BILAN
Un mois de mai doux et qui reste globalement sec

Douzième mois d’affilée plus chaud que la normale, mai a connu un ensoleillement généreux et des airs d’été avant l’heure. Les précipitations très inégales sur le pays sont globalement en déficit. Si la recharge des nappes a été bonne dans l’ensemble, leur niveau reste bas dans le Nord-Est, les couloirs de la Saône et du Rhône et l’Est du Massif central.
Un mois de mai doux et qui reste globalement sec

Avec une température moyenne de 16,5°C sur le mois et l'ensemble de la France, mai 2020 affiche un excédent de 1,5°C par rapport à la moyenne de référence (de 1981-2010), ce qui en fait le douzième mois d'affilée plus doux que la normale. Une situation inédite depuis que les relevés météorologiques existent, souligne la Chaîne météo dans son bilan climatique pour mai. « Les conditions anticycloniques ont dominé sur le Nord de la France durant le mois de mai, favorisant un temps remarquablement sec et ensoleillé dans un courant de Nord-Est dominant », indique pour sa part Météo France (bilan climatique mis à jour le 8 juin). Des records d'ensoleillement, particulièrement dans le Nord-Ouest, et des températures exceptionnellement élevées (32°C à Biscarrosse ou Biarritz le 4 mai) ont fait de mai un mois souvent estival. « Après une deuxième décade plutôt fraîche, la troisième décade a enregistré des températures particulièrement élevées : + 4,3°C en moyenne pour la décade dans le Sud-Ouest et l'Ouest », confirme Agreste dans sa dernière note mensuelle de climatologie le 12 juin. Du 11 au 16 mai, un net refroidissement s'est cependant fait sentir, coïncidant avec la période des Saints de glace.

Des pluies contrastées

Dans ces conditions, la pluviométrie a été globalement déficitaire de plus de 10 % en mai : « du nord de la Nouvelle-Aquitaine à la vallée du Rhône et de la Bourgogne à l'Alsace, le déficit a souvent dépassé 25 % », confirme Météo France. Mais les pluies ont été aussi très contrastées, avec des excédents parfois importants dans le Sud-Ouest ou dans l'arrière-pays méditerranéen. Une situation dépressionnaire entre le 9 et le 11 mai a en effet engendré de forts cumuls d'eau qui ont atteint « une fois et demie à deux fois et demie la normale localement dans l'Indre et plus généralement sur la Gironde, les Landes, l'Aude, le Tarn, l'Hérault et la région Paca » et, par endroits, « 100 à 150 mm en 3 jours sur ces régions », détaille l'organisme de météorologie. Au 1er juin, l'indice d'humidité des sols demeure cependant inférieur à la normale sur la quasi-totalité des régions, sauf en Gironde, en Corse et sur quelques zones éparses autour du littoral méditerranéen, constate Agreste.

Des journées à plus de 30°C

Dans les départements de l'Ain, de l'Ardèche, de la Drôme, de l'Isère, du Jura, de la Loire, du Rhône, de la Saône-et-Loire et des Savoie, mai est de nouveau plus doux que la moyenne. L'écart à la normale atteint + 1,9 °C, avec des journées très chaudes, notamment le 22 mai où le thermomètre a dépassé les 30°C à Montélimar (30,5°C), Saint-Étienne (30,8°C) et Lyon (31,2°C). L'ensemble de ces départements ont bénéficié d'un ensoleillement très généreux sur le mois, avec un excédent moyen de 23 % par rapport à la normale, notamment du côté de Mâcon (+ 30 %) et d'Ambérieu (+ 29 %). Côté pluies, en revanche, le déficit se creuse. Le niveau des précipitations accuse un recul de plus de 25 %, sauf dans les départements savoyards où il est dans la moyenne (+ 3 % à Chambéry), voire bien supérieur (+ 52 % à Bourg-Saint-Maurice). Ailleurs, les déficits oscillent entre - 25 % (Mâcon) et - 35 % (Ambérieu). Selon Agreste, l'écart cumulé de précipitations par rapport à la normale depuis le 1er mars atteint 33 % dans le Centre-Est.

