Uniplants Vigne : la rigueur sanitaire comme leitmotiv
A Charols, dans la plaine de la Valdaine, la Sica Uniplants Vigne fêtera ses cinquante ans d’existence en 2026. La pépinière viticole a su traverser les différentes crises liées à la filière et se développer.
L’histoire a commencé il y a bientôt 50 ans. En 1976, la Sica Uniplants Vigne voit le jour sur la commune de Charols, dans la plaine de la Valdaine. Mais en réalité, les premiers chapitres de cette pépinière viticole avaient débuté dix ans auparavant, par le biais d’une quinzaine de producteurs réunis au sein de l’Union des producteurs des plants de vigne (UPPV), créée à l’initiative de René Mounier.
Six producteurs
A la construction des bâtiments (atelier de 600 m², chambre froide de 500 m²) en 1976, la structure a changé de nom au profit d’une société d’intérêt collectif agricole – devenue Uniplants Vigne. A cette époque, la société regroupe une vingtaine de producteurs… contre six aujourd’hui. « Tous les sociétaires produisent aujourd’hui des greffons et des porte-greffes. 90 % de notre production est composée de nos propres greffons et bois. Il nous arrive d’acheter des greffons de variétés dont nous ne disposons pas, à des confrères adhérents à Vitipep’s. Le collectif est important pour nous, d’où notre adhésion à la marque professionnelle de la pépinière viticole française Vitipep’s », prévient Hervé Gilles, président de la Sica depuis 2016. « Nous attachons une importance particulière aux certifications, aux suivis de qualité et aux suivis de traçabilité de chaque lot », évoque Fabien Girard, co-gérant d’Uniplants Vigne. Une démarche essentielle pour les six producteurs – répartis en quatre exploitations – qui souhaitent garantir, auprès de leurs clients situés en majorité dans le grand quart sud-est – la pérennité du vignoble français. « Notre travail est de multiplier du matériel végétal sain, indemne de toute maladie. Nous nous assurons d’avoir des pépinières exemptes de maladie afin d’amener un plant sain aux viticulteurs. Pour cela, nous réalisons sur nos parcelles des tests ELISA avec FranceAgriMer pour obtenir des analyses officielles d’identification des virus de la vigne », indique Hervé Gilles. Des prospections obligatoires et régulières sont également réalisées sur les parcelles des producteurs d’Uniplants Vigne par la FREDON pour lutter contre la flavescence dorée. « Nous participons chaque année à des formations d'ampélographie, des formations pour reconnaitre les viroses de la vigne, etc. », explique Stéphane Margouêt, technico-commercial. Ce dernier effectue un travail de conseil auprès des clients d’Uniplants Vigne et les oriente en fonction des variétés choisies, des clones (productif, qualitatif, etc.), du type de sol…
Par ailleurs, à l’image des autres filières agricoles, Uniplants Vigne est confrontée à la problématique de la main d’œuvre. « C’est toujours difficile de trouver du monde, d’autant plus pour du travail manuel. Il faut savoir que nous touchons le plant de vigne à vingt-cinq reprises avant de pouvoir le commercialiser. Même si le métier s’est modernisé au fil des ans, 80 % de nos tâches de travail se font manuellement », indique Fabien Girard. Autre contrainte rencontrée par Uniplants Vigne, la gestion des déchets verts. « Nous essayons de broyer le végétal mais cela a un coût important. Nous ne savons pas comment les valoriser aujourd’hui », regrette Hervé Gilles.
Un potentiel de deux millions de greffes
Pour autant, Uniplants Vigne a su résister aux crises successives et à sécuriser la société. « Nous sommes l’un des plus gros faiseurs de la Drôme avec un potentiel de greffe annuel de 2 à 2,2 M, et un panel de 140 assemblages. Depuis la crise viticole, nous avons réduit notre production de 10 à 15 %. Nous essayons de nous adapter au marché, aux demandes de nos clients… », poursuit le président. Face aux difficultés traversées par la filière viticole ces dernières années, Uniplants Vigne a dû s’adapter. « Il nous faut essayer de réagir vite pour anticiper les demandes de nos clients dans les deux ans à venir. Depuis deux ans, nous avons baissé nos greffages. Mais contrairement à la crise de 2006 où nos invendus nous avaient mis en péril, nous avons mieux réagi cette fois-ci », indique Fabien Girard. « Quand nous greffons en 2025, il faudrait déjà savoir ce que le marché du vin sera en 2026 / 2027. En multipliant les assemblages, nous avons plus de chance d’être en phase du marché », ajoute Hervé Gilles. Les producteurs d’Uniplants Vigne continuent de diversifier leur matériel végétal, en essayant de nouveaux assemblages et de nouveaux porte-greffes pour répondre aux besoins du marché.
Amandine Priolet
Une station de traitement à l’eau chaude
En 2022, Uniplants Vigne s’est dotée d’une station de traitement à l’eau chaude, conforme au cahier des charges FranceAgriMer. « Le traitement des plants de vigne à l’eau chaude représente le premier rempart contre la flavescence dorée », explique Fabien Girard. « Certains clients, notamment du Diois ou du Nord-Drôme, ne veulent que du plant traité à l’eau chaude. C’est une sécurité supplémentaire pour eux », indique Hervé Gilles. Auparavant, Uniplants Vigne faisait faire ces traitements en prestation, à Montélimar. « Nous avons de plus en plus de demandes, ce qui nous a conforté dans notre choix d’investissement de la machine », poursuit Fabien Girard. La capacité de trempage est de 10 000 plants, 12 000 boutures, 36 000 porte-greffes, 55 000 greffons en gerbes et 200 000 greffons coupés. Le trempage des plants dure 45 minutes à 50 °C, avec variation à +/- 0.5 °C.
A.P.
Les chiffres clés de la filière*
775 professionnels
422 producteurs de plants de vigne
220 négociants
2 347 ha de vignes-mères de porte-greffes
1 671 ha de vignes-mères de greffons
220 M de plants mis en œuvre
*chiffres 2023, source : https://ffpv.fr/