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Conférence

La coopération comme fer de lance

La dixième édition des Rencontres de l’Agriculture du Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes s’est déroulée le 27 novembre à Valence avec pour thématique l’agriculture, entre défis et mutations.

Par Morgane Eymin
La coopération comme fer de lance
©ME-AD26
« L’avenir de l’agriculture va reposer sur l’intelligence collective, la coopération entre tous les acteurs du secteur. Le Crédit Agricole, qui est né d’une rassemblement d’agriculteurs et accompagne 83 % d’entre-eux sur le territoire, jouera pleinement son rôle de coopérateur avec les autres OPA », a conclu Pierre Fort, directeur général du Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes aux côtés de Jean-Pierre Gaillard, président.

Pour parler des profondes mutations du monde agricole, les dixièmes Rencontres de l’agriculture, organisées par le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes, ont convié François Purseigle, sociologue et professeur à AgroToulouse. « Le défi n’est pas tant celui des générations que le renouvellement des actifs », a-t-il expliqué aux centaines de personnes présentes dans la salle. Son intervention a introduit la table ronde qui réunissait Pauline Guillot, jeune agricultrice installée dans le Vercors qui livre une partie de sa production à la coopérative Vercors Lait, Emmanuel Gauchet, directeur général de Vercors Lait, Aurélien Clavel, agriculteur en Isère et président de la Chambre d’agriculture de son département et Régis Aubenas, arboriculteur dans la Drôme et président de l’interprofession fruits et légumes d’Auvergne-Rhône-Alpes (Interfel).

Trouver un déterminant commun

François Purseigle est revenu sur la diminution des actifs agricoles. « L’agriculture familiale française est de plus en plus dépendante de la population non issue de cette agriculture », a-t-il exposé en s’appuyant sur la hausse de 71 % de salariés des établissements de travaux agricoles et sur la hausse de 213 % des salariés de groupements d’employeurs entre 2003 et 2016. « Le maintien des exploitations passe par la capacité à installer et conforter en main-d’œuvre les exploitations qui ont des difficultés à se renouveler et à insérer de nouveaux publics », a avancé le sociologue. François Purseigle préconise de « penser souplesse, progressivité et évolution des parcours d’entrée », de « reconnaître et d’accompagner la diversité », et de « renforcer les dispositifs d’accompagnement et de consolider l’accessibilité à des ressources critiques dans les territoires ».

« Il va falloir trouver un déterminant commun pour aller de l’avant ensemble, a déclaré le conférencier. Le défi pour les organisations professionnelles passe par la réconciliation du monde agricole. » François Purseigle a alerté sur la montée en complexité des entreprises agricoles sur le plan juridique. « Derrière deux fermes, il y a parfois une même réalité, une même famille. De plus en plus de SCEA n’ont plus de salariés mais passent par des Cuma ou des groupements d’employeurs, a-t-il observé. Il faut préparer et former les cadres de demain à accompagner les exploitations d’aujourd’hui qui sont de plus en plus complexes. » Il a rappelé que 77 % des exploitants de grandes fermes font de la délégation contre 12 % en 2020.

« Être un producteur, ça a une valeur, il faut la préserver et ne pas la laisser partir ou alors il faut l’organiser et construire de nouvelles formes de contractualisation, a indiqué le sociologue en faisant référence à l’insertion des salariés, aux associations et aux nouveaux collectifs de gouvernance partagée. Les raisonnements entrepreneuriaux ont évolué. Les nouvelles générations ont découvert la profession après avoir bougé et connu le salariat. Elle ne regarde pas l’entreprise de la même manière. » Le sociologue a fini avec une touche d’optimisme : « En 2025, on attend l’agriculture. C’est grâce à elle que les territoires seront plus résilients. L’agriculture n’est pas un problème, c’est une solution ».

« Il y a eu trop d’entre-soi »

La table ronde a démarré avec l’intervention de Régis Aubenas, au sujet de la structuration de la filière arboricole. « En 2005, l’arboriculture drômoise a été percutée par le virus de la sharka. La filière s’est retrouvée dans l’impasse. En même temps, nous assistions à la montée en puissance de la pêche espagnole. Nous perdions nos marchés à l’export et nos volumes sur le marché intérieur, a témoigné l’agriculteur. L’échelon régional était peu utilisé, on a donc élaboré une stratégie fruitière. Nous avons réussi à sauver une grande partie du secteur, à installer des jeunes et à obtenir des outils performants. »

L’échange s’est poursuivi avec Emmanuel Gauchet, directeur général de Vercors Lait. « La coopérative a été créée en 2003 par la solidarité de producteurs adhérents qui ont repris la fromagerie et se sont réunis autour de la filière Bleu du Vercors. La structure transformait deux millions de litres de lait alors qu’elle en collectait six millions. Il a fallu réinventer le système, faire valoir le territoire, chercher des ressources pour continuer à exister, a expliqué le représentant. Aujourd’hui, elle a relevé le défi. Elle collecte 6,5 millions de litres de lait, elle transforme la totalité. Mais elle doit encore se réinventer pour continuer à faire vivre près de 110 familles, c’est le premier employeur du plateau du Vercors »

Installée à la suite du départ à la retraite de son père depuis janvier, Pauline Guillot a toujours voulu travailler sur la ferme familiale. Après des études agricoles en Savoie pour « voir ce qui se faisait », elle a passé deux ans en service de remplacement chez des producteurs du Vercors avant de s’installer. « Être chez Vercors Lait, c’est une fierté de par l’histoire vécue par mon père et mon grand-père, a confié la jeune éleveuse. Elle apporte une sécurité en cas d’aléas, ce qui m’a poussée à m’installer. La coopérative permet aussi de participer à la vie locale, de ne pas être seule sur sa ferme et d’être entourée. » Sur les organisations professionnelles agricoles (OPA), de son point de vue, « certaines paraissent dépasser. C’est un vrai plus ce qu’elles peuvent nous apporter, en s’investissant on peut les mettre au goût du jour. Il faut s’adapter à ce que le consommateur peut demander, aux nouvelles technologies, aux changements dans la profession. Les agriculteurs représentent plusieurs générations et je vois par exemple avec mon père que nous n’avons pas les mêmes attentes sur la ferme ».

Pour Aurélien Clavel, président de la Chambre d’agriculture de l’Isère, il faut que « les OPA travaillent ensemble » et « se questionnent sur leur rôle ». Il appelle à considérer « les nouveaux profils d’agriculteurs ». Il a défendu une approche systémique. « Aujourd’hui, nous sommes trop cloisonnés. En Isère, nous avons adopté une approche plus collective. Au sein de la Chambre d’agriculture, nous avons lancé un comité d’orientation qui réunit le monde végétal et animal pour aller dans le même sens ensemble. » Et d’ajouter : « Il y a eu trop d’entre-soi, on a du mal à se comprendre, à avoir des bases communes pour avancer. La formation commune semble un élément indispensable pour que les multi-acteurs fixent une trajectoire et redonnent espoir à l’agriculture. »