Les agriculteurs invités à voir leur « ferme au microscope »
La Commission locale de l'eau (CLE) du Sage Bas Dauphiné Plaine de Valence a organisé une rencontre entre Céline Basset, doctorante en science de gestion et en science du sol, et les agriculteurs du territoire le vendredi 28 novembre chez Christian Nagearaffe, nuciculteur à Montmiral.
Alors que la Commission locale de l'eau du Sage Bas Dauphiné Plaine de Valence a annoncé aux agriculteurs de la Drôme des Collines la volonté de voir baisser leur prélèvement en eau de 30 à 40 % en 2026, la structure souhaite créer davantage de « liens entre la recherche sur l’eau en agriculture et le terrain ». La commission a donc organisé vendredi 28 novembre la première édition « De la ferme au microscope », une série de rendez-vous pour permettre aux agriculteurs de mieux connaître le fonctionnement et les besoins de leur sol à travers la science.
Le vermicompost comme allié
Doctorante au sein du Laboratoire Sécurité, Défense, Renseignement (ESDRC) du Centre national d’art et des métiers, Céline Basset a déjà réalisé des essais dans plusieurs exploitations du département, notamment à la ferme « Un goût d'air libre » à La Bégude-de-Mazenc et aux Jardins du Rozier à Montélimar (voir notre édition du jeudi 15 mai 2025). Dans le cadre de la directive européenne qui vise à régénérer les sols d’ici 2050, la chercheuse teste l’application de vermicompost pour enrichir le sol en organismes microscopiques. Si suffisamment de bactéries, champignons, protozoaires, micro-et , méso-organismes sont présents dans le sol, ils forment un réseau trophique pour fertiliser et protéger les cultures. Selon la chercheuse, « la compaction du sol est l’ennemi numéro un de la biodiversité : elle détruit l’habitat des organismes du sol ».
« Si on arrête le labour, il y a un risque de perte de production en raison de la compétition racinaire pour accéder aux nutriments et à l’eau ». Avant d’arrêter, Céline Basset a préconisé de remettre de la biologie dans le sol. Étape une, décompacter sous le rang, étape deux ensemencer du sol à la tige les cultures avec les thés de vermicompost aéré (TVA), et étape trois, amender en matière organique. Sa recherche scientifique à La Bégude-de-Mazenc a montré une baisse des maladies fongiques sur la vigne, une meilleure pénétrabilité du sol et une meilleure infiltration de l’eau dès la première année. La doctorante mentionne également le fumier bovin comme possible support à la régénération du sol. « Au bout de six à sept mois de stockage, le fumier deviendrait une excellente arme biologique pour obtenir des organismes du sol local ». Autre levier selon elle : les couverts végétaux qui arrêtent l’érosion et fournissent du sucre au sol pour nourrir la biologie.
La terre passée au microscope
Les agriculteurs participants étaient invités à ramener un échantillon de leur sol pour une analyse au microscope. Hélas, la majorité ne contenait que des bactéries, peu de champignons, peu de protozoaires, et quelques nématodes parasitaires. « Nous assistons quasiment à la disparition des réseaux trophiques peu importe les pratiques, conventionnelles ou en bio, a déclaré la chercheuse. Les vermi-technologies peuvent permettre d’accélérer le changement de pratique agricole pour aller vers le non-labour et les alternatives de biocontrôle. »
Accompagner la transition
Cette rencontre avec la scientifique fait suite à la publication en début d’année du journal des expérimentations diffusé par le Sage Bas Dauphiné Plaine de Valence. Les agriculteurs peuvent retrouver les travaux de différents chercheurs sur le site de l’organisme dans la rubrique « Documents à consulter ». La seconde édition « De la ferme au microscope » est prévue pour 2026 avec un focus sur l’arboriculture en partenariat avec la Senura et le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL).
Pour Céline Basset, ce lien entre la science et l’agriculture est une approche innovante idéale pour développer de nouvelles pratiques. D’ailleurs, elle espère pouvoir proposer dès que possible des formations sur les vermitechnologies (vermicompost et TVA). La doctorante projette aussi de diffuser son outil de diagnostic des sols, le microscope amélioré d’une intelligence artificielle dans toutes les chambres d’agriculture. Enfin, elle appelle les acteurs agricoles à répondre à l’enquête nationale sur la sécurité du sol et des territoires via le site securite-du-sol.com/farmers/ et les acteurs institutionnels à via securite-du-sol.com/policymakers/.