Apporter l'eau à l'agriculture du Sud-Drôme
Dans les Baronnies, le Nyonsais et le Tricastin, l'irrigation est essentielle au maintien du tissu agricole. Sans eau, sur ces territoires soumis à un climat méridional, l'avenir de l'agriculture n'est pas assuré. Ce constat, les membres des comités d'actions et de projets (Cap) du Tricastin-Nyonsais et des Baronnies, comités portés par la chambre d'agriculture de la Drôme, l'ont unanimement fait ressortir. Afin d'expliquer certains enjeux et présenter ce qui pourrait être une solution à la pénurie d'eau, l'ensemble des agriculteurs de ces territoires ont été conviés à une réunion, le 19 mars à Piégon. Ils ont été accueillis par Sandrine Roussin, Yves Feydy et Nathalie Gravier, élus de la chambre d'agriculture, ainsi que par le maire de la commune, Serge Roux, également membre de la compagnie consulaire.
5,6 milliards de mètres cubes par an

Globalement, « en Drôme, on ne manque pas d'eau, a fait remarquer François Dubocs, conseiller eau à la chambre d'agriculture. 5,6 milliards de mètres cubes (m³) tombent sous forme de pluie sur le département et plus de 600 millions alimentent les cours d'eau. ». La consommation d'eau potable représente 35 millions de m³ par an, les besoins de l'industrie 50 millions et ceux de l'agriculture varient, selon le climat de l'année, de 70 à 140 millions. Ces prélèvements permettent d'irriguer 40 % des surfaces agricoles drômoises. L'eau est essentiellement captée dans le Rhône et sa nappe d'accompagnement ainsi que dans l'Isère. S'ajoute celle provenant de la Bourne. 9 % sont des prélèvements d'eaux superficielles dites fragiles (rivières aux débits variables).
Dans le Sud-Drôme, sur les bassins du Lez, de l'Eygues, de l'Ouvèze et de la Méouge, 1 330 hectares (ha) sont irrigués, soit 3 % de la surface agricole utile. Un chiffre que François Dubocs a qualifié de « dérisoire », sachant que la surface irrigable représente 3 300 ha (8 % de la SAU). Pour moitié, l'eau arrive par canaux gravitaires. Un moyen jugé peu performant (seulement 15 % de l'eau va à l'irrigation) mais avec cependant des effets positifs sur l'environnement (biodiversité, rechargement des nappes).
Jusqu'à moins 50 % de prélèvement

Pour les agriculteurs ne bénéficiant pas de l'eau du Rhône ou de réserves conséquentes, l'arsenal réglementaire est devenu un véritable casse-tête. Une directive européenne de 2000 impose aux Etats d'atteindre un bon état des masses d'eau en 2021 (à défaut en 2027). En France, la loi sur l'eau de 2006 décline un objectif de retour à l'équilibre entre la ressource en eau et la demande. « Il s'agit de limiter les recours à la gestion de crise », a expliqué François Dubocs. Des outils comme le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) planifie par bassin l'usage de l'eau. De plus, afin de garantir les besoins du milieu naturel et définir des objectifs d'étiage, des études sur les volumes prélevables ont été lancées par l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse (RMC). En Drôme, onze bassins sont concernés. Pour le Lez, la conclusion de l'étude aboutit à diminuer le prélèvement d'eau de 20 % en juillet et 40 % en septembre. Pour l'Ouvèze, la réduction est fixée à 30 %, pour l'Eygues à 40 %, pour la Méouge à 50 %. Seule la Berre obtient un gel des prélèvements. « Compte tenu des efforts déjà réalisés par les agriculteurs, ce sont des objectifs qui interpellent », a fait remarquer François Dubocs. Pour ces bassins en déficit chronique, la mise en place d'une zone de répartition des eaux (ZRE) va davantage compliquer la donne.
Des solutions ?
Alors que faire ? Une solution consiste à amener l'eau du Rhône vers ces territoires du Sud-Drôme (lire ci-dessous). Une autre à construire des retenues collinaires pour stocker la ressource. Pour cela, un soutien financier est possible avec le dixième programme de l'Agence de l'eau RMC mais il reste limité (taux d'aide de 30 %, plafonné à 4,5 euros le m³). Quant aux interventions de la Région et du Département, elles sont désormais liées au Feader* et ciblent davantage l'économie d'eau.
« Toutes ces nouvelles réglementations ne changeront rien à notre situation. C'est une catastrophe annoncée, ont considéré certains agriculteurs. Il nous faut un projet ambitieux pour pouvoir irriguer toutes nos cultures. » Le temps presse.
