De la surélevation... à la délocalisation
Depuis l'endiguement du Rhône (années 1960), dans la zone de Prentegarde à Livron, la famille Boyer a connu une première inondation (de faible ampleur) en 1983. Elle en a vécu sept autres entre 1993 et 2003, dont deux grosses ces deux années-là. L'eau est montée jusqu'à 1,80 mètre. « Avant, la zone était inondée naturellement par le Rhône mais dans une mesure moindre », se souvient René Boyer, agriculteur retraité depuis peu. Avec l'aide du plan Rhône, son fils Cédric a fait surélever un hangar, poser des batardeaux sur le portail d'un autre bâtiment de stockage (pour empêcher l'eau d'entrer) et s'est équipé d'un local phytosanitaire mobile.
« Au départ, la Dreal(*) proposait un remblaiement du hangar, explique René Boyer. Après concertation, elle a accepté qu'une dalle soit construite à 3,5 mètres de haut. » A présent, monté à l'étage avec un chariot élévateur, le matériel est mis hors d'atteinte de l'eau : semoirs, barre de coupe de moissonneuse-batteuse, pompe d'irrigation, caisses... Et un potentiel de stockage de même surface (220 m2) est conservé au-dessous, pour du matériel ne craignant pas l'eau, les tracteurs (qui peuvent être évacués rapidement)... « L'aide de la chambre d'agriculture dans le montage des dossiers a été précieuse », souligne René Boyer. Seul regret : la subvention prend du temps à venir.
Une forme de solidarité
« A mon sens, confie René Boyer, prendre en considération la vulnérabilité des exploitations agricoles est une nécessité dans les zones d'expansion des crues (Zec). Et il est utile de poursuivre le plan Rhône. Les Zec sont des zones tampons pour protéger des inondations certaines agglomérations, zones industrielles... Dans les zones agricoles, nous recevons donc l'eau malgré nous ; il faut bien qu'elle passe quelque part. Après les inondations de 2002 et 2003, les dossiers de pertes de fonds et de récolte n'ont pas été acceptés par la DDA car la zone de Prentagarde n'est plus considérée comme inondée naturellement. Les aides du plan Rhône sont, donc, une forme de solidarité. »
Paul di Natale élève 20 000 poules pondeuses plein air à Pierrelatte. En 2003, son élevage a été inondé. Grâce à l'aide du plan Rhône, il a pu construire un bâtiment de 1 500 m2 en zone non inondable sur la même commune. Il y a délocalisé la moitié de son élevage (pour la totalité, le budget aurait été trop élevé). « Trouver un terrain a été difficile, explique-t-il. Il fallait quatre hectares d'un seul tenant (4 m2 de parcours par poule) et un voisinage non défavorable à l'installation d'un élevage. L'aide du plan Rhône a permis de sécuriser la moitié de mon exploitation. Elle a été une opportunité énorme pour moi, au regard de son montant et en termes de conditions de travail. Je tiens aussi à dire que l'appui de la chambre d'agriculture et de la Dreal ont été appréciables. »
A.L.
(*) Dreal : direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement.