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Euro 2016

Une manne pour les territoires ?

Avec 24 pays en compétition contre 16 lors des précédentes éditions, l’Euro de foot 2016 accueillera encore plus de matchs et encore plus de supporters. Cinquante et un matchs à disputer en un mois dans dix villes, une aubaine pour l’économie française. Sûrement. Reste cependant à l’évaluer précisément. Et l’exercice n’est pas simple.
Une manne pour les territoires ?

L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) reconnaît volontiers que la tendance est à surestimer en amont l'impact économique d'une telle compétition. En 1998, le gain de croissance engendré par la Coupe du monde avait été évalué à 0,3 % ce qui est loin d'être négligeable, surtout par les temps qui courent... Mais l'économie d'alors était sur une dynamique plus positive.

Des retombées estimées à 1,3 milliard

Une étude du Centre de droit et d'économie du sport (CDES) de Limoges, datée de novembre 2014 (avant les attentats de 2015), chiffrait à près de 1,3 milliard d'euros l'impact économique de l'Euro, dont la moitié (655 millions d'euros) en dépenses effectuées par les spectateurs étrangers. Le CDES évaluait en outre à 180 millions d'euros les recettes fiscales générées notamment par la billetterie (2,4 millions de spectateurs attendus dont 38 % d'étrangers) et dénombrait 20 000 emplois créés pour la construction et rénovation des stades. Le secteur du BTP a été donc été le premier bénéficiaire de l'événement. Mais pour l'activité touristique traditionnelle, l'Euro de foot pourrait avoir un effet « repoussoir ». Les touristes « hors foot » préférant choisir des destinations plus calmes. Cet effet-là risque d'être renforcé par la menace terroriste qui plane comme un voile noir au-dessus de la compétition. Si, par essence, ce sont les grandes villes organisatrices qui bénéficieront principalement des retombées, qu'en sera-t-il sur le reste des territoires ? Les hordes de supporters vont-elles se transformer, entre deux matchs, en touristes « lambdas », visitant les campagnes et découvrant les terroirs ? Pas sûr du tout. Peu d'initiatives ont été prises en ce sens. Rhône-Alpes Gourmand n'a mis en place aucune action, « faute de moyens ».

Tourisme urbain

Dans la région, Lyon et Saint-Étienne accueilleront respectivement six et quatre matchs. Dans la capitale des Gaules, déjà touristique, les supporters pourront profiter de l'offre habituelle et d'un accueil renforcé. De son côté, l'office du tourisme de Saint-Étienne, en partenariat avec le conseil départemental, a édité un livret d'accueil bilingue à 100 000 exemplaires ! Un document qui vante les mérites touristiques de la Loire au-delà de son chef-lieu, y compris les vins et les différentes saveurs du terroir ligérien. « Mais nous sommes plutôt dans une logique de tourisme urbain », reconnaît-on volontiers. La ville entend bien en profiter pour revaloriser son image à travers son patrimoine historique et culturel. Le déploiement des supporters dans les campagnes suppose qu'ils se déplacent en voiture, ce qui ne sera pas la majorité. Côté hébergement, l'événement va bien sûr doper la vente des nuitées, mais peut-être pas autant qu'espéré. Lundi, cinq jours avant le début de la compétition, le taux de réservation dans les villes hôtes avoisinait les 60 %. L'affluence profite aussi aux campagnes périphériques. Dans la vallée d'Azergues, à 25 minutes du centre-ville de Lyon, « Côté Hôtel » se réjouit d'un afflux inhabituel de clientèle étrangère les soirs de match. Gîte de France Rhône a créé un onglet « Euro 2016 » sur son portail internet qui permet de sélectionner des logements proches du grand stade de Lyon sur son site internet. Mais pour l'heure, la centrale de réservation ne croule pas sous les appels. Rien à voir avec l'effervescence de la fête des Lumières, nous dit-on. D'une part parce que les supporters vont aussi se déplacer d'un match à l'autre, sans forcément dormir dans toutes les villes où leur équipe évoluera. D'autre part, beaucoup voyagent en groupe, ce qui n'est pas la cible principale de Gîtes de France. Enfin les supporters se tournent parfois vers d'autres réseaux émergents comme Airbnb. À Saint-Étienne, la ville a même prévu des emplacements de camping pour les supporters slovaques et croates qui voyageront avec un plus faible pouvoir d'achat que leurs homologues d'Europe de l'Ouest. Finalement, c'est peut-être l'accueil du camp d'entraînement des équipes nationales qui assurera le plus de retombées sur les territoires ruraux. La région est plutôt bien lotie. La Haute-Savoie accueille l'Allemagne à Évian et l'Islande à Annecy-le-Vieux, le Beaujolais reçoit l'Irlande du Nord et l'Allier la Slovaquie à Vichy. Partout, on met les petits plats dans les grands pour recevoir les stars du ballon rond et leurs suiveurs. Pour ces quatre sites aux ambitions touristiques avouées, les gains de notoriété seront importants. Au final, la réussite de cet événement reposera aussi sur tout une série de facteurs non maîtrisables, à commencer par la « glorieuse incertitude du sport ». Une élimination prématurée des Bleus ou d'autres grandes nations majeures comme l'Allemagne ou l'Angleterre auraient un impact négatif, tout comme la météo, les mouvements sociaux... Bref, il faudra attendre le 10 juillet pour faire les comptes. En attendant, place au jeu ! 
D. B.

 

Les matchs dans la région

À Lyon :
Lundi 13 juin à 21 h : Belgique/Italie
Jeudi 16 juin à 18 h : Ukraine/Irlande du Nord
Dimanche 19 juin à 21 h : Roumanie/Albanie
Mercredi 22 juin à 18 h : Hongrie/Portugal
Dimanche 26 juin à 15 h : 8ème de finale (1er du groupe A/3ème du groupe C, D ou E)
Mercredi 6 juillet à 21 h : Demi-finale
À Saint-Étienne :
Mardi 14 juin à 21h : Islande/Portugal
Vendredi 17 juin à 18h : République Tchèque/Croatie
Lundi 20 juin à 21h : Slovaquie/Angleterre
Samedi 25 juin  à 15 h : 8ème de finale (2ème du groupe A/2ème du groupe C). 

 

FOOT FOR FOOD /
Les invendus alimentaires des stades récupérés
L’UEFA s’est associée aux banques alimentaires pour l’action « Foot for food ». Celles-ci auront pour mission de récupérer les surplus alimentaires invendus dans l’ensemble des dix stades qui accueillent la compétition. Concrètement, des équipes de bénévoles se déploieront dès 7 heures du matin le lendemain des matchs pour récupérer auprès des prestataires tous les produits périssables invendus (sandwichs, pizzas et autres petits fours). Ils seront ensuite redistribués aux associations partenaires de la banque alimentaire locale. Cette opération s’inscrit dans un partenariat plus global entre les banques alimentaires et le monde du football professionnel. Rappelons que chaque année, les banques alimentaires sauvent 105 000 tonnes de marchandises promises à la poubelle.