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Ravageur

Xylella fastidiosa : alerte levée en vigne mais prudence

À l'occasion des Rencontres rhodaniennes, Christophe Roubal, du pôle risques phytosanitaires et environnement de la Draaf Paca, est intervenu sur les nouveaux ravageurs et maladies émergentes, et notamment xylella fastidiosa. Ces derniers jours, la bactérie a été identifiée dans des plants de caféiers à Rungis
Xylella fastidiosa : alerte levée en vigne mais prudence

Xylella fastidiosa, une bactérie identifiée dans le sud de l'Italie, est responsable d'un nombre impressionnant de dépérissements sur oliviers. Il ne s'agirait pas de la maladie de Pierce, qui peut toucher la vigne, mais d'une autre souche très proche de xylella fastidiosa pauca, présente notamment au Costa Rica. Elle touche le laurier-rose et les oliviers « mais la vigne n'est pas sensible à cette souche à ce jour », rassure Christophe Roubal, même s'il rappelle que la maladie peut toujours évoluer. Peut-on craindre l'arrivée du dépérissement de l'olivier en France ? « La bactérie a certaines exigences en matière de températures par exemple, ce qui fait qu'elle ne devrait pas se ruer sur la France », rassure Christophe Roubal. Mais la menace pour le verger d'oliviers français reste bien présente.

Une cicadelle pour vecteur

Son vecteur principal semble être une cicadelle : le cercope des prés qui se déplace relativement lentement. Ce petit insecte commun en Europe dans les plantes herbacées et ligneuses est long de 6 mm avec des couleurs et dessins très variables. Sa larve s'entoure complètement d'une mousse qu'elle sécrète, communément appelée « crachat de coucou ». S'il a été identifié comme principal vecteur, on peut légitimement s'inquiéter que d'autres espèces le soient également. En effet, 40 sortes d'hémiptères peuvent être vecteurs de l'une ou l'autre des quatre sous-espèces de xylella.
Aujourd'hui, le principal risque réside plutôt dans l'importation de matériel végétal atteint. Aussi, en attendant des mesures européennes, la France vient de décider une restriction des importations (voir encadré) en provenance des zones touchées, soulevant une vive réaction italienne.
Dans les Pouilles, l'attaque est très grave mais « les autorités ont pris les mesures qui s'imposent. Une zone de confinement de 2 km a été déterminée, puis une zone de 12 km où il n'y a pas de symptôme. Il y a eu, en février, une sortie accidentelle de matériel pour de la biomasse. Les responsables sont aujourd'hui devant le tribunal. »
Depuis que ces dépérissements sont connus, des rumeurs courent dans l'Hexagone. On aurait vu xylella en Aquitaine « mais il n'y a pas de trace de la maladie. Les bactéries peuvent être présentes, comme dans le corps humain, mais ce n'est pas pour cela que la maladie se déclare », explique Christophe Roubal. Il faut tout de même rester vigilant. Sur vigne, la maladie est reconnaissable aux feuilles qui tombent mais pas les pétioles, ce qui donne une impression de « guirlande de Noël ».

D'autres espèces sensibles

Quatre sous-espèces de xylella fastidiosa ont été identifiées dans le monde. Jusqu'à présent, elles n'avaient touché que le continent américain, puis la bactérie a été identifiée à Taïwan, et presque sûrement en Iran. Et la gamme d'hôtes sensibles est impressionnante : 309 espèces appartenant à 60 familles différentes. Dans la petite péninsule italienne de Salento, zone oléicole la plus contaminée, quelques autres espèces végétales ont été trouvées infectées par la même souche de la bactérie. Ce sont l'amandier, le cerisier, et quelques espèces ornementales : laurier-rose, genet d'Espagne, mimosa bleuâtre... « Effectivement, le cerisier et le merisier peuvent être touchés par cette souche. Mais pour que le cerisier soit touché, il faudrait déjà que la bactérie arrive. Statistiquement, les plus forts risques d'introduction passent par l'olivier et des plantes ornementales », rassure Christophe Roubal.
L'abondance d'espèces végétales sensibles, comme le grand nombre d'espèces d'insectes vecteurs, l'impossibilité de détruire la bactérie par un traitement chimique, le côté hasardeux d'applications massive d'insecticides contre les vecteurs conduisent à une problématique de lutte très difficile. Pour la vigne, l'utilisation en Californie de variétés tolérantes semble prometteuse.

Magali Sagnes
Xylella fastidiosa /
Un arrêté restreint les importations de végétaux
Dans l'attente d'un dispositif européen, la France a signé un arrêté en date du 2 avril visant à interdire l'importation de végétaux sensibles à xylella fastidiosa et provenant de zones touchées. Cette mesure concerne les échanges intra-européens depuis la région des Pouilles (Italie) et les importations issues des zones infectées dans les pays tiers, notamment le continent américain.
Cet arrêté a été signé même si « aucun foyer n'a été détecté pour l'instant en France », comme l'a confirmé le ministre de l'Agriculture. Aussi , « l'importation de végétaux spécifiés depuis des pays tiers où xylella fastidiosa est présente, ou dont l'absence n'est pas garantie, est interdite ». L'organisation agricole italienne Coldiretti a vivement réagi le 3 avril à cette décision. Cette mesure « prise en dehors du droit communautaire » est « arbitraire » et « disproportionnée », déplore la Coldiretti, évoquant le risque d'une « guerre commerciale sans précédent ».
M. S.

 

Xylella fastidiosa

Des plants de caféier porteurs identifiés à Rungis

Le gouvernement a annoncé dans un communiqué le 15 avril avoir consigné des plants de caféier porteurs de la bactérie Xylella fastidiosa. Les services de la Draaf Ile de France les ont identifiés chez un revendeur de plants de Rungis, explique un communiqué du ministère de l'Agriculture. Les plants sont «vraisemblablement originaires d'Amérique centrale», et ont été introduits dans l'Union européenne« via les Pays-Bas», révèle le ministère. Une enquête est en cours pour déterminer leur origine exacte. La bactérie Xylella fastidiosa affecte les oliviers de la région des Pouilles dans le sud-est de l'Italie depuis 2013. 10% des oliviers de cette région sont touchés. La France a annoncé le 3 avril avoir interdit l'importation de végétaux sensibles à Xyllela fastidiosa et provenant de zones touchées par cette bactérie en particulier la région des Pouilles