Christophe Ledoux
* Feader : fonds européen agricole pour le développement rural.
Projet / Un aménagement hydraulique en Nord-Vaucluse et Sud-Drôme à partir du Rhône est à l'étude
Conduire l'eau du Rhône vers les zones déficitaires
Trois stations de pompage situées à Bollène(1), Carpentras(2) et Sorgues(3) irriguent actuellement 1 500 hectares (ha). Or, elles sont dimensionnées pour en irriguer 8 000. Pour une utilisation maximale de ces infrastructures, « il suffirait de poser des tuyaux », a expliqué Mireille Brun, conseiller eau à la chambre d'agriculture de Vaucluse, invitée à la réunion de Piégon (lire-ci-dessus). Pour faire face à la pénurie d'eau des territoires du Nord-Vaucluse et du Sud-Drôme, la solution apparaît évidente. Reste que le coût d'un tel projet est estimé à 150 millions d'euros et qu'il ne rentre pas forcément dans les priorités des possibles financeurs (Europe, Etat, collectivités locales, Agence de l'eau...).Un projet à construire
Porté par André Bernard, président de la chambre d'agriculture de Vaucluse, rejoint par Anne-Claire Vial, son homologue de la Drôme, le projet a fait l'objet d'un rapport du ministère de l'Agriculture en 2013. Fin 2014, « un comité de pilotage de projet territorial a été réuni en préfecture de Vaucluse pour lancer et superviser une étude », a indiqué Mireille Brun. Il s'agit d'évaluer les besoins en eau actuels et futurs des agriculteurs. Les deux chambres d'agriculture sont à l'œuvre. « Ce n'est pas encore un projet concret mais un projet à construire », a-t-elle prévenu. Par ailleurs, elle a souligné le fait que « seulement 5 % du débit total annuel du Rhône est prélevé, tous usages confondus. Pour le Pô (Italie), c'est 60 %. »Se mobiliserCette mobilisation de l'eau du Rhône permettrait de soulager les bassins de l'Eygues (Aygues en Vaucluse), du Lez et de l'Ouvèze, souvent déficitaires en été. Elle sécuriserait définitivement l'ensemble des zones agricoles de ces territoires. La réalisation d'un ouvrage hydraulique de cette nature prendra des années. Pour les agriculteurs présents à la réunion de Piégon, toutes les cultures, y compris la vigne, doivent pouvoir être irriguées. « Mobilisons-nous pour faire avancer ce projet rapidement, a résumé Serge Roux, maire de la commune et élu de la chambre d'agriculture de la Drôme. Bougeons-nous pour que soit tirée une tuyauterie. »C. Ledoux(1) Association syndicale autorisée (Asa) d'irrigation des Grés de Bollène.(2) Asa du canal de Carpentras.
(3) Asa de Grangeneuve.
Point de vue / Sandrine Roussin, élue de la chambre d'agriculture et responsable des comités d'actions et de projets (Cap) du Sud-Drôme, estime que l'eau est un enjeu primordial.
« Expliquer et convaincre »
« Lors de chacune des réunions de Cap, la problématique de l'eau a été mise en avant, explique Sandrine Roussin. Sur les trois bassins versants du Sud-Drôme, en l'état actuel des choses, la réduction des volumes prélevables irait jusqu'à 50 %. C'est considérable », estime l'élue de la chambre d'agriculture. S'agissant des retenues collinaires, elle met l'accent sur la nécessité de fédérer. « Mais comment y arriver si des financeurs excluent certaines productions comme la viticulture ?, s'inquiète-t-elle. Nous allons tout faire pour convaincre les responsables politiques de n'exclure aucune orientation technique et demander à l'interprofession viticole de se mobiliser dans ce sens », ajoute-t-elle.
Quant au projet consistant à amener l'eau du Rhône vers ces territoires du Sud-Drôme, « le dossier aurait dû avancer plus vite, estime-t-elle. Mais nous n'avons pas de baguette magique pour trouver 150 millions d'euros. Notre rôle d'élus consulaires consiste à expliquer les enjeux et à convaincre l'Etat ainsi que les collectivités locales de mettre la main à la poche dès maintenant pour entreprendre les études préalables à ce grand projet. Il nous faudra, aussi, convaincre les exploitants agricoles car les frais fixes d'une telle installation peuvent s'estimer à 250 euros l'hectare. Pour réduire les coûts, des solutions existent comme les regroupements de bornes. Pour les territoires du Sud-Drôme mais également partout ailleurs, l'eau est un enjeu primordial. »