Une épargne de précaution pour faire face à la volatilité des cours
(chef de projet références régionales) a présenté les résultats de cette étude à Tournon-sur-Rhône (Ardèche).
Avec plus de 15 000 dossiers suivis au niveau régional, CERFrance dispose de solides références sur la trésorerie des exploitations, et notamment en élevage laitier. Une fois mutualisées, elles forment une base de données précieuse pour dessiner l'état de santé et les points de fragilité des exploitations, ainsi que les pistes d'amélioration en vue de la sortie des quotas. « Notre objectif est de produire de la référence économique, d'anticiper les évolutions, de faire de la prospective pour, au final, améliorer le conseil à nos adhérents », résume Michel Faurie.
Marge d'orientation
Pour cela, les experts se reposent sur des indicateurs clefs de la comptabilité comme la marge d'orientation. Elle correspond à l'argent qui reste disponible pour préparer l'avenir, après avoir payé toutes les charges, dont les annuités et la rémunération de l'exploitant, évaluée pour les besoins de l'étude à 1,5 Smic. Sur la base de l'échantillon retenu par l'entreprise, cette marge d'orientation moyenne a été évaluée à 17 euros les
1 000 litres. Mais vu la volatilité des cours et les secousses sévères dont sont victimes les charges, on comprend que cette marge est très sensible à la conjoncture. Elle dépend aussi beaucoup de l'étape de la carrière. Un jeune qui vient de s'installer ou une exploitation qui s'agrandit peine à avoir une marge d'orientation satisfaisante car les investissements récents pèsent dans la trésorerie. « Et nous sommes partis sur une rémunération de 1,5 Smic. Pour une exploitation de moins de 200 000 litres de quotas, il est difficile de dégager ce salaire », concède Michel Faurie. Les exploitations qui s'en sortent le mieux sont situées entre 300 000 et 400 000 litres, avec un bon rendement laitier (+ de 5 000 litres par ha).
Éclaircie sur les prix au second semestre ?
La prospective dans le monde du lait est un exercice périlleux. Michel Faurie note quand même quelques signes encourageants dans la dynamique de production mondiale qui pourraient se traduire par une hausse des cours. Citons pêle-mêle : la sécheresse en Nouvelle-Zélande, le ralentissement de la production en Europe du Nord, le marché du beurre et de la poudre en progression de 30 % depuis janvier, la baisse de l'euro et le dynamisme retrouvé des importations chinoises. Mais à côté de cela, il existe toujours des incertitudes sur les aides Pac ou sur le contexte géopolitique mondial. « Et puis quelles seront les conséquences de la fin des quotas ? s'interroge-t-il. L'ouverture des robinets ou une hausse maîtrisée de la production ? On nous annonce + 1 %, c'est à confirmer. Néanmoins, sans être euphoriques, nous sommes plus optimistes qu'il y a trois mois. On peut espérer une hausse des cours du lait au second semestre. »
L'art du pilotage en conjoncture instable
Cet espoir n'empêche en rien la difficulté de piloter la trésorerie d'une exploitation en conjoncture instable. Le bon sens invite chacun à mettre en place une épargne de précaution pour répondre à la volatilité des cours. « Il faudra plutôt privilégier l'épargne à l'achat de nouveau matériel », prévient l'expert-comptable. Par le passé, certains éleveurs investissaient lourd dans le matériel, notamment pour des raisons fiscales, et se retrouvent parfois suréquipés. « Chacun achète son enrubanneur, est-ce bien utile ? » s'interroge un éleveur. La mécanisation représente 30 % du coût de production. C'est, avec l'alimentation, l'un des postes de dépenses à maîtriser. « Analysez aussi vos dépenses de carburant. Elles vont parfois du simple au double d'une exploitation à l'autre », relève Michel Faurie. D'autres possibilités méritent d'être étudiées comme l'externalisation de certains travaux ou l'allongement de la durée de remboursement des emprunts. Côté « recettes », il invitait enfin les producteurs à optimiser leurs surfaces et bâtiments. « Ce sont parfois ces 10 % de lait produits en plus qui peuvent faire la différence dans une trésorerie. »
D. B.
Lait : l’exemple canadien
« Les OP par entreprise, ça ne donne rien et ça ne procure aucun rapport de force aux producteurs vis-à-vis des entreprises. Vous devez aller vers des OP territoriales », estime Daniel-Mercier Gouin, chercheur à l’université de Laval au Québec, en déplorant les contrats individuels et la multiplication des OP laitières en France. Ces propos, il les a tenus lors du colloque Grand Angle Lait, organisé par l’institut de l’élevage, le 14 avril à Paris. Cette réflexion est inspirée par l’organisation du marché du lait au Canada où « les producteurs ne se retrouvent pas seuls » face aux entreprises. Dans ce pays et dans chaque province, le prix du lait est fixé par la loi à l’issue d’une négociation entre les entreprises et les organisations de producteurs, sur la base des coûts de production.Pour être plus précis, il existe plusieurs prix du lait en fonction du marché auquel il est destiné : lait de consommation, crème et produits frais, fromages, beurre… et selon les marchés auxquels les producteurs destinent leurs livraisons, ils touchent le même prix. Les Canadiens vont jusqu’à mutualiser les frais d’acheminement du lait à la laiterie : ceux-ci sont identiques pour tous les producteurs quelle que soit la distance du producteur au transformateur. Le chercheur canadien déplore également que la notion de crise ne soit pas clairement définie en Europe, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis.
