Climat, phytos, main-d'œuvre : s'adapter aux contraintes de production
À Anneyron, une journée technique s'est penchée sur les réponses possibles pour faire face aux contraintes de production en fruits.

Prédire les trajectoires futures des vergers, voilà un exercice bien difficile. En revanche, plusieurs facteurs contraignants sont d'ores et déjà connus : le changement climatique, l'interdiction et/ou la disparition de produits phytosanitaires ainsi que la pénurie de main-d’œuvre. Produire des fruits à noyaux et à pépins tout en s'adaptant à ces contraintes, tel a été le thème d'une journée technique organisée le 21 janvier par la MFR d'Anneyron et animée par Yannick Montrognon, formateur.
« Le manque de froid est une problématique, en particulier sur l'abricot », a fait remarquer Laurent Vossier, directeur technique de Métral Fruits et du Comptoir rhodanien, en introduction de cette journée. Quant à l'interdiction des phytosanitaires, « si on nous enlève des cartouches pour protéger nos vergers, on n'y arrivera pas. Les décisions vont trop vite, elles créent des impasses techniques qui peuvent très vite mettre en péril une espèce », a-t-il prévenu. Enfin, « attirer des gens vers nos métiers est compliqué, ce qui pose aussi des problèmes sur la qualité de la main-d’œuvre dont on dispose », a-t-il ajouté.
Le 21 janvier à Anneyron, la journée technique a suscité l'engouement de nombre d'arboriculteurs. ©CL-AD26
Réduire la vulnérabilité des cultures
Marie Launay, agronome et modélisatrice des cultures à l’Inrae d'Avignon, a rappelé l'évolution récente et rapide de la température à la surface du globe. Un phénomène causé par les activités humaines et principalement par les émissions de gaz à effet de serre. « L'impact sur la végétation se traduit par l'avancée des stades phénologiques à raison de deux à quatre jours par décennie » a-t-elle indiqué. Sont également observés des changements de typicité des fruits (plus de sucre et moins d'acidité), l'émergence de nouvelles maladies et ravageurs.
« L'impact du changement climatique sur la végétation se traduit par l'avancée des stades phénologiques à raison de deux à quatre jours par décennie » a indiqué Marie Launay, de l’Inrae d'Avignon. ©CL-AD26
D'ici la fin du siècle, les événements climatiques extrêmes (sécheresse, canicule, tempêtes…) devraient être de plus en plus fréquents et intenses. « À défaut d'une adaptation, une hausse locale de la température moyenne de 2°C ou plus par rapport à la fin du 20e siècle se traduira par une incidence négative sur les principales cultures de nos régions tempérées », a fait remarquer Marie Launay. Dès lors, réduire la vulnérabilité des cultures en ayant des systèmes plus robustes est un enjeu fort. « Cela passe par des changements stratégiques à court terme, systémiques à moyen terme et par des transformations à long terme », a-t-elle énoncé. Elle a évoqué la sélection variétale avec des végétaux résistants au stress hydrique par l'esquive, l'évitement ou la tolérance. Mais aussi l'évolution des pratiques culturales (agriculture de précision, gestion de l'azote et du carbone, agroforesterie, développement de l'irrigation…) et des systèmes de culture (changement d'aire, remplacement d'espèces, nouvelles domestications…). D'ores et déjà, « des connaissances existent et permettent d'envisager de s'adapter si le climat se stabilise entre + 1,5 et + 2°C », a conclu Marie Launay.
La pression sanitaire évolue
Avec le changement climatique, la pression sanitaire évolue. C'est ce qu'est venu expliquer Christophe Mouiren, conseiller arboricole au GRCeta de Basse Durance, lequel a participé à une étude sur les performances agro-économiques des vergers de pêchers en conditions de réduction des pesticides et en production biologique. « Beaucoup de bio-agresseurs sont à nos portes, d'autres sont déjà installés », a-t-il prévenu. À Anneyron, il a mis l'accent sur quelques ravageurs et maladies déjà présents (cicadelle verte, pucerons, cloque, monilia) et évoqués d'autres en évolution (thrips meridionalis, cécidomyies des fleurs d'abricotiers, bactériose de l'abricotier, ECA, tordeuse orientale et anarsia, mouches de la cerise, cochenilles).
« Beaucoup de bio-agresseurs sont à nos portes, d'autres sont déjà installés », a prévenu Christophe Mouiren, conseiller arboricole au GRCeta de Basse Durance. ©CL-AD26
« Avec les évolutions réglementaires et l'efficacité des solutions disponibles, les stratégies phytos sont difficiles à extrapoler, a-t-il fait remarquer. On est à la croisée des chemins. En 2025, nous avons encore des solutions. Mais en 2026, on pourrait se retrouver dans des impasses. » La perte de molécules efficaces en insecticides est considérée comme « le plus gros problème » par nombre d'arboriculteurs, car les insectes sont les vecteurs des maladies fongiques. Des propos confirmés par Pascal Bioroli, directeur et conseiller du GRCeta de Basse Durance, spécialisé dans les fruits à pépins.
Lors de cette journée technique, Philippe Pouenard (producteur à Beausemblant) et Cédric Chevalier (société Cerifrais) ont apporté leurs témoignages sur les filets Alt'Droso pour lutter contre la drosophila suzukii. Et Yannick Montrognon a présenté les avancées génétiques pour lutter contre la cloque et le xanthomonas sur pêchers. L'économie de main-d'œuvre a aussi été abordée (voir encadré).
