aux antibiotiques a diminué pour toutes les espèces :
- 24,1 % pour les porcs, - 22,1 % pour les volailles, - 17,8 % pour les lapins et - 9,5 % pour les bovins, indique le 17ème rapport des ventes d'antibiotiques, présenté le 16 novembre lors des Rencontres scientifiques de l'Anses. L'objectif du plan EcoAntibio, à savoir réduire de 25 % l'exposition des animaux aux antibiotiques entre 2012 et 2016 lancé en 2012, est donc « en passe d'être atteint », indique le ministère de l'Agriculture, qui souligne aussi que la réduction de l'exposition aux antibiotiques critiques diminue également dans les proportions prévues par la loi d'avenir pour l'agriculture. Ainsi, l'exposition aux céphalosporines, qui doit diminuer de 25 % par rapport à 2013, a globalement diminué de 21,3 %, avec un effort important réalisé dans la filière porcine, - 46,5 % (et - 85 % depuis 2010). L'exposition aux fluroquinolones a diminué de 22,3 % depuis 2013. Quant à la colistine, qui pose question depuis la découverte d'une résistance transmissible, notamment entre humains, son exposition a diminué de 25,3 % depuis 2011. « Il y a eu une mobilisation et beaucoup d'efforts, mais les efforts restent à poursuivre », estime Gérard Moulin, de l'Agence nationale du médicament vétérinaire, qui présentait le rapport.
Approche économique et recours aux antibiotiques
Jean-Yves Madec, de l'Anses, note en effet que sur les différentes familles d'antibiotiques, notamment les fluroquinolones et les antibiotiques moins critiques, « la tendance est favorable sur la durée. Mais on marque un peu le pas cette année, ce qui montre que, dans les étapes à franchir, on a des effets de seuils auxquels il faudra apporter de la vigilance ». L'exemple de l'élevage de lapins montre que, pour dépasser ces effets de seuils, il faut pouvoir prouver l'intérêt économique pour le producteur qui doit investir dans le cheptel de reproduction, dans les bâtiments (ventilation, chaîne de distribution de l'eau, chaîne d'alimentation automatique...), en alimentation et en temps de travail, pour compenser les effets sanitaires de la baisse du recours aux antibiotiques. L'accompagnement technique est important pour être sûr d'obtenir au final une meilleure stabilité sanitaire. Pour la vétérinaire Isabelle Corrégé, de l'Institut du porc (Ifip), même constat : après les bons résultats obtenus ces dernières années quant à la réduction des antibiotiques dans la filière porcine, le progrès passera maintenant par une évaluation des coûts, directs et indirects, liés à la santé pour convaincre les éleveurs de franchir le pas sans craindre une baisse de l'état sanitaire de leurs animaux et une diminution de la performance technico-économique. La vaccination, le renforcement de la biosécurité et l'amélioration des bâtiments feront partie des leviers d'amélioration, à condition que les investissements soient financièrement plus avantageux que l'usage des antibiotiques. A noter, le retour sur investissement pourra peut-être se faire aussi par la demande sociétale, prête à payer plus cher des produits sans antibiotiques.
Dans le cadre de la Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques, du 14 au 20 novembre, deux évènements, l’un organisé par l’Anses, l’autre par les ministères de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement, ont fait le point sur l’usage des antibiotiques en santé animale et humaine.
Un problème de santé publique majeur

Si l’un des axes de lutte passe nécessairement par la limitation de la consommation et de la prescription d’antibiotiques chez l’homme, la réduction de la résistance aux antimicrobiens est indissociable de la santé animale. Car, à usage constant, la consommation totale d’antibiotiques vétérinaires devrait croître de plus de deux tiers d’ici à 2030, du fait de l’augmentation de la population mondiale et de la demande croissante en produits animaux. Des conséquences sont donc à prévoir sur la productivité à long terme et donc sur la sécurité alimentaire, mais aussi sur la santé humaine en lien avec la proximité et la consommation des animaux qui favorise le transfert à l’homme de cette résistance. Une relation qui, bien que complexe, rend indispensable une approche globale, interdisciplinaire, pour préserver un arsenal thérapeutique. Au niveau mondial, l’OIE, l’OMS et la FAO se sont saisis du dossier et travaillent à mettre en œuvre une stratégie globale, adaptée en 2015, pour permettre aux pays, notamment en développement, d’élaborer des plans nationaux. En France, un comité interministériel pour la Santé a défini une feuille de route qui mobilisera 330 millions d’euros sur cinq ans.
330 millions d’euros contre l’antibiorésistance
330 millions d’euros sur 5 ans (2016 à 2020) seront mobilisés pour mettre en œuvre 40 actions afin de diminuer la consommation d’antibiotiques en médecine humaine et vétérinaire, selon un communiqué commun du 17 novembre du ministère de l’Environnement, de l’Éducation, des Affaires sociales et de l’Agriculture. Ces 40 actions seront réparties en 13 mesures qui visent à la sensibilisation et à la communication sur le sujet auprès du grand public et des professionnels de santé, à la formation des professionnels de santé, à la recherche et à l’innovation en matière de maîtrise de l’antibiorésistance ainsi qu’à la mesure et à la surveillance de cette antibiorésistance. L’objectif de ce plan est de réduire de 25 % la consommation d’antibiotiques en médecin humaine et vétérinaire d’ici 2018. Il fait suite au Comité interministériel pour la santé (CIS) qui s’est tenu le matin même.