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Arboriculture

Variétés de pêches et nectarines : quelle stratégie de plantation adopter ?

Voici une synthèse des cinq dernières années d’expérimentation en pêches et nectarines à la Sefra. Elle tient compte de l’évolution du climat et du marché, des problématiques des arboriculteurs, des attentes des consommateurs et de l’objectif de réduction des produits phytoparmaceutiques fixé par l’Etat.
Variétés de pêches et nectarines :  quelle stratégie de plantation adopter ?

La rentabilité économique est l'un des principaux objectifs d'une entreprise. Les aspects rendement et calibre des fruits font partie des clés de la réussite d'un verger. Néanmoins, la stratégie de plantation d'un arboriculteur doit prendre en compte bien d'autres facteurs. Une exploitation fait partie d'une chaîne économique et doit intégrer les contraintes du milieu.
A la place du traditionnel descriptif des calendriers variétaux de pêches et nectarines, une synthèse des cinq dernières années d'expérimentation à la Sefra est proposée. Ce retour d'expérience tient compte de l'évolution du climat et du marché, des problématiques des arboriculteurs, des attentes des consommateurs et de l'objectif de réduction en produits phytoparmaceutiques fixé par l'état.

Pêches blanches
Le climat, composante essentielle de la production
Les années se succèdent mais ne se ressemblent pas ! 2012 a été marquée par un mois de février très froid lors de sa première quinzaine avec des températures minimales qui ont flirté avec les – 10 °C sous abri. Cela a entraîné des gels de bourgeons floraux sur les variétés à floraison très précoce de l'ordre de 30 % au stade C. Néanmoins, le potentiel de production n'a été globalement que peu affecté.
2013 a aussi été marquée par le gel. En effet, le 16 mars, les températures sont descendues jusqu'à - 7 °C en plein champ, ce qui a entraîné un gel partiel sur les variétés à floraison précoce au stade D. Contrairement à l'année précédente, le gel a affecté le potentiel de production de ce type de variétés. « Par chance », les variétés à floraison tardive n'ont pas été affectées cette année-là. Nous étions plutôt en retard par rapport à la moyenne en termes d'avancement de végétation. Les dates de maturité des variétés ont aussi été tardives puisque les dernières ont été récoltées la deuxième quinzaine de septembre, avec des difficultés à écouler la marchandise à cette période.
2014 a été une année précoce en date de floraison et de maturité. La météo a été catastrophique en été. 19 jours de pluie ont été observés du 28 juin au 18 août pour un total de 185 mm. Les conséquences ont été désastreuses avec une pression en monilia énorme et la présence de « peau de crapaud » sur nectarines. S'est ajoutée une présence importante de « pigaillage », dont les causes restent aujourd'hui inconnues. Les variétés de nectarines sont plus ou moins sensibles à ces phénomènes selon
leur génétique. Cette année-là avait été intéressante expérimentalement puisqu'elle avait permis à la Sefra de noter des différences de sensibilité. Elle l'a été beaucoup moins pour les producteurs puisque les taux de deuxième catégorie sont passés à 45 % au lieu des 25 habituels.
2015, quant à elle, a été à l'opposé de 2014. Juillet a été caniculaire et sec. La qualité gustative a été exceptionnelle avec des taux de sucre records. Elle restera globalement comme positive puisque production et demande ont été de la partie.
2016 a mal débuté. L'hiver a été très doux. Les variétés à besoins en froid élevés n'ont pas été satisfaites, d'où de fortes chutes de bourgeons pour certaines, allant jusqu'à 60 %. Les variétés à faibles besoins en froid ont, quant à elles, eu des dates de floraison très précoces. Les témoins Garaco cov et Patty ® ont respectivement débuté leur floraison le 4 et le 12 février, soit des dates records en termes de précocité avec les risques de gel associés. Ainsi, cinq épisodes de gel (le 20 février ainsi que les 7, 9, 18 et 19mars) ont diminué le potentiel de production. Les variétés au stade F et G, et non protégées contre le gel, ont perdu 30 à 80 % de leurs fleurs. Il est aussi intéressant de noter que les variétés à floraison très tardive ont peu été affectées par le gel. Un autre problème, plus rare sur pêchers, s'est ajouté aux phénomènes décrits précédemment, conséquence directe des mauvaises conditions météorologiques : le taux de nouaison a été catastrophique. Tous ces évènements successifs ont fortement impacté le potentiel de production.
Des éléments à prendre en compte
Les conditions météorologiques des cinq dernières années ont mis en évidence plusieurs éléments importants à prendre en compte : la sensibilité au monilia, la qualité d'épiderme des nectarines, la sensibilité aux chutes de bourgeons, les dates de floraison associées aux risques de gels.

