La section apicole du GDS de la Drôme lance un appel aux dons
Le GDS 26 a créé le plan d’action « Sauveurs d’abeilles » et mis en ligne une cagnotte visant à lever des fonds pour « sauver nos pollinisateurs et ainsi préserver la biodiversité ».
Sur le rucher d’école du Valentin, à Bourg-lès-Valence, la pression de prédation subie par les abeilles ne peut passer inaperçue. Devant chaque ruche, plusieurs frelons asiatiques raflent les apidés. Les pièges installés capturent certains spécimens mais leur nombre ne désemplit pas. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2023, le taux de mortalité des abeilles a atteint 30 % et une perte de 17 % de production de miel est recensée avec la présence du frelon asiatique. Devant ce constat alarmant, et en plus du déploiement de son plan de lutte contre le frelon asiatique*, la section apicole du GDS de la Drôme prend les devants avec son plan d’action « Sauveurs d’abeilles ».
Des pièges testés au rucher école
Sur les 43 ruches installées à l’école du Valentin pour former les élèves, aucune ne semble indemne malgré les différents pièges installés pour faire baisser la prédation. Une harpe électrique, d’un coût de 200 €, parvient à électrocuter les frelons asiatiques à l’entrée d’une ruche grâce à ses fils électriques calibrés pour laisser passer les abeilles et les mouches. « Il nous faudrait une harpe de chaque côté de quatre ou cinq ruches pour que ce piège soit plus efficace », déclare Bernard Guellard, président de la section apicole du GDS 26. À l’entrée des ruches, des grilles calibrées pour empêcher les frelons asiatiques de passer ont été ajoutées.
Les frelons asiatiques effectuent des vols stationnaires devant les ruches pour s’attaquer aux abeilles. ©ME-AD26
Plus loin, près d’une autre ruche, un des tout premiers pièges installé, le Jabeprode, est toujours en place. « Grâce à un système de grille, le frelon entre et ne peut plus ressortir », explique le président de la section apicole. Un piège dont le coût avoisine les 65 €. Un nouveau système, plus moderne, est aussi expérimenté sur le rucher d’école, le BeeVital. « C’est un appât sélectif. On ajoute de la bière brune, du sirop et du vin blanc toutes les semaines pour attirer les prédateurs. Le vin blanc est un répulsif pour les abeilles donc elles ne s’en approchent pas. C’est le piège le plus efficace que nous avons actuellement », met en avant Bernard Guellard. Le point négatif de ces systèmes, c’est que les frelons européens peuvent eux aussi se faire piéger.
Augmenter le piégeage et la destruction des nids
Les apiculteurs peuvent aussi faire appel à des destructeurs de nids de frelons asiatiques. « Dans certains départements, certains faisaient appel à des amateurs pour les détruire mais c’est un travail de professionnels qui doit être encadré », estime Bernard Guellard. « En 2015, nous avons découvert les frelons asiatiques trop tard. À l’époque, on détruisait les nids avec des nacelles et cela engendrait des coûts importants, se rappelle Alexis Dorothé, gérant d’AD nuisibles, une entreprise drômoise conventionnée par le GDS 26 et spécialisée dans le domaine. Après les perches artisanales, nous avons eu des perches plus modernes et les coûts ont été réduits… Mais les nids n’ont cessé d’augmenter. Il y en avait 30 à 40 % de plus par an. Pour détruire un nid, nous devons nous assurer d’un périmètre de sécurité de cinquante mètres à la ronde. » Le professionnel met en avant l’usage limité des paintball. « C’est dangereux car même si on tire à un mètre, les frelons volent tout autour et s’excitent. Il y a aussi un risque de faire tomber le nid », précise le désinsectiseur. La méthode de traitement par produits chimiques a elle aussi évolué. « Nous avons davantage de substances bio maintenant », assure Bernard Guellard qui met en avant un partenariat avec le réseau Fredon Aura et la LPO pour évaluer l’impact de ces produits sur la faune.
Grâce au plan d’action « Sauveurs d’abeilles », le GDS pourra financer la destruction des nids par une des 24 entreprises conventionnées, protéger les ruchers avec le piégeage, former les apiculteurs et traiter contre le varroa. ©ME-AD26
Apiculteur amateur adhérent depuis peu à la section apicole du GDS 26, Jacques Rebourd promeut quant à lui le Subito, un produit à ajouter sur un frelon afin que celui-ci retourne dans son nid et empoisonne jusqu’à 200 individus. Enfin, les apiculteurs peuvent aussi poser des puces sur les frelons afin que les prédateurs mènent vers leur nid. « Au prix de 80 euros la puce, nous n’avons pas les moyens », regrette le président de la section apicole. Enfin, grâce à son partenariat avec la Compagnie nationale du Rhône (CNR), le GDS 26 a aussi pu expérimenter d’autres outils de piégeage sur quinze sites. Des tests avec la savonnerie Gaiia ont par exemple été réalisés sans pour l’instant donner de résultants probants. La recherche des nids par drone a aussi été testée mais le coût de cette technologie reste un frein : comptez entre 3 000 et 4 000 euros par intervention.
Des dons pour financer les actions
Pour rappel, le piégeage est réalisé de février à fin avril, durant les mois de juin et de juillet et avant fin de novembre car les fondatrices hibernent hors du nid l’hiver. « Nous avons déjà dépensé plus de 100 000 € en 2025 pour lutter contre le frelon asiatique. Il nous reste un mois de piégeage à réaliser mais nous n’avons plus de budget pour poursuivre », expliquent Bernard Guellard et Anne-Marie Fuentes, directrice du GDS 26. D’autant que les actions de la section apicole ne s’arrêtent pas là. Les traitements contre le varroa, lui aussi responsable du déclin des abeilles, font partie du programme sanitaire d’élevage (PSE) de la structure.
Ainsi, le GDS de la Drôme a décidé de faire appel à la solidarité des citoyens et des entreprises afin de « faire en sorte que le cheptel agricole ne disparaisse pas, qu’il reste stable et en bonne santé ». Pour financer le plan d’action « sauveurs d’abeilles », une cagnotte a été ouverte en ligne. Les dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66 % pour les particuliers et 60 % pour les entreprises.
* Une plan soutenu par les communautés de communes Porte de DromArdèche, Royans-Vercors, Valence-Romans Agglo, Val de Drôme en Biovallée, Montélimar Agglomération, Drôme Sud Provence, Crestois et pays de Saillans, Pays Diois, Dieulefit-Bourdeaux, le Département et la CNR.
Plus d’informations sur le site Sauveursdabeilles.fr. Pour signaler un nid, rendez-vous sur frelonsasiatiques.fr.