“ Une crise que l’on gère au jour le jour ”
Qu'en est-il de l'export des broutards vers l'Italie ?
Christian Berthet : « Ce n'est pas le cas le plus compliqué. Il y a toujours des échanges, notamment parce qu'il n'y a plus beaucoup de viande qui arrive de Pologne vers l'Italie. Il y a donc toujours de la demande. Néanmoins on estime une baisse du trafic de 10 %. »
Le cas de l'Espagne est-il différent ?
C. B. : « Beaucoup plus oui. Contrairement à l'Italie où l'on exporte plus de broutards que de veaux, c'est l'inverse pour l'Espagne. La situation est beaucoup plus délicate, les éleveurs ne font plus rentrer de veaux dans ce pays très touché par la pandémie. Ça fait deux semaines de suite que les prix baissent, une perte estimée de 20 à 25 euros par tête. Avec l'Espagne, la baisse de nos échanges est de l'ordre de 30 %. »
L'export vers les pays tiers, Algérie, Tunisie, Maroc et Turquie est-t-il lui aussi en difficulté ?
C. B. : « On a encore fait partir un bateau de Sète mercredi dernier (1er avril) et un autre la semaine précédente. Il est difficile de savoir s'il y en aura un suivant, c'est au jour le jour. Sur le dernier bateau on avait prévu 1 400 bêtes, ce ne sont finalement que 700 qui sont parties, principalement des génisses et quelques broutards. On envoie les dernières bêtes qui étaient en quarantaine, mais après on ne sait pas. »
L'Algérie représente 80 % de l'export vers ces pays tiers. Quelle est la situation dans ce pays ?
C. B. : « Le principal problème est le cours du baril de pétrole, dont est très dépendante l'Algérie, qui ne cesse de baisser. Alors qu'habituellement il oscille entre 60 et 70 dollars, il est aujourd'hui en-dessous des 30 dollars. Cette situation entraîne une dévaluation de leur monnaie estimée à 10 %. Autre conséquence, les banques françaises ne reconnaissent plus la crédibilité des banques algériennes. Plus de confirmation des crédits documentaires, zones fermées, etc., la situation avec l'Algérie est inquiétante. »
Avez-vous été contraint au chômage partiel dans votre entreprise ?
C. B. : « La première semaine j'ai eu deux personnes en congé. La semaine suivante, j'ai mis deux employés en chômage partiel. Encore une fois, c'est une situation que nous vivons au jour le jour. D'autre part, les consignes de protection sont strictes : aucune personne étrangère à l'entreprise ne peut entrer dans les bâtiments. Si tous les marchés bovins de la région sont fermés, celui de Bourg-en-Bresse est ouvert mais je refuse d'exposer mes employés, donc nous n'y allons pas. Ce sont les agriculteurs, les commerçants et les coopératives qui livrent les bêtes chez nous. »
Propos recueillis par Cédric Perrier