Cloque du pêcher
Concernant le monilia, le problème sera abordé dans le paragraphe sur les intrants. La qualité de l'épiderme des nectarines (pigaillage, peau de crapaud, boisage) est un point déterminant pour le revenu du producteur par sa capacité à impacter le taux de première catégorie. Les suivis montrent une grosse différence de sensibilité en fonction des variétés. Mais, aujourd'hui, certains créneaux de maturité restent toujours dépourvus de variétés non sensibles à ce risque de problème. Cet aspect doit faire partie des priorités des obtenteurs privés. Par ailleurs, il est évident que les producteurs doivent favoriser des variétés plutôt tolérantes lorsqu'elles existent. Il est intéressant de noter que, parallèlement à ces observations, la Sefra vient de mettre en place un essai afin de trouver des solutions pour limiter ce problème. Elle va ainsi évaluer l'impact de dates d'éclaircissage sur les taux de « pigaillage » sur une variété précoce et une tardive.
La chute de bourgeons due à un hiver doux et une mauvaise nouaison peuvent être problématiques mais leurs impacts peuvent être limités par certaines précautions. Il est évident qu'il faut bannir de nos calendriers toutes les variétés à très faible floraison puisqu'au moindre accident climatique, le potentiel de production est impacté. Par ailleurs, il est évident que la taille d'hiver doit être faite en deux passages. Le premier en début d'hiver pour réaliser la structure de l'arbre et effectuer une taille grossière. Une seconde au stade D à G, qui permet d'ajuster le nombre de rameaux porteurs de fruits tout en tenant compte de la climatologie. Outre ces aspects, a été démontré le bénéfice d'une retaille de rameaux pour les variétés précoces (gain de calibre, boisage moins important).
Les variétés à floraison très précoce font de plus en plus partie de nos calendriers. Elles ont pour avantage d'apporter un calibre intéressant, notamment pour les variétés à maturité précoce. Elles ont par contre pour inconvénient un risque de gel important. Néanmoins, faut-il les bannir de nos calendriers ? Jusqu'à aujourd'hui, elles étaient cultivables dans notre région sous trois conditions pour pallier tous problèmes. Ces variétés doivent avoir une floribondité importante (minimum 3.5/5). La taille d'hiver doit impérativement être effectuée en deux passages avec un ajustement vers le stade F. La lutte contre le gel s'impose. Il faut aussi noter que, pour des variétés à maturité en juillet et août, il est inutile de prendre le risque d'en planter une à floraison précoce puisque obtenir un fruit de bon calibre n'est plus un problème à ces époques de maturité. Mais, avec la météo 2016 et le changement climatique, la question se pose aussi pour les variétés à maturité précoce puisque la vérité d'hier n'est pas celle de demain. Et une plantation est réalisée pour 15 ans. Les spécialistes prévoient de plus en plus d'accidents climatiques et une année comme 2016 ne sera peut-être plus anormale dans 10 ans. Les graphiques présentent les dates de débourrements et de floraisons de deux variétés : très précoces pour le témoin Garaco cov et précoces pour Patty®. Les courbes représentent les dates depuis une dizaine d'années. Une courbe de tendance ainsi qu'une projection dans dix ans ont été réalisées avec la même évolution que la dernière décennie.
Les résultats sont surprenants et l'évolution a été très rapide. Tout d'abord, pour les variétés type Garaco cov, débourrer en décembre sera de plus en plus une réalité. Et ce sera pratiquement trois mois de lutte contre la cloque à opérer. Réaliser 8 à 9 traitements contre cette maladie n'est plus trop dans l'air du temps... En ce qui concerne les floraisons, malheureusement les dates seront de plus en plus précoces. La période de risque de gel sera ainsi plus longue et, avec le coût des bougies, il n'est pas envisageable de protéger 4 ou 5 nuits... Pour toutes ces raisons, il est préférable aujourd'hui de ne pas planter des variétés dont les floraisons et débourrements sont plus précoces que ceux de Patty®.
L'évolution du marché