Une recharge inégale des nappes

Dans son bulletin mensuel présenté le 11 juin, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) indique que « la recharge des nappes phréatiques a été satisfaisante en mai ». D'après le BRGM, et malgré un printemps 2020 qui se classe au deuxième rang des plus chauds en France, après celui de 2011 (source Météo France), « la situation est satisfaisante, avec des niveaux supérieurs à la moyenne sur une grande partie du territoire ». Cela étant, les niveaux de certaines nappes de l'Est restent bas. « La situation est moins favorable sur une large partie Nord-Est de la France : les nappes de la plaine d'Alsace, des couloirs de la Saône et du Rhône et de l'Est du Massif central affichent toujours des niveaux modérément bas à bas, conséquences de déficits pluviométriques successifs », confirme le BRGM. Un état qui pourrait cependant s'améliorer, à la faveur des pluies du mois de juin. « En juin, les tendances des nappes inertielles devraient rester orientées vers la baisse et la situation ne devrait pas se modifier. Concernant les nappes réactives, les tendances et l'évolution des situations dépendront essentiellement des pluies efficaces locales et des demandes en eau. Les épisodes pluviométriques successifs attendus en juin pourraient avoir un effet bénéfique localement sur les nappes les plus réactives », estime le BRGM.
Sébastien Duperay

 

A consulter les cartes de l'évolution des températures et des précipitations

 

PRAIRIES / Grand Est et BFC en léger déficit, pousse « normale » en France

Au 20 mai, seules les régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté connaissent une pousse des prairies déficitaire par rapport à la période de référence 2008-2018, indique Agreste dans une note de conjoncture du 29 mai. D’après le service de statistique du ministère de l’Agriculture, le Grand Est présente un déficit « faiblement marqué », avec un indicateur ISOP (indicateur de rendement des prairies permanentes) de 90. Dans cette région, « seule la moitié des régions fourragères est en déficit, avec des disparités notables entre l’Alsace déficitaire (ISOP à 82) et Champagne-Ardenne dans la norme (ISOP à 96) ». « De même, certaines régions fourragères d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Paca sont déficitaires alors que la pousse cumulée globale est respectivement excédentaire et normale dans ces deux régions », poursuit Agreste. Malgré des disparités entre régions et au sein même des régions, « la production cumulée des prairies, au niveau national, est dans la norme » (+ 8,5 % par rapport à la référence). « Deux tiers des régions du territoire sont excédentaires », relève Agreste, avec « des situations proches de la normale (ISOP voisin de 110) pour trois quarts d’entre elles ». L’herbe est particulièrement verte en Bretagne (ISOP à 122), mais aussi en Pays de Loire, Paca et Centre-Val de Loire, où respectivement 69, 65 et 63 % de la pousse annuelle ont été réalisés (contre 51 % au niveau national et 47 % pour la période de référence). 

PRÉVISIONS / MétéEau Nappes, un nouvel outil d’aide à la gestion de l’eau

A la question : « quelles seront les prévisions en matière d’eau souterraine pour l’été prochain ? » les utilisateurs de MétéEau Nappes auront bientôt une réponse précise. Développé par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), cet outil de prévision des ressources en eau a été officiellement présenté le 11 juin. Le principe de MétéEau Nappes est simple : disposer en quasi-temps réel de données sur le niveau des nappes phréatiques et réaliser des prévisions sur trois à six mois. Pour développer cet outil innovant, le BRGM peut s’appuyer sur l’ensemble des capteurs du réseau piézométrique national sur lequel il prélève des données qui sont ensuite retranscrites à l’utilisateur sous forme de cartes et de graphiques. « Avec MétéEau Nappes, l’utilisateur a la possibilité de réaliser de nombreuses simulations sur la base de plusieurs scénarios climatiques qui lui sont proposés. Pour s’adapter à l’évolution des conditions climatiques en temps réel, il peut au jour le jour rafraîchir les prévisions météorologiques et ainsi obtenir des données plus précises », explique Jérôme Nicolas, responsable du réseau national de surveillance de l’état quantitatif des eaux souterraines et co-responsable du projet MétéEau Nappes.
Un outil technologique au service de l’expertise de terrain
 « L’objectif de MétéEau Nappes n’est pas de fournir des données à très long terme sur le changement climatique. Il a plutôt été pensé comme un outil d’aide à la décision qui fournit à son utilisateur des données régulières sous forme de bulletins météos de manière à mieux organiser son travail au quotidien. En matière de gestion des eaux souterraines et de surface, rien ne remplacera jamais une bonne connaissance du milieu et une capacité à interpréter les signaux », tient à rappeler Jérôme Nicolas. Aujourd’hui testé par les services de l’État, MétéEau Nappes sera disponible dès le mois d’octobre. D’abord mis au service des gestionnaires publics de ressources en eau, cet outil devrait rapidement être mis à disposition du grand public. Disposant d’une interface web facile d’utilisation, MétéEau Nappes pourrait d’ailleurs s’adapter sans difficulté aux exigences du monde agricole et permettrait de contribuer au développement de l’automatisation du travail. Grâce à une meilleure anticipation des niveaux d’eau disponibles, les agriculteurs pourraient notamment mieux s’adapter en cas de restrictions d’utilisation décidées lors d’épisodes de sécheresse.
Pierre Garcia