Le Momagri propose une Pac alternative
Bastien Gibert, qu'est-ce que le Momagri ?
Bastien Gibert : « C'est un mouvement créé en 2005 à l'initiative de plusieurs responsables de coopératives françaises (Limagrain, Euralis...) et des grandes consciences françaises et internationales. L'objectif de Momagri est de réfléchir sur des problématiques françaises et internationales ainsi que sur les politiques économiques à privilégier pour mieux réguler les marchés agricoles. Dans ce cadre-là, sont conduits des travaux d'analyses économiques. Sont aussi menées des rencontres avec des décideurs politiques pour les informer sur l'importance stratégique de l'agriculture et ses spécificités. »
Quelle vision le Momagri a-t-il de la politique agricole commune ?
B. G. : « Nous considérons que la Pac actuelle présente des carences en termes d'exigences économiques, notamment dans la gestion effective de l'hypervolatilité des prix et le management des risques agricoles. II ne faut pas oublier que la Pac est la seule politique européenne intégrée qui a notamment participé à fonder l'Europe telle que nous la connaissons aujourd'hui. Il est essentiel que l'Union à vingt-huit surmonte les divergences politiques fortes qui existent, entre autres sur les budgets, pour se focaliser sur les nombreux enjeux stratégiques qui doivent lui être associés. »
Alors, quelles évolutions le Momagri propose-t-il pour la Pac ?
B. G. : « Face à ces enjeux, nous avons réfléchi à une Pac alternative qui permette, sans dépenser plus, d'améliorer la compétitivité de l'agriculture européenne et l'équilibre économique des exploitations, notamment par le biais de nouveaux mécanismes de régulation des marchés.
Nous préconisons un tunnel de variation libre des prix autour d'un prix d'équilibre, sans aides publiques, délimité par des seuils plancher et plafond. Un prix d'équilibre pour chaque grand produit correspondant au coût de revient moyen constaté dans l'UE. En cas de sortie du tunnel, l'Uion déclenche des mesures de régulation sur les marchés physiques et financiers. Si les prix se retrouvent en dessous du plancher, les agriculteurs perçoivent des paiements contracycliques (*). A contrario, s'ils sont au-dessus du plafond, une taxe de solidarité sera instaurée sur les transactions agricoles, financières et physiques, relatives aux produits échangés. Le produit de cette taxe abondera un fonds de réserve pour gestion de crise. Pluriannuel, ce fonds de réserve sera alimenté ou utilisé en fonction des situations de marché. L'UE pourra aussi procéder à des opérations de déstockage public, en vue de converger vers le prix d'équilibre. Un renversement de la logique actuelle, donc : des budgets flexibles pour des revenus stabilisés. Il faut remettre du bon sens paysan dans les décisions budgétaires et politiques. »
Propos recueillis par A.L.
(*) paiement contracyclique : mécanisme de régulation public destiné à compenser l'exploitant agricole d'une baisse des cours.