Eleveurs et bergers du Vercors en proie avec le loup
L'an dernier, dans la Drôme, les dommages du loup aux troupeaux domestiques ont fait 218 victimes (dont 188 ont été indemnisées). C'est moins qu'en 2013 où le décompte officiel faisait état de 413 victimes (dont 366 indemnisées). « Ceci étant, la pression du loup ne fait qu'augmenter, estime Alain Baudouin, président de l'association des éleveurs et bergers du Vercors Drôme-Isère. Car le nombre de bêtes disparues, qui n'entre pas dans le décompte officiel, est aussi important que celui des bêtes retrouvées mortes. » Cette situation de prédation des troupeaux pastoraux sera une nouvelle fois au cœur de l'assemblée générale des éleveurs et bergers du Vercors, ce samedi après-midi à Combovin. « Des tirs de défense et de prélèvement, il en faut, indique Alain Baudouin. Mais ce n'est pas suffisant car ils ne donnent pas assez de résultats face à l'expansion du loup. »
« L'Etat doit assumer davantage »
Outre le déclassement du loup pour ne plus en faire un animal sauvage strictement protégé par la convention de Berne, l'association demande aussi des procédures simplifiées pour lutter contre la prédation. « Moins de la moitié des éleveurs et bergers sont chasseurs, souligne le président. Ce n'est pas à eux seuls de gérer la prédation. Au lieu de transférer cette charge de travail, les services de l'Etat (ONCFS*, lieutenants de louveterie...) doivent assumer en s'engageant davantage pour prélever eux-mêmes des loups. » Alain Baudouin poursuit : « Désormais, les loups chassent en meutes. On retrouve rarement les cadavres des bêtes, ce qui rend la procédure de reconnaissance des pertes et de leur indemnisation de plus en plus complexe, voire impossible. On a du mal à faire reconnaître cette situation », regrette-t-il.
Trois structures complémentaires
Le président des éleveurs et bergers du Vercors dénonce aussi une réglementation qui « surprotège » les loups hybrides (loups croisés avec des chiens). « Ce type d'animal peut être prélevé qu'après avoir acquis la certitude qu'il s'agit bien d'un hybride, explique Alain Baudouin. Autrement dit, il faut faire des prélèvements de crottes ou de poils au préalable. C'est tout simplement lamentable. »
Pour œuvrer de concert sur ce dossier de la prédation, l'association des éleveurs et bergers du Vercors Drôme Isère a rencontré le 2 février la fédération départementale ovine et l'association Solidarité pastorale. « L'objectif de cette démarche est de produire un écrit de revendications communes », indique Alain Baudouin. Malgré leurs différences, principalement géographiques ou historiques, il précise que les trois structures sont complémentaires.
Christophe Ledoux
(*) ONCFS : office national de la chasse et de la faune sauvage.
Grands prédateurs /« Des bergers désertent les montagnes »
Dans une lettre ouverte diffusée le 29 janvier, la fédération des associations de bergères et bergers de France (FABBF) constate que certains salariés et éleveurs-bergers « commencent à déserter les montagnes et d'autres milieux naturels, qui par conséquent, se dégradent ». En cause, la présence de grands prédateurs, loups et ours sur ces territoires. Les bergers disent « la détresse, l'incompréhension, la perte de confiance... » qu'ils subissent face à cette situation. Ils demandent notamment à pouvoir être présents dans « les commissions traitant de la prédation », et de « travailler à une gestion plus intelligence, rapide et efficace des prédateurs lorsqu'ils s'attaquent aux troupeaux ».
L'association des bergères et bergers de Provence et des Alpes du sud, elle, a adressé cette lettre ouverte aux collectivités locales (communes, communautés de communes, Département, Région) et à certaines associations (fédérations de randonneurs, de VTTistes, accompagnateurs en montagne, etc.) pour leur demander de prendre position sur le modèle de la communauté de communes du Diois. Le conseil communautaire de cette dernière, après en avoir délibéré, avait pris position le 11 septembre 2014 en demandant : le déclassement du loup d'espèce protégée, une politique de régulation du loup efficace, le droit pour les bergers et éleveurs de tir dès la première attaque, la généralisation à tous les territoires concernés par la prédation de la mesure de prélèvement de loups lors de battues et de chasses à l'affût ou à l'approche de grand gibier.