Accès au contenu
Petit épeautre

Le petit épeautre : une aubaine pour les producteurs de Haute-Provence

Depuis plus de 25 ans, Etienne Mabille exploite à Mévouillon, au cœur des Baronnies provençales, les 50 hectares de la ferme Tofagne en bio et polyculture. Il explique la place du petit épeautre dans cette agriculture de moyenne montagne sèche.
Le petit épeautre : une aubaine pour les producteurs de Haute-Provence

«Dans nos zones de moyenne montagne, l'agriculture doit être diversifiée », explique Etienne Mabille, figure emblématique de la culture bio dans les Baronnies provençales et membre fondateur, en 1997, du syndicat des producteurs de petit épeautre de Haute-Provence. « A la ferme Tofagne, située à 900 mètres d'altitude dans une zone peu pluvieuse avec des terrains hétérogènes et fortement érosifs, le petit épeautre s'accommode de sols pauvres et d'un climat rigoureux, ajoute-t-il. Là où ne pousserait pas du blé, le petit épeautre pousse bien, en alternance par rotation avec des graminées et légumineuses de consommation humaine (lentilles, pois chiches, pois cassés...). » Le petit épeautre est aussi une alternative aux lavandes. « Depuis dix ans, plusieurs exploitations de nos régions s'en sont tirées grâce au petit épeautre quand la lavande s'est mise à dépérir, explique-t-il. Sa rentabilité est d'autre part intéressante. On est à peu près à 750 euros la tonne pour un rendement minimum de 20 quintaux par hectare (ha), ce qui fait quand même 1 500 euros par ha de marge brute. Il y a peu de cultures annuelles qui sont, par chez nous, à ce niveau là ! »

« Il y a peu de cultures annuelles qui sont, par chez nous, à 1 500 euros par hectare de marge brute », souligne Etienne Mabille.

Producteur et transformateur

A la ferme Tofagne, le petit épeautre en IGP(*) de Haute-Provence représente entre 8 et 10 ha (sur les 50 que compte l'exploitation), soit une vingtaine de tonnes brutes et entre 8 et 10 tonnes de produits finis. Voilà une douzaine d'années, Etienne Mabille a mis en place un atelier pour répondre à ses propres besoins de décorticage et de tri. Devenu une SARL, cet atelier travaille aujourd'hui pour les producteurs de la région ainsi que pour les autres acteurs de la filière (Le moulin Pichard et Euro-Nat). « L'atelier décortique, trie ou concasse chaque année entre 200 et 300 tonnes de petit épeautre provenant de 30 à 40 producteurs, dont la moitié en IGP de Haute-Provence, explique Etienne Mabille. Deux formules sont proposées. Soit la SARL achète le produit brut, le transforme et le revend fini à des grossistes. Soit elle agit en prestation. Dans ce cas, le producteur apporte la marchandise et la récupère après le travail de décorticage, tri et concassage pour la revendre directement. »

Une balle pleine de valeur

Après décorticage, la balle de petit épeautre représente 40 à 50 % du poids brut. Jusqu'à présent ce résidu était soit composté, soit brûlé. Etienne Mabille a eu l'idée, en s'associant avec Loïc Roso (ingénieur) et Pascal Jouvet (producteur), d'utiliser cette balle comme isolant dans une démarche d'éco-construction. Un travail d'études a été engagé avec l'école des mines d'Alès et la SAS Archibale, installée dans les anciens locaux de France Lavande à Montguers. « Nous avons mis au point deux produits : de la balle en vrac, tamisée, dépoussiérée et traitée contre les rongeurs et insectes, utilisée comme isolant dans des combles, greniers ou sous des planchers, explique Etienne Mabille. Nous avons également mis au point des panneaux isolants de balle compressée dont la technique est éprouvée et que nous prévoyons de fabriquer à grande échelle dans un proche avenir. »


Alain Bosmans
(*) IGP : indication géographique protégée.