Les moutonniers, de la Pac au loup
Suivie par la deuxième foire aux béliers l'après-midi, l'assemblée générale de la FDO de la Drôme s'est tenue dans la matinée du 3 février à Crest. Dressant le bilan d'activité 2014, Alain Baudouin et Bernard Magnon, vice-présidents de la fédération, ont fait état d'une année syndicale 2014 chargée en dossiers. Parmi eux, ceux de la prédation et de la Pac, qui ont d'ailleurs alimenté la discussion.
Concernant la nouvelle Pac, « on nous avait promis que notre filière ne serait pas lésée mais je suis sceptique », a noté Nicolas Peccoz, co-président de la FDO. François Monge, l'autre co-président, : « Il faut faire attention car nous ne sommes pas sûrs d'être gagnants dans le Sud-Est ». Ici, l'inquiétude porte sur les surfaces extensives (landes, parcours, sous-bois). Avec tous les critères d'admissibilité introduits, moins d'hectares pourront être pris en compte. Or, « ce sont des espaces vitaux pour nos élevages », a appuyé Alain Baudouin. Didier Beynet, président de la FDSEA et trésorier de la FDO, a appelé à la vigilance sur ces surfaces admissibles.
Une plus grosse enveloppe
L'enveloppe d'aide couplée sera de 125 millions d'euros nets pour la production ovine (avant, c'était le même montant mais brut). « Nous avons pu convaincre le ministre de l'importance de cette aide, a confié le président de la FNO, Serge Préveraud, qui assistait à cette assemblée. La convergence des aides, l'aide couplée, les 50 premiers hectares sont favorables à l'élevage ovin » De 18 euros par brebis, l'aide de base est conditionnée à un taux minimum de productivité de 0,4 agneau vendu par mère. S'ajoutent des compléments cumulables : 2 euros pour les 500 premières brebis, 3 pour les éleveurs contractants, 6 pour ceux respectant un taux de productivité minimum de 0,8 agneau vendu par mère ou engagés dans une démarche qualité ou installés depuis moins de trois ans. Concernant ce taux de productivité, la profession souhaite une dérogation pour les éleveurs confrontés à la prédation. Quant à l'ICHN(1), il est souhaité qu'elle reste réservée aux éleveurs professionnels. Son enveloppe étant fermée, « si davantage de personnes peuvent y prétendre, son montant baissera », a remarqué Jean-Pierre Royannez, vice-président de la chambre d'agriculture.
Loup : « on est à bout »
77 attaques, 230 victimes constatées, autant de brebis disparues et 202 indemnisées, tel est le bilan 2014 des prédations dans la Drôme(*). « Le loup nous occupe beaucoup », a déploré Nicolas Peccoz, avant de saluer l'appui du sous-préfet de Die, du préfet et de la fédération départementale des chasseurs... Sur ce dossier, a-t-il précisé, « la FDO travaille en collaboration avec les associations "Solidarité pastorale" et "Eleveurs et bergers du Vercors" ». Un courrier conjoint va être envoyé aux ministres de l'Agriculture et de l'Environnement. Il réclamera la prise en compte des brebis disparues au même titre que celles retrouvées mortes. Mais aussi que l'Etat prenne ses responsabilités en cas de problèmes avec les chiens de protection, que les bergers ne détenant pas le permis de chasser puissent obtenir des tirs de défense. Concernant les tirs de prélèvements, un engagement de l'Etat sur un objectif de résultat est souhaité. Sont également demandés un assouplissement à la fois des procédures et, pour les éleveurs sédentaires, des mesures 323 C(3), mais aussi des indemnités versées plus rapidement.
« Les mesures de protection ont atteint leurs limites, a constaté Nicolas Peccoz. Aujourd'hui, on est démunis face au loup. On est à bout. L'Etat a pour devoir de protéger sa population. Nous lui demandons de le faire avant qu'un drame humain irréversible ne se produise. » Président de la communauté de communes du Val de Drôme et conseiller général, Jean Serret a redit l'incompatibilité du loup avec l'élevage. « Il faut se donner les moyens de tuer plus de loups », a noté Bernard Buis, conseiller général. La profession voudrait une modification du statut du loup (animal protégé). Cela ne peut être décrété que par une majorité des Etats membres de l'Union européenne. C'est pourquoi « nous travaillerons pour les convaincre, ont indiqué Serge Préveraud et Jean-Pierre Royannez, qui représente la FNSEA dans le groupe national loup.
Ce 3 février, la FNO a été reçue par les ministres de l'Agriculture et de l'Ecologie ainsi que le préfet de Rhône-Alpes, missionné pour coordonner le plan loup. Le premier a manifesté « son ambition de faire évoluer le statut du loup dans les textes européens ». La deuxième a exprimé sa volonté d'atteindre le quota des 36 loups prélevés d'ici fin mars. Et le troisième a fait des propositions d'amélioration concrètes.
« Dégainer vite »
« Les politiques et les médias sont en train de prendre conscience des massacres que provoque le loup », a fait remarquer le sous-préfet de Die, Clara Thomas. Mais la modification du statut du loup dans la convention de Berne, « c'est du long terme ». A court terme, « les éleveurs doivent mettre en place des mesures de protection et demander des tirs de défense », a-t-elle insisté. Et, dans la prise d'arrêtés de tirs de prélèvements du loup, l'administration doit « dégainer vite », être réactive. Pour ces tirs, le seuil a été relevé à 36 prélèvements par an (24 auparavant). L'allongement de leur durée d'autorisation à six mois est en cours de réflexion. Les moutonniers aimeraient que cette autorisation soit permanente. Quant aux tirs sur loups autorisés à titre expérimental lors de la chasse au grand gibier dans des zones où la prédation est importante, « nous voudrions, dit François Monge, qu'ils soient pour tous et tout le temps. » Le directeur de la DDPP(2), Bertrand Toulouse, s'est engagé, lui, à relayer les difficultés de la profession. Il s'est aussi félicité du bon état sanitaire de la filière ovine drômoise.
Annie Laurie
(1) ICHN : indemnité compensatoire de handicaps naturels.
(2) DDPP : direction départementale de la protection des populations.
(3) Mesures 323 C : mesures de protection des troupeaux contre la prédation.
(*) Pour 2013, les chiffres étaient de 414 victimes constatées (249 en 2012) et 366 indemnisées (218 en 2012).