Le plan Rhône aide des exploitations à sortir de l'eau
Le plan Rhône 2007-2013 a été lancé à titre expérimental suite aux crues de 2002 et 2003 du fleuve. Il comporte un volet agricole, qui a financé des investissements destinés à réduire la vulnérabilité des exploitations vis-à-vis des inondations. En 2006, l'association des chambres d'agriculture Rhône-Méditerranée(1) a engagé une étude portant sur le Rhône moyen (de Givors à Viviers) et aval (de Viviers à la Méditerranée). Les exploitations situées en zones inondables ont ainsi été recensées.
Des zones pilotes
Dix zones pilotes ont été ciblées, dont trois en Drôme. Il s'agit des zones inondables de Printegarde (Livron, Etoile et La Voulte), la plaine entre Montélimar et Viviers ainsi que de Donzère-Pierrelatte. Les agriculteurs intéressés (volontaires) ont d'abord dû faire diagnostiquer leur exploitation pour identifier ses points vulnérables (bâtiments, matériel, intrants, productions récoltées) et des mesures à envisager.
Confiés aux chambres d'agriculture, les diagnostics ont démarré en 2010. Certains agriculteurs n'ont pas donné suite, estimant les aménagements à entreprendre trop coûteux même avec aide. Les investissements sont subventionnés à hauteur de 80 % par le Feder(2), l'Etat et la Région. La chambre d'agriculture a commencé à accompagner les agriculteurs dans la constitution des dossiers de demande de subvention en 2011. Elle le fait aussi pour les dossiers administratifs liés à la perception de l'aide.
1,88 million d'euros d'aides
Conseiller à la chambre d'agriculture de la Drôme en charge du dossier « Plan Rhône », Frédéric Sourd dresse un bilan départemental. Sur les trois zones pilotes, 146 exploitations agricoles ont été recensées. Un diagnostic a été réalisé dans 44 d'entre elles. Sur les 26 agriculteurs ayant un projet, cinq ont abandonné en cours de route (essentiellement à cause du montant des travaux). Au total, 2,86 millions d'euros ont été investis, dont 2,38 subventionnables. 21 subventions ont été accordées pour 1,88 million d'euros au niveau de la Drôme (4,6 millions sur les cinq départements).
Ce soutien a servi à délocaliser des bâtiments agricoles, à en surélever d'autres (pour préserver des inondations récoltes, matériel, installations frigorifiques, électriques...). Des haies brise-courant ont aussi été plantées pour éviter la pression de l'eau sur des bâtiments. Des couvertures intégrales ont été remplacées par des enrouleurs, pour irriguer les cultures. Une aire de repli pour le matériel a été construite hors zone inondable...
Un nouveau programme
Le plan Rhône n'est pas fini. Il repart en s'insérant dans le programme opérationnel plurirégional (Pop) Rhône Saône 2014-2020. « Les aides à la réduction de la vulnérabilité des exploitations agricoles pourraient s'ouvrir à plus de zones, indique Alain Pradier, élu chambre d'agriculture en charge du dossier « plan Rhône ». On sent une volonté dans ce sens mais rien n'est encore décidé. » 9,22 millions d'euros seront consacrés au renforcement de la capacité du territoire à faire face au risque d'inondations, dont 4 ou 5 millions pour réduire la vulnérabilité des exploitations agricoles. Pour ce plan Rhône Saône, deux nouveaux partenaires rejoignent le rang des financeurs : la CNR(3) et EDF. Si les modalités pratiques restent à définir, les grandes lignes du programme et la maquette financière sont déjà actées.
Annie Laurie
(1) Chambres d'agriculture des cinq départements concernés : Drôme, Ardèche, Vaucluse, Gard et Bouches-du-Rhône.
(2) Feder : fonds européen de développement régional.
(3) CNR : compagnie nationale du Rhône.
Point de vue / Le plan Rhône vu par Alain Pradier, élu chambre d'agriculture en charge de ce dossier.
« Une opportunité à saisir »
« Il est dommage que pas plus d'agriculteurs aient saisi l'opportunité du plan Rhône pour lutter contre la vulnérabilité de leur exploitation, regrette Alain Pradier. Mais il faut pouvoir financer les 20 % restant à charge. En plus, cela peut engendrer d'autres travaux qui ne sont pas toujours pris en compte. »
Pour les années à venir, « c'est bien que le plan Rhône se poursuive car il y a encore beaucoup à faire », confie Alain Pradier. Pour illustrer ses effets positifs, il reprend le bilan des inondations 2014 (petite crue) dans le Vaucluse : 125 000 euros investis dans le cadre du plan Rhône ont évité 100 000 euros de dommages sur une seule année. Une information donnée par la chambre d'agriculture vauclusienne lors du comité territorial de concertation Rhône aval du 5 février (à Boulbon, dans les Bouches-du-Rhône).
Aider suffisamment
Pour le plan Rhône Saône 2014-2020, Alain Pradier espère que les diagnostics seront encore confiés aux chambres d'agriculture. « Dans le premier plan, elles ont prouvé leur efficacité et leur capacité à collaborer », argumente-t-il. Aux agriculteurs qui ne sont pas allés au bout de leur démarche dans le premier plan, il dit : « Vous pouvez redéposer une demande, refaire un diagnostic de votre exploitation si nécessaire et réaliser les travaux en plusieurs étapes ». Pour lui, l'aide doit conserver un niveau conséquent : « Il ne peut être fait d'activités autres qu'agricoles dans ces zones inondables. Vu leur situation économique, des agriculteurs n'engageront pas des travaux si la subvention n'est pas à la hauteur. Sans les agriculteurs, ces zones deviendront des friches. Les aider à rendre leur exploitation moins vulnérable aux inondations est donc un acte de solidarité. »
A. L.
