Dans le Sud-Drôme, la truffe noire gagne du terrain
L’assemblée générale du Syndicat de la truffe noire du Tricastin, Pays de Grignan, Enclave des Papes s’est tenue mardi 4 novembre à Saint-Paul-Trois-Châteaux. Au cœur des échanges : les leviers pour professionnaliser davantage la filière drômoise.
En plein déploiement du Plan régional de la filière Truffe qui s’étend de 2023 à 2027 (voir encadré), le Syndicat de la truffe noire du Tricastin, Pays de Grignan, Enclave des Papes met les bouchées doubles pour encourager de nouvelles plantations sur le territoire. « Ça nous intéresse d’aller chercher des agriculteurs car le plan filière s’adresse majoritairement à eux. Aujourd’hui, près de cinquante pourcents des trufficulteurs ne sont pas agriculteurs, il y a beaucoup de néo-ruraux et de retraités, déclare Hervé Jardin, président du syndicat. Si on revient quarante ans en arrière, c’étaient 98 % d’agriculteurs qui faisaient de la truffe. Pour nous, il y a un intérêt à revenir sur des gens qui connaissent la taille des truffiers et le travail du sol. Il y a déjà des bases communes. » Pour atteindre ses objectifs, l’association a déployé un plan de communication sur toute la partie sud du département.
Encourager la plantation
Pour encourager la plantation de truffiers, le syndicat s’est tourné vers les communautés de communes et les mairies. « Historiquement, le périmètre du syndicat tourne autour du Tricastin, du pays de Grignan, et de l’Enclave des Papes mais aujourd’hui on prend tout le Sud-Drôme. Il existait, une quinzaine d’années en arrière, un syndicat sur Nyons qui n’existe plus, donc tous ceux du périmètre s’adressent à nous à présent, rappelle Hervé Jardin. Nous avons envoyé un courrier aux municipalités pour relayer le plan filière et gagner en visibilité. Pour l’instant, sur la région, le secteur qui consomme le plus c’est la Drôme, notamment le sud ». La stratégie du syndicat semble fonctionner puisque d’une cinquantaine d’adhérents en 2024, l’organisme est passé à plus de 70 cette année.
« Le gros de la production est dans la Drôme. En termes de surfaces, nous atteignons près de 4 000 hectares de truffières dont 2 000 en production et nous regroupons entre 1 000 et 1 500 trufficulteurs. Notre syndicat avait un déficit d’adhérents, nous devrions avoir 300 ou 400 trufficulteurs, estime Hervé Jardin. La truffe, ça a toujours été le petit complément de revenus qui allait bien pour les agriculteurs. » L’augmentation des plantations dans le Sud-Drôme est aussi en lien avec les crises viticole et lavandicole. « Soit ils ont arraché soit ils sont sur le point d’arracher et dans leur projet de diversification ils mettent un peu de truffes. Ça va concerner des superficies relativement modestes. Nous ne sommes pas inquiets de cette augmentation car la truffe est un secteur particulier, nous n’avons pas la garantie d’avoir un minimum de production chaque année. Ça attire quand même les gens car ça reste un complément de revenus non-négligeable. »
L’eau, les leiodes… et les vols
Plusieurs messages de prévention sont destinés aux futurs trufficulteurs. Le premier concerne l’eau. « Il faut un accès à l’eau, pas pour d’énormes quantités mais entre juin et fin septembre, y a parfois besoin d’arroser. Cette année, on a été pas mal jusqu’à mi-juin mais durant le mois d’août, nous avons subi la canicule durant dix jours. Ceux qui n’ont pas pu faire d’apport en eau risquent d’avoir des difficultés de production, prévient le président du syndicat. L’enjeu aujourd’hui, c’est de trouver un moyen de récupérer l’eau de pluie par exemple avec des bâches souples. Le problème, c’est qu’il nous faut trouver des financements pour aider à l’acquisition de ces bâches. » Cette année, la récolte dépend aussi des problématiques en eau. « Globalement, elle va être assez similaire à l’année dernière en production mais ça ne va pas être l’année du siècle non plus. Il devrait y avoir autour de soixante tonnes en France... Dans la Drôme, nous en produisons entre quinze et vingt tonnes », estime Hervé Jardin.
« Ça fait déjà plusieurs années que nous avons des référents truffe, un binôme de gendarmes qui opère autour de Saint-Paul-Trois-Châteaux et de Suze-la-Rousse », explique Hervé Jardin, président du syndicat.
Si les leiodes font aussi partie des problématiques rencontrées par les trufficulteurs, les expérimentations de pièges se poursuivent dans la Drôme via notamment la Fédération régionale des trufficulteurs qui réfléchit à la création de pièges français moins coûteux. Autre sujet de crispation pour les trufficulteurs : les vols. « Ça fait déjà plusieurs années que nous avons des référents truffe, un binôme de gendarmes qui opère autour de Saint-Paul-Trois-Châteaux et de Suze-la-Rousse, explique le président du syndicat. Ça fait rager de se faire voler mais le meilleur moyen d’y mettre fin ce sont les pièges photographiques. Ce sont des preuves lors du dépôt de plainte. C’est très important pour nous de rappeler que dès qu’on est victime d’un vol, il faut porter plainte pour que ça rentre dans les statistiques de la gendarmerie. Les syndicats drômois réfléchissent ensemble à signer une convention départementale avec les forces de l’ordre pour avoir un cadre structuré. »
Promouvoir les truffes de la Drôme
Salon de l’agriculture, Salon truffe, vin & chocolat à Valence, marché aux truffes de Richerenches, marché aux truffes de Saint-Paul-Trois-Châteaux… Le syndicat poursuit ses efforts pour développer la visibilité de la filière trufficole drômoise. L’agritourisme fait partie des leviers de promotion. « Historiquement, nous sommes centrés sur la truffe noire mais l’agritourisme peut aussi nous emmener sur la truffe d’été. Sa production doit représenter une ou deux tonnes chez nous. Elle est moins chère car moins puissante mais elle est donc accessible à un public plus large. C’est une porte entrée pour faire découvrir la truffe noire en touchant les touristes présents dans la Drôme l’été, ils peuvent avoir envie de revenir l’hiver, estime Hervé Jardin. C’est intéressant, ça fait venir du monde sur le territoire. Pour les viticulteurs, c’est une saison plus calme donc ça tombe bien. »
Le syndicat collabore avec des conseillers en agritourisme au sein de la Chambre d’agriculture de la Drôme pour développer l’agritourisme et proposer des ateliers et des cavages. « Il y a une demande énorme en hiver dans le secteur sud, notamment durant les marchés. Nous avons du mal à répondre à la demande », fait savoir le président du syndicat. Les trois syndicats drômois de la truffe travaillent actuellement ensemble sur le label Truffe de la Drôme et une charte visant à « gagner en visibilité et faciliter les relations avec les différents partenaires ».
Le plan filière 2023-2027
Pour rappel, le plan régional prévoit six euros par plant d’aide sur un plant qui coûte entre douze et quatorze euros. Cette aide est accessible pour cent plants minimum et 700 plants maximum. « Avec 250 à 300 pieds à l’hectare, cela peut permettre de faire deux hectares sur une année », estime Hervé Jardin. Le plan régional se déploie autour de cinq axes : l’aide à la plantation dans les exploitations agricoles, l’étude, les expérimentations et techniques culturales, la diffusion des connaissances, l’aide au financement d'outils de pilotage de l'irrigation, l’animation du plan de filière et de la fédération régionale.