 
Si nous observons les parts de marché des différentes sous-espèces (source panel Kantar), la nectarine jaune représente un tiers de la consommation. Ces valeurs restent stables depuis plusieurs années. En 2015, la pêche blanche est la deuxième sous-espèce consommée avec 28 % de parts de marché, suivie par les nectarines blanches avec 21 %. Les parts de marché des blanches sont en hausse en 2015, surtout en nectarines blanches. Les pêches jaunes, quant à elles, représentent la plus faible part du marché avec 18 %. Leur consommation a diminué de 10 % entre 2014 et 2015.
La difficulté est de savoir quelle sera la consommation demain. Néanmoins, si l'on regarde les consommations actuelles, ainsi que leur évolution, il est indispensable de travailler sur la création variétale en nectarines jaunes. C'est la sous-espèce où la demande est la plus forte, mais aussi celle où nous disposons le moins de variétés de qualité. Les obtenteurs doivent particulièrement s'y intéresser.
Un petit mot sur les variétés très tardives : depuis quelques années, l'expérience montre la difficulté à écouler les stocks après la rentrée scolaire de septembre. Cet élément est important à prendre en considération puisqu'il peut être associé à une météo maussade dans la région, avec des problèmes importants de monilioses au champ. Pour ces raisons, les variétés très tardives ne sont pas conseillées dans notre secteur.
Les attentes des consommateurs
Selon une étude présentée par C. Hilaire et S. Lurol (CTIFL) en 2006, les variétés à saveur équilibrée sont les préférées des consommateurs quel que soit leur taux de sucre. Contrairement aux idées reçues, si le taux de sucre est inférieur à 10 % Brix, les douces sont les moins appréciées. A noter, pour satisfaire 50 % des personnes, il faudra environ 9.5 % Brix de sucre pour une équilibrée, 10 pour une douce et 10.5 pour une acidulée.
En 2012, Catherine Roty (chargée d'études consommation au CTIFL ) a présenté les critères recherchés par les consommateurs dans une pêche ou nectarine : en premier la jutosité, en second le sucre, en troisième le parfum. Selon une autre étude réalisée par Valentine Cottet (CTIFL) auprès des consommateurs en 2015, les qualités attendues sont la présence d'arômes et de sucre, une texture juteuse et fondante et un calibre important (satisfaction de 80 % des consommateurs). Les fruits plus fermes satisfont les consommateurs s'ils sont également sucrés et juteux. L'acidité est un facteur segmentant. Ces études nous montrent l'importance du sucre et de la jutosité. Cela doit vraiment être un critère de sélection lors de la plantation d'une variété. Les variétés acidulées ne posent aucun problème si elles disposent de ces critères (à condition de les récolter à la bonne fermeté).
Il est aussi important d'ouvrir une parenthèse sur l'incidence de la durée de stockage des fruits. Les résultats du tableau  montrent l'incidence du stockage sur la satisfaction du consommateur. Ce test, effectué par le CTIFL, a été réalisé sur la variété Summer Rich cov. Il montre l'importance de ne pas stocker les fruits trop longtemps puisque les satisfaits passent de 74 à 45 % si les fruits sont stockés 13 jours au lieu de 6 jours. Une bonne stratégie de plantation (surface) doit évidemment tenir compte de la demande du marché en fonction des périodes.
Désherbage mécanique

 

Le plan Ecophyto II
Il serait incomplet de conclure cet article sans mentionner le plan Ecophyto II. Lancé par l'Etat en octobre 2015, il a pour but de réduire l'utilisation de « phytos » de 25 % d'ici 2020 avec la généralisation et l'optimisation des techniques disponibles et de 50 % d'ici 2025 avec des mutations plus profondes des systèmes de production. L'utilisation des produits de bio-contrôle devra aussi être développée. Les premiers résultats des travaux réalisés sur la réduction des intrants par la Sefra et ses partenaires (Inra, CTIFL, stations régionales) dans le cadre du projet Ecopêche montrent la possibilité d'utiliser certains leviers pour baisser les « IFT chimiques » (indice de fréquence de traitements) : le désherbage mécanique, l'utilisation de produits de bio-contrôle (le soufre contre l'oïdium, les huiles contre les pucerons, la confusion sexuelle contre la tordeuse), l'utilisation de barrière physique (glu contre les forficules). Les possibilités de réduction existent mais ne sont aujourd'hui que partielles. Il a aussi été démontré la difficulté de réduire les traitements avant récolte sans impacter la marge économique, notamment ceux de la conservation. D'ailleurs, plusieurs bio-agresseurs n'ont aujourd'hui aucun moyen de lutte (exemple : le Xanthomonas) et sont très problématiques pour les producteurs. D'autres bio-agresseurs, comme la cloque, nécessitent de nombreux traitements et, à l'heure actuelle, aucun moyen de substitution n'existe. Afin d'évaluer la sensibilité des variétés de pêches à la cloque, la Sefra dispose d'un verger spécifique non traité. Il apparaît, sauf quelques exceptions, que la plupart des variétés sont sensibles à très sensibles à la cloque. Comment demander aux producteurs de baisser leur IFT dans de telles conditions ? L'une des principales réponses doit être la génétique. Il est indispensable de prendre conscience de ce problème aujourd'hui pour honorer les objectifs du plan Ecophyto II demain. Tout d'abord, l'Inra doit impérativement mettre à disposition des éditeurs privés des géniteurs élites (non sensibles aux bio-agresseurs). Parallèlement à ce travail, les producteurs doivent dans un premier temps planter les variétés les moins sensibles. Le rôle de la Sefra est bien entendu de les aider dans cette orientation.

Punaise.

Bilan
Valider une stratégie de plantation est compliqué. Le producteur doit faire face à un contexte pédoclimatique, à la concurrence du marché, aux attentes des consommateurs, à des problèmes sanitaires mais aussi à la pression de la société pour réduire les IFT. Il doit surtout imaginer les besoins de demain pour pouvoir garantir la viabilité de son entreprise à long terme. Lorsqu'il plante une parcelle, il investit pour 15 ans, d'où l'importance de ne pas se tromper de stratégie et de variété. Avoir conscience de tous ces paramètres est indispensable pour relever les défis de demain. 
Yannick Montrognon,
responsable du programme
pêcher à la Sefra