Végétaux d’ornement : une filière qui veut penser “ positif ”
Si les professionnels ne masquent pas leurs inquiétudes, ils veulent demeurer confiants en l’avenir. Tour d’horizon d’une filière génératrice d’emplois et de
chiffre d’affaires.
Après deux congrès en région parisienne, la Fédération nationale des producteurs horticulteurs pépiniéristes (FNPHP) a fait son retour en province pour la 71e édition de son congrès, en Auvergne-Rhône-Alpes en l'occurrence. Un choix qui n'a rien d'un hasard puisque le territoire est le deuxième bastion de la filière après l'Anjou. Mais aussi le deuxième bassin de consommation derrière la région parisienne.
Une consommation en baisse
Si les producteurs de végétaux d'ornement n'échappent pas aux difficultés économiques, notamment liées à la concurrence des pays européens voisins et à la baisse des budgets des collectivités, elle veut demeurer positive. En faisant intervenir le secrétaire national de la « Ligue des optimistes de France » lors de sa table ronde, François Félix a voulu adresser un message clair à ses adhérents : « il ne faut pas céder au marasme ambiant mais il faut savoir rebondir et trouver des solutions à nos problèmes. »
Des problèmes qui ne manquent pas. « Oui, les chiffres ne sont pas bons, la consommation de végétaux d'ornement recule », reconnaît le rosiériste isérois. Mais l'analyse mérite d'être affinée car la situation est variable selon les segments de marché. La baisse est beaucoup plus prononcée chez les clients publics que chez les ménages ; elle est plus légère pour les végétaux d'extérieurs que d'intérieurs.
Pour faire face, la filière s'organise. La FNPHP a ainsi aidé à la création d'alliances commerciales entre plusieurs enseignes. Elles sont six à avoir vu le jour sur le territoire national dont une dans la région : « Attitude végétale ». Des alliances qui doivent permettre de trouver de nouveaux marchés, y compris à l'export où la qualité génétique et le savoir-faire français sont reconnus jusque dans les pays émergents.
Le FNPHP avait aussi soutenu la création de HPF (Horticulteurs et pépiniérites de France), le réseau des artisans du végétal. Président de la station expérimentale régionale du Ratho (Brindas, Rhône), Eric Vuillermet est l'un de ses membres. « Nous avons découvert le commerce car nous sommes des producteurs à la base », note-t-il. Si le marché des détaillants est plutôt stable, il n'en demeure pas moins fragile. « Pour nos clients, le jardin est un loisir comme un autre, ils peuvent s'en détourner. Il faut donc les séduire en leur proposant des nouveautés. » Les détaillants ont, en outre, une belle carte à jouer par la fraîcheur, la qualité, la proximité qu'ils apportent mais aussi le conseil. « Aujourd'hui, beaucoup de nos clients sont de jeunes urbains qui ont des connaissances limitées sur les végétaux. Il faut les aider sur les dates de plantation, les conseils d'entretien, les espèces à choisir selon la qualité du terrain... »
Le client a d'ailleurs eu l'honneur d'une seconde table ronde lors de ce congrès national. « Car c'est bien le client, la préoccupation la plus importante de l'entreprise », assure le président de la fédération.
Renforcer la compétitivité
Autre piste suivie par la FNPHP et son groupe « paysages et collectivités », un travail mené avec Hortis (association regroupant les responsables Espaces verts des collectivités) pour aider les entreprises à mieux répondre aux appels d'offres publics. La fédération a aussi rencontré François Baroin, président de l'association des maires de France, sur le sujet. Sans doute pour lui rappeler que bon nombre de collectivités font appel à des entreprises étrangères pour embellir leur ville... Car la distorsion de concurrence avec les pays voisins européens préoccupe les responsables de la filière. Ils attendent clairement un soutien de l'État sur ce point. « Nous demandons depuis deux ans la création d'un observatoire de compétitivité réglementaire et économique qui doit nous permettre d'y voir plus clair. Mais on ne voit rien venir », peste François Félix.