Christophe Ledoux
Indicateurs du changement climatique : quelques ressources
- Le site agrometinfo.fr, service en ligne proposé par l’Inrae en collaboration avec Météo-France, fournit en temps réel des indicateurs simples pour le suivi de l’évolution des conditions agroclimatiques des cultures en France métropolitaine. L’application permet d’évaluer les conditions météos de l’année en cours en les comparant aux normales climatiques de référence (1991-2020). Les indicateurs disponibles incluent, par exemple, le nombre de jours de gel ou de jours chauds à très chauds, ce qui permet d'adapter les pratiques culturales face aux variations climatiques.
- Le site climadiag-agriculture.fr est un service climatique en accès libre destiné aux acteurs agricoles, développé par Météo-France et Solagro. Il permet de calculer localement des indicateurs climatiques, agro-climatiques et phéno-climatiques afin d’évaluer les nouveaux enjeux de vulnérabilité liés au changement climatique.
- Le site data.pheno.fr, issus du réseau national d’observatoires de la phénologie (Tempo), met à disposition des données phénologiques provenant de diverses sources, telles que l’Observatoire des Saisons, Phenoclim et d’autres bases de données spécialisées. Les utilisateurs peuvent consulter et télécharger ces données pour des recherches en écologie, en agronomie ou pour des applications liées aux impacts du changement climatique.
- Le site geco.ecophytopic.fr/adaptation-changement-climatique, développé dans le cadre du plan Écophyto, recense divers leviers d’adaptation aux stress hydrique et thermique auxquels les exploitations agricoles peuvent être confrontées en raison du changement climatique.
Un verger 2D pour s'adapter

« Nous avons imaginé le verger de demain qui s'adapte à la mécanisation voire à la robotisation, plus facile à protéger des aléas climatiques, et qui s'adapte aussi à l'évolution sociétale, à savoir une moindre disponibilité de main-d'œuvre », a expliqué Jean-Philippe Banc, arboriculteur à Larnage. Depuis plusieurs années, un verger 2D (deux dimensions), très plat (20 à 30 cm de chaque côté) a été mis en place sur abricotiers, cerisiers et pruniers. « Cela représente aujourd'hui plus de la moitié de nos 70 ha. Dès que l'on plante un verger, on le plante sur fil de fer avec différentes distances de plantation et de formes d'arbre mais toujours en 2D », précise-t-il.
Selon Jean-Philippe Banc, les résultats sont plus que favorables. « L'entrée en production est plus rapide, ce qui améliore le retour sur investissement, constate-t-il. Avec davantage d'arbres à l'hectare, nous obtenons une meilleure régularité de production. Sur chaque arbre on demande moins de fruits, ce qui augmente la qualité et donne un meilleur retour à fleurs. » De plus, sur le volet social, « nous avons diminué le nombre d'heures de main-d'œuvre sur les tâches de taille, d'éclaircissage et de récolte et augmenté le confort de travail, ajoute-t-il. On a vraiment pensé à améliorer l'ergonomie au travail. »
Pour réussir la maîtrise d'un verger 2D, « toutes les variétés ne sont pas adaptées à ce mode de conduite car on produit sur du bois court, prévient-il. Et il faut vraiment maîtriser le mariage à trois entre la nature du sol, la vigueur du porte-greffe et la variété. Il faut une vigueur moyenne des arbres, ni trop faible, ni trop forte. » Par ailleurs, « il faut aussi lever les verrous psychologiques car on ne taille plus pareil, on ne récolte plus pareil, on ne tourne plus autour de l'arbre… ce qui change profondément son organisation de travail. »
Jean-Philippe Banc précise enfin que mécanisation et robotisation n'apportent pas forcément une économie de main-d'œuvre, cela dépend des tâches à réaliser.
C. L.
Filière arboricole : une chaire de recherche publique-privé
La fondation de l’Institut Agro et l’université de Montpellier ont inauguré dernièrement au Sival d'Angers une chaire publique-privée visant à garantir « la résilience et la durabilité » de la filière arboricole. Baptisée Innov’Arbo, elle rassemble l’association Pink Lady Europe, l’association nationale pommes poires, l’AOP pêches et abricots de France, le groupe de pépiniéristes Star Group, BASF France division agro et l’entreprise spécialiste du froid DPKL. Ses objectifs sont de comprendre et d’anticiper les effets du changement climatique : protection durable des vergers, conservation des fruits, adaptation variétale. Mais aussi de renforcer la création de valeur et de valoriser l’attractivité de la filière et de l’ensemble de ses métiers.
Technique de l’insecte stérile : feu vert à un cadre réglementaire
Lors de son adoption au Sénat le 27 janvier, la proposition de loi (PPL) sur les Entraves a été enrichie de deux articles relatifs à la protection des végétaux. L’article 7, issu d’un amendement du gouvernement (amendement n°102) vise à « créer un cadre règlementaire » pour permettre l’utilisation de la technique de l’insecte stérile (TIS), notamment en arboriculture, indique l’exposé des motifs. Concrètement, le texte fait apparaître la TIS dans le code rural en tant que « macro-organisme utilisé dans le cadre de la lutte autocide », au même rang que les macro-organismes non indigènes utiles aux végétaux.