Une volonté commune d’avancer
Au cours des nombreuses prises de paroles, des hommages ont été rendus à Xavier Beulin. Ce temps fort du syndicat a également été l’occasion de débattre du statut de l’exploitant et de donner l’occasion à toutes les composantes du réseau de s’exprimer sur les sujets qui leur sont chers.
«Ce congrès est placé sous la mémoire de Xavier Beulin » a déclaré Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA pour démarrer le 71e congrès du syndicat à Brest, où pour la deuxième fois un congrès de la FNSEA s'est tenu après celui de 1986. Salué par l'ensemble des représentants agricoles et institutionnels, reconnu pour son charisme, son abnégation et sa vision de l'agriculture, Xavier Beulin, le président décédé le 19 février dernier, ne laissait personne indifférent. Une vidéo lui rendant hommage a été diffusée le 29 mars en fin de journée suivie par les longs applaudissements des congressistes debout. Fervent partisan d'une Europe plus forte et plus juste, Xavier Beulin est à l'origine du rapport d'orientation sur ce thème débattu au cours du congrès et au cœur de l'actualité dans le cadre de l'élection présidentielle. La France élira en effet son président dans trois semaines, l'Allemagne est elle aussi en pleine période électorale : les deux pays historiques de la construction européenne sont momentanément « immobilisés ». Avec le traitement du Brexit, les agriculteurs français et des autres États membres devront donc encore attendre avant de connaître les premiers contours de la prochaine politique agricole commune (Pac). Dans son rapport d'orientation, la FNSEA déplore à ce titre « l'essoufflement depuis 20 ans du moteur franco-allemand » et pointe du doigt le « renforcement des incertitudes » généré par le départ de la Grande-Bretagne. Mais ce contexte, celui des crises agricoles encore perceptibles, n'empêche pas une atmosphère détendue et chaleureuse, et une volonté certaine d'aller de l'avant.
Définir le statut de l'agriculteur
Réunis en huis clos le 28 mars, les membres du réseau ont débattu de sujets stratégiques, comme le statut de l'agriculteur. Qui doit être reconnu comme agriculteur ? Pour la FNSEA, ce statut doit concerner les agriculteurs professionnels, ceux qui vivent de l'agriculture, qui sont actifs sur leur ferme, qui détiennent un diplôme ou une expérience professionnelle, qui contrôlent et dirigent leur exploitation et qui disposent de la propriété des moyens de production. Pour les syndicalistes, cette définition claire d'un statut de l'agriculteur permettra le maintien d'une « agriculture de fermes », l'application d'une fiscalité adaptée et une plus grande clarté dans l'attribution des soutiens publics. Se posent alors différentes questions relayées par certains participants au débat. Comment gérer les installations progressives de jeunes agriculteurs de plus en plus fréquentes ? Quel seuil d'accès pour les pluriactifs ? Quid des anciens exploitants qui aujourd'hui grâce à la cotisation solidaire conservent des capacités à aider sur les exploitations ? Si les débats ont bien avancé, il reste toujours quelques points à préciser pour obtenir un statut inclusif.
Plusieurs combats remportés
Le rapport d'activité présenté le 29 mars a par ailleurs donné l'occasion aux secrétaires généraux de rappeler les avancées permises par le syndicalisme agricole au cours de l'année écoulée : pas de surtransposition de normes grâce à la mise en place du Comité de rénovation des normes en agriculture (Corena), baisse de 10 points de cotisations pour les agriculteurs, obtention d'un pacte de consolidation et de refinancement pour maintenir de la trésorerie dans les exploitations mises en difficulté par les crises, expérimentation de l'étiquetage de l'origine du lait et de la viande dans les produits transformés... Autant de succès et de chantiers à poursuivre avec une équipe renouvelée, puisque ce congrès est, comme tous les trois ans, un congrès électif.
C. P. avec Actuagri
Conseil d’administration /
Une nouvelle équipe élue à la tête de la FNSEA
Un nouveau conseil d’administration a été élu à Brest le 29 mars par les congressistes. Il est composé des membres de la seule liste nationale déposée, de représentants régionaux, des associations spécialisées et des sections sociales.Liste nationale : Henri Biès Péré, Pyrénées Atlantiques ; Henri Brichart, Aisne ; Thierry Coue, Morbihan ; Anne Marie Denis, Orne ; Jérôme Despey, Hérault ; Yannick Fialip, Haute-Loire ; Sandrine Hauser, Hautes-Alpes ; Christiane Lambert, Maine-et-Loire ; Francis Letellier, Yonne ; Céline Maginot*, Meuse ; Daniel Prieur, Doubs ; Luc Smessaert, Oise ; Jérôme Volle, Ardèche.
