Bilan climatique
Un mois de juillet particulièrement aride 

Exceptionnel à plus d’un titre, ce mois de juillet 2022 restera comme celui des superlatifs. Chaleur, sécheresse et ensoleillement ont atteint des sommets ces dernières semaines et continuent de s’imposer en ce mois d’août.

Un mois de juillet particulièrement aride 
La moyenne en juillet s’est établie à 23,2 °C, soit 2,1 °C au-dessus de la normale, aggravant la sécheresse des sols. ©Pixabay

Nul doute que l’on se souviendra longtemps de ce mois de juillet et de cette chaleur qui a dominé sur l’ensemble du pays plusieurs semaines d’affilée. La moyenne sur le mois s’est établie à 23,2 °C, soit 2,1 °C au-dessus de la normale pour la période 1991-2020, estime La Chaîne Météo. De quoi classer juillet 2022 comme le troisième mois le plus chaud des vingt dernières années derrière 2006 et 2018, après un mois de juillet 2021 qui s’était au contraire révélé déficitaire. Dans son dernier bulletin, La Chaîne Météo précise que l’excédent a été particulièrement marqué sur le quart sud-est avec une canicule durable à partir du 15 jusqu’au 28, pour un excédent souvent supérieur à 3 °C. Le record a été enregistré à Bourg-Saint-Maurice (Savoie) : + 3,7 °C. À l’inverse, l’excédent s’est révélé moins important dans les régions centrales – « seulement » + 0,8 °C à Nevers (Nièvre) par exemple – ou dans l’extrême-nord du pays.

Peu de précipitations, beaucoup de soleil

Côté pluie, le déficit est apparu particulièrement important en juillet : – 85 % par rapport aux normales de saison pour un total de 7,6 mm. Les précipitations se sont révélées particulièrement faibles sur l’ensemble du pays. La pluie a pratiquement déserté le sud-est et l’est de l’Hexagone. À Lyon (Rhône), on a relevé seulement 0,6 mm de pluie sur le mois, de quoi battre un record mensuel pour la capitale des Gaules datant de près d’un siècle. À Marseille (Bouches-du-Rhône), le déficit parle de lui-même : – 100 % de précipitations, et pas une seule goutte d’eau à l’horizon. Seule la région de Pau (Pyrénées-Atlantiques) a affiché un déficit plus contenu, même s’il s’est quand même élevé à 55 % sur le mois. De quoi faire de juillet 2022 le mois de juillet le plus sec des vingt dernières années, contrastant avec un mois de juillet 2021 très perturbé qui avait cumulé pluies et orages. À l’inverse des précipitations, l’ensoleillement s’est révélé particulièrement généreux sur la France en raison de blocages anticycloniques à répétition. L’excédent s’est élevé à 37 % sur le mois, notamment dans le Nord et le Nord-Ouest. Avec 350 heures de soleil, la palme revient à Nantes (Loire-Atlantique) et ses 71 % d’excédent. Il s’est révélé plus faible dans le Sud-Est mais vu les standards observés sur le pays, difficile d’en tirer de véritables enseignements. Si l’excédent a été contenu à 13 % à Marignane (Bouches-du-Rhône), l’Île du Levant dans le Var a battu des records avec 420 heures de soleil. Cumulées, ces conditions météorologiques extrêmes ont causé de nombreux incendies. La Gironde a vu plus de 3 000 ha de forêt partir en fumée. Plus grave encore, certains territoires comme la Sarthe ou la Bretagne, peu habitués aux feux, ont été durement touchés.

Une météo étouffante en Auvergne-Rhône-Alpes

En Auvergne-Rhône-Alpes, comme souvent ces derniers mois, les conditions anticycloniques ont largement prédominé en juillet, éloignant durablement les orages et les perturbations de la région. Après un mois de juin déjà extrêmement chaud, une nouvelle vague de chaleur est venue s’abattre. Elle s’est particulièrement imposée sur les Alpes du Nord, la Drôme et l’Ardèche, où elle a duré douze à quatorze jours. Côté température moyenne, l’excédent a été de 2,2 °C à l’échelle de la région. Juillet 2022 s’est ainsi située au quatrième rang des mois de juillet les plus chauds depuis 1947 après 2006, 1983 et 2015. Contrairement à l’année précédente, les précipitations se sont faites rares : le cumul moyen au niveau régional a été de seulement 10 mm. Pour Auvergne-Rhône-Alpes, juillet 2022 restera comme le mois de juillet le plus sec depuis 1958. La persistance des conditions anticycloniques a permis à l’ensoleillement d’atteindre des records. Sur plusieurs stations du réseau principal, comme à Lyon-Bron (Rhône) ou Ambérieu (Ain), le soleil n’avait jamais autant brillé sur un mois. Si grâce aux orages de la fin juin, l’indice d’humidité des sols était remonté à 0,51 au 1er juillet, cette amélioration précaire n’a pas résisté aux conditions météorologiques exceptionnellement sèches et chaudes du mois de juillet. Inexorablement en baisse, l’indice d’humidité des sols a atteint en moyenne 0,22 au 31 juillet, ce qui constitue un nouveau record pour cette période de l’année, effaçant celui de 2003.

Pierre Garcia

Une pousse largement déficitaire en prairies

Au 20 juillet 2022, la pousse cumulée des prairies permanentes est apparue inférieure de 21 % à celle observée au niveau national sur la période 1989-2018. Les pluies, trop rares depuis plusieurs mois, ainsi que les fortes chaleurs de juillet, ont encore aggravé la situation au niveau national. Excepté dans une partie centrale de l’Hexagone où les pluies sont apparues proches de la normale, la sécheresse a ralenti la pousse de l’herbe sur la majeure partie du pays. Au total, seulement 20 % des régions fourragères ont connu une pousse supérieure à la normale sur le mois de juillet. Le déficit de pousse a été important sur un large quart sud-ouest et le long de la Manche. Depuis le début de la campagne, le déficit a atteint 60 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur et a dépassé 30 % en Occitanie et dans les Hauts-de-France. Les régions Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val de Loire ont de leur côté affiché un déficit voisin de 15 % alors que dans les autres régions, il a souvent été compris entre 20 et 25 %. Si au 20 juillet, la pousse cumulée atteint normalement 70 % de la pousse annuelle de référence, elle n’a atteint en 2022 que 55 %.

P.G.

Nappes : des niveaux toujours très bas

En juillet, la vidange s’est poursuivie et l’ensemble des nappes ont observé des niveaux en baisse en raison de l’absence de précipitations. L’intensité de la vidange a cependant ralenti sur de nombreuses nappes, conséquence probable des pluies de fin juin et de la diminution des prélèvements. L’état des nappes s’est maintenu et est resté proche de celui de juin. Les nappes inertielles et les nappes les moins sollicitées ont mieux résisté à la sécheresse. La situation est apparue plus préoccupante pour un grand nombre de nappes qui ont affiché des niveaux bas à très bas. Les secteurs en alerte sont le Centre-Ouest (Poitou, Brenne, Maine, Touraine) et le Sud-Est (Bas-Dauphiné, Provence et Côte d’Azur). En août, les niveaux des nappes devraient rester orientés vers la baisse. Les pluies efficaces, réussissant à s’infiltrer, devraient humidifier les sols et bénéficier à la végétation, mais ne pourront probablement pas atteindre les nappes. La situation devra être surveillée sur l’ensemble du territoire, plus particulièrement sur toutes les nappes réactives et inertielles affichant des niveaux bas mais aussi sur des secteurs fortement sollicités par des prélèvements.
P.G.