Production durable et impasse technique
Ce n'est pas le seul grief reproché à l'État. La FNPHP attend notamment un vrai coup de pouce sur l'aide à l'investissement. « Nous avons besoin de soutien sur des problématiques comme la réduction de la pénibilité, des intrants, la gestion climatique des serres. Nous avions auparavant un dispositif qui fonctionnait très bien. Il y a deux ans, l'État a mis en place le P3A (Initiatives innovantes en agriculture et agroalimentaire). Les critères d'éligibilité nous empêchent d'y accéder », regrette vertement le président.
Comme dans les autres secteurs de l'agriculture, les professionnels sont également invités à prendre en compte le développement durable. « Nous avons parfaitement conscience des attentes environnementales de la société. Nous les prenons en compte comme le prouve la création de la certification Plante bleue(1). Maintenant, avec la réduction des intrants, nous sommes dans une impasse technique face à certains parasites qui menacent l'avenir de certaines entreprises. C'est le cas par exemple en floriculture avec les thrips. Nous sommes aussi inquiets sur le plan de lutte contre xylella fastidiosa qui nous paraît plus dangereux que la bactérie elle-même.(2) Nous plaidons pour la création d'un passeport phytosanitaire européen. »
Mais malgré ces doléances et les difficultés actuelles, les responsables de la filière ne veulent pas noircir le tableau. « Il y a peut-être quelques entreprises à la traîne mais la grande majorité ont su évoluer autant dans leurs modes de production que de commercialisation et sont promises à un bel avenir. »
(1) : Plante bleue est le label national de référence des horticulteurs et pépiniéristes français engagés dans une démarche de production respectueuse de l'environnement (optimisation de l'arrosage, limitation des engrais et des traitements, économie d'énergie...)
(2) : le plan de lutte prévoit d'interdire le commerce de 80 % des végétaux dans un périmètre de 20 km suite à la détection d'un cas.
Échos de salon /
Une dynamique régionale
Pour Bernard Abdilla, président de l’Union régionale horticole (URH), l’organisation portée par Dominique Rey a été une preuve d’une réelle dynamique au sein de la nouvelle équipe régionale et surtout symbole d’un partenariat indispensable avec les établissements d’enseignement comme le lycée de Dardilly qui accueillait le congrès. « Cette synergie est primordiale pour promouvoir notre filière. » Par ailleurs, le secteur travaille à la reprise d’une charte de marchés publics, avec le soutien des différents acteurs de la filière et de la Draaf mais également à la mise en place d’un contrat régional d’objectif de filière. Un projet entendu et soutenu par le Conseil régional. La région est également forte d’une station d’expérimentation, le Ratho.« Ecouter le silence »
Dans son discours de clôture, François Felix, président de la FNPHP a interpellé sur plusieurs points le ministère. « L’heure du constat est passée. Nous avons conscience qu’il existe des évolutions sociétales auxquelles nous devons nous adapter. Nous savons nous organiser pour défendre nos produits de qualité. Aujourd’hui, nous devons aller plus loin pour relever les défis d’avenir. Sur le plan de l’environnement, nous devons faire en sorte que cela soit vivable pour les producteurs et ainsi compter sur nous-même et nos alliés (FNSEA, Val’hor..). Toutefois, il faut arrêter de nous savonner la planche. Il nous manque des moyens. Nous avons besoin de soutien et laisser les producteurs produire. » Des revendications portées devant des producteurs fortement mobilisés pour ce congrès mais surtout devant une chaise vide. « J’aurai aimé entendre les réponses du ministre de l’Agriculture ou celles de son représentant mais nous sommes contraints d’écouter le silence. »
Un programme court en prime time
Le nouveau programme court dédié aux plantes, aux arbres et aux fleurs, Mission Végétal, a été diffusé en clôture du premier jour de congrès. Diffusé du lundi au samedi sur M6 vers 19 h 30, Mission Végétal a pour ambition de redonner au végétal une place privilégiée dans le quotidien des Français de 25 à 49 ans. Le dispositif TV sera complété par un dispositif web et réseaux sociaux tout au long de l’année afin de fédérer une communauté végétale sur internet. « Il s’agit de créer un rendez-vous régulier qui raconte une histoire pour donner envie de profiter des bienfaits des arbres, des plantes, des fleurs en tout lieu et toute occasion », explique Benoît Ganem, président de Val’hor dans un communiqué de presse.