Scrutin régional (extrait) : Bourgogne-Franche-Comté : Thierry Chalmin (70) ; Auvergne-Rhone-Alpes : Patrick Benezit (15), Michel Joux (01)*, Robert Verger (69).
Associations spécialisées :
- Productions animales : Paul Auffray (FNP/22)*, Bruno Dufayet (FNB/15)*, Marianne Dutoit (FNC/32), Thierry Roquefeuil (FNPlait/46) *, Jean-Michel Schaeffer (CFA/67)
- Productions spéciales : Antoine Pigot (FNPHP/49), Jacques Rouchaussé (Légumes de France/51)
- * Productions végétales : (4 administrateurs) Eric Laine (CGB/51), Daniel Peyraube (AGPM/40)*, Philippe Pinta (AGPB/02) - Arnaud Rousseau (FOP/77)*
Sections sociales : commission des agricultrices (CNA) : Jacqueline Cottier (49), Catherine Guerault (50) ; section nationale des proprietaires ruraux (SNPR) : Josiane Beliard (50), Bernard Maloiseaux (51) ; section nationale des fermiers et des métayers (SNFM) : Luc Roland (60)*, Patrice Chaillou (85), Bertrand Lapalus (42)*, Laurent Fischer (67)* ; section nationale des anciens exploitants (SNAE) : Jacques Dufrechou (40), Hélène Blaud (79)* ; Jeunes agriculteurs (JA) : Jérémy Decerle (71)*, Baptiste Gatouillat (10)*, Céline Imart-Bruno (81)*, Pierre Marie Vouillot (25)* ; Commission nationale des statuts et des conflits (CNSC) Guy Jacob (27).
(*) Nouveaux élus.
Christiane Lambert /
Une éleveuse à la tête de la FNSEA
Après l’élection d’un nouveau conseil d’administration lors du congrès de Brest de la FNSEA, Christiane Lambert devrait être élue pour diriger le syndicat pour les trois prochaines années, le 13 avril. Une première pour la FNSEA, qui n’a jamais eu d’agricultrice à sa tête. Seule candidate, elle a indiqué y aller car les membres du bureau lui ont apporté leur soutien. « Sinon, je n’y serais pas allée », a-t-elle récemment indiqué au journal Le Parisien. Âgée de 55 ans (1961), elle est éleveuse de porcs à Bouillé-Ménard dans le Maine-et-Loire où elle est venue s’y installer après son mariage en 1989.Tous les échelons de responsabilité
Très rapidement après son installation en 1980 à Massiac dans le Cantal, elle s’engage dans le militantisme agricole en devenant présidente du centre cantonal et vice-présidente du centre départemental jeunes agriculteurs du Cantal. Elle va gravir tous les échelons au CNJA puis à la FNSEA. En 1986, elle est élue présidente du CRJA d’Auvergne. Suite à son changement de région en 1989 à 28 ans, elle reprend immédiatement des responsabilités au sein du CNJA à l’échelon cantonal à Pouancé en 1989. À 30 ans, elle est vice-présidente du CRJA pour l’Ouest et les Pays de Loire et devient présidente à 33 ans du CNJA. Elle enchaîne alors tout naturellement avec la FDSEA du Maine-et-Loire dont elle prend la présidence en 2001 avant d’intégrer le bureau de la FNSEA en 2005. Parallèlement, elle s’investit dès 1999 dans l’association Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (Farre) qu’elle préside jusqu’en 2005. Elle est également président de Vivea, le fonds pour la formation des agriculteurs, vice-présidente de Farre et de l’Ifocap (Institut de formation pour les cadres paysans et agroalimentaires) et membre du conseil économique, social et environnemental.
Défendre la diversité d’une agriculture rentable
Entre ses responsabilités syndicales, son travail sur l’exploitation et ses trois enfants, Christiane Lambert a très tôt appris à jongler avec un agenda très chargé. Le secret : une très bonne organisation et un mari partageant son engagement pour l’agriculture. Sur son exploitation, elle produit 5 400 porcs inscrits dans les critères Bleu-Blanc-Coeur. Elle dispose d’une maternité de 230 truies élevées sur paille et des porcelets nourris aux céréales de la ferme.
À la tête de la FNSEA, elle veut permettre « aux agriculteurs de vivre de leur métier, en construisant des prix et en rééquilibrant la répartition de la valeur » comme elle l’a indiqué dans son discours de clôture du 29 mars. Elle entend y impliquer fortement le syndicalisme qui « a toute sa place dans la structuration d’un rapport de force équilibré » avec les autres maillons de la filière. « Le modèle agricole français, ce n’est pas un modèle unique, explique Christiane Lambert. La vente directe côtoie l’exportation, le label de qualité ou le bio est à côté du conventionnel, chacune de ces agricultures répond aux besoins des consommateurs. C’est la richesse de notre agriculture et de notre pays. »
C. P.