Valsud cherche du lait de chèvre
L'assemblée générale de la coopérative laitière Valsud, qui s'est déroulée à la salle des fêtes de Vaunaveys-la-Rochette vendredi dernier, a été précédée par celle du groupement caprin. Toutes deux se sont tenues sous la présidence de Christelle Pion, qui s'est adressée ainsi aux éleveurs du groupement : « La coopérative cherche du lait, il va falloir en produire... ». Ce qu'a confirmé le directeur de la structure, Pierre Degabriel, dans son bilan d'activité de Valsud. Il a mis en avant l'adhésion, en 2014, de trois nouveaux producteurs et l'agrandissement de sept exploitations, qui ont au moins doublé leur cheptel. Un travail de relance caprine a été engagé dans ce sens avec l'aide de la chambre d'agriculture et avec des soutiens au développement de la production. « Ces résultats sont encourageants, a-t-il confié. Ils montrent que les sociétaires font des projets d'avenir sur le lait de chèvre. A nous de les accompagner le mieux possible. »
94 000 litres par exploitation
Cette satisfaction a été partagée par Jean-Luc Rabillard, président d'Eurial, et Olivier Athimon, son directeur général. La coopérative Valcrest, qui achète le lait de Valsud, s'est en effet rapprochée, il y a un an, de la société nantaise Eurial, dont elle possède 7 % du capital. Un apport partiel d'actifs a été réalisé en juillet 2014. L'usine et le fonds de commerce ont été cédés tandis que Valcrest conserve la collecte du lait, la gestion de la production et l'animation sur le territoire. La fabrication des fromages sur le site de Crest est donc réalisée désormais par Eurial.
La relance est due en particulier à l'augmentation du prix du lait (672 euros les 1 000 litres), qui confirme celle déjà enregistrée en 2013 (648 euros). « Il était temps car les exploitations avaient besoin de conforter leur trésorerie après trois années de crise », a souligné le directeur.
Quant à la collecte, inférieure de 1,29 % à celle de 2013, elle a représenté 8,46 millions de litres, répartis à proportion égale en lait AOP et conventionnel. Ce qui donne une livraison moyenne de 94 000 litres par exploitation, les producteurs étant au nombre de 90.
Objectif lait cru
Du fait d'un fléchissement important au deuxième semestre, l'objectif de la coopérative consiste à développer la production de lait AOP sur cette période, avec des élevages dont les mises bas ont lieu à l'automne. Il est aussi prévu d'augmenter la production de lait conventionnel toute l'année.
Le passage au lait cru sera le thème de travail prioritaire pour les deux prochaines années. L'objectif est de fabriquer des picodons au lait cru en fin d'année 2016.
Par ailleurs, les éleveurs présents ont été interrogés sur le début de la campagne 2015. Une baisse de 10 % de production est enregistrée par certains. Elle est due à la qualité moindre des fourrages. Il a été conseillé aux éleveurs d'essayer de remplir leurs bâtiments.
Chevreaux : une activité rémunératrice
Un autre conseil concerne l'engraissement des chevreaux. « Il faut casser l'idée reçue que ça coûte de l'argent. Mais il faut être très rigoureux, en particulier pour le paillage », a-t-on entendu dans un témoignage. Une simulation effectuée par Camille Yvorel, technicienne du groupement, a montré que cette activité était rémunératrice. 5 779 chevreaux de huit jours ayant un poids moyen de cinq kilos ont été vendus à un prix moyen de 1,09 euro le kilo (la coopérative ne prenant aucune marge). Par ailleurs, ont également été commercialisés 924 chevreaux gras d'un poids moyen de 10 kg. Ce nombre diminue constamment, de moins en moins d'éleveurs faisant le choix de l'engraissement. La baisse des effectifs de chevreaux de huit jours s'explique par la diminution du nombre de troupeaux mais aussi par le choix de privilégier les lactations longues, sans mise bas, pour s'affranchir de la surcharge de travail.
Elisabeth Voreppe
Dans l'objectif du passage au lait cru, les producteurs ont été sensibilisés aux risques de contamination
Avec le lait cru, des règles d'hygiène accrues
Le passage au lait cru a occupé une partie des débats de l'assemblée générale du groupement caprin de Valsud, en particulier au travers de l'intervention de Claire-Sophie Rimet, vétérinaire en charge du suivi du groupement, et Camille Yvorel, technicienne.Les quatre principaux agents pathogènes ont été présentés. D'une part, staphylococcus aureus, qui agit par sa toxine, d'autre part, les agents producteurs de toxines : salmonella, escherichia coli et listeria. Dans la mesure où les produits laitiers font partie des aliments incriminés dans les intoxications observées, cette présentation a permis à Claire-Sophie Rimet d'affirmer que « les moyens de lutte sont souvent des pratiques d'hygiène basiques ». Les moyens de contrôle ont été énumérés et Camille Yvorel a exposé un plan d'action dans un cas d'école d'infection par les salmonelles.
A Valsud, il existe un plan de contrôle usine qui comporte une recherche des agents à réception du lait et suppose la conservation d'échantillons pour remonter éventuellement au produit. Les conséquences techniques et financières d'une contamination sont lourdes : « un lot contaminé signifie 20 000 fromages détruits ». Le passage au lait cru demandera des règles d'hygiène accrues.
A noter encore, une prime au lait cru est instituée à hauteur de 12 euros les 1 000 litres.
E. V.