S’approprier l’innovation variétale pour répondre aux problématiques régionales
INNOVATION / Adaptation au changement climatique, résistance aux bioagresseurs, durabilité des résistances, gamme de qualités adaptées aux marchés. Les attentes sur l’innovation variétale sont fortes pour relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Qu’en est-il réellement ?
Dans la lutte contre les maladies foliaires des céréales, le facteur variétal est particulièrement plébiscité pour lutter contre la rouille jaune. En effet, cette maladie peut évoluer très rapidement et provoquer une forte nuisibilité, elle nécessite donc une surveillance très rapprochée des parcelles en cas de variété sensible. Cependant, la large adoption des variétés tolérantes peut induire une pression de sélection sur les souches de rouille jaune, contribuant au développement de nouvelles souches et finalement au contournement des résistances variétales. Ce type de contournement est plus fréquent et beaucoup plus marqué sur les rouilles que sur la septoriose par exemple, en grande partie parce que les populations de rouilles présentent une diversité génétique beaucoup plus restreinte que celles de septoriose. Les variétés tolérantes à la rouille jaune peuvent être porteuses de différents gènes de résistance, qui ne sont pas toujours connus. Lorsque des surfaces importantes sont cultivées avec des variétés différentes mais porteuses du même gène de résistance, le risque de contournement s’accroit. Après quelques années marquées par une relative stabilité, l’année 2025 a vu le contournement de la variété chevignon, assez résistante à la rouille jaune les années précédentes, mais très touchée cette année pour la première fois. En Angleterre, de nombreuses variétés portant toutes le gène de tolérance à la rouille jaune Yr15 ont présenté de forts symptômes cette année. Les nouvelles souches à l’origine de ce contournement pourraient être retrouvées en France dès la campagne 2026. La tolérance variétale est donc une perpétuelle course entre la sélection variétale et les bioagresseurs pour conserver un bon niveau de résistance. Peut-on évaluer à l’avance le niveau de risque qu’un tel contournement se produise ? Y a-t-il des moyens de gestion à mettre en œuvre pour protéger les résistances variétales afin d’en profiter le plus longtemps possible ? Après les maladies foliaires et les viroses des céréales, peut-on espérer demain activer le levier variétal sur d’autres cultures et face à de nouveaux bioagresseurs ? Des travaux récents réalisés en laboratoire, au champ et en partenariat à l’échelle européenne offrent de nouvelles pistes prometteuses.
Quelles variétés face au changement climatique ?
Face aux aléas climatiques qui se multiplient, les agriculteurs sont dans une adaptation permanente de leurs itinéraires techniques, du gène au système. Le choix variétal peut représenter un levier important pour minimiser les impacts de ces aléas. Par exemple, face aux risques d’excès d’eau hivernaux, des travaux récents ont démontré que certaines variétés de céréales à paille étaient plus à même de compenser une perte d’épis induite par ce type de stress. De la même manière, en cas de récurrence de fins de cycles chauds et séchants, le choix d’idéotypes variétaux de blés spécifiques peut amener à minimiser les pertes de rendement. En maïs, les enjeux se concentrent notamment sur le stress thermique à floraison. Face à la multiplicité des situations, il convient d’abord d’être mieux à même de caractériser l’ampleur des stress subis par les différentes variétés. C’est une étape indispensable pour affiner les préconisations en fonction de la fréquence des risques climatiques propres à chaque territoire. Par ailleurs, les techniques récentes de phénotypage permettent de mieux comprendre la réponse physiologique des variétés face à ces stress : les variétés de céréales les plus précoces à épiaison sont-elles vraiment les mieux armées pour maintenir le rendement en situation de fin de cycle stressant ? Existe-t-il des maïs plus résistants au stress hydrique ? Faut -il privilégier les variétés à fort enracinement ? De nombreux travaux de recherche s’intéressent à ces questions et apportent de premiers éléments.
Des variétés adaptées aux filières et aux débouchés
Les céréales à paille produites en France font l’objet d’utilisations diversifiées, en particulier pour le blé tendre qui alimente des marchés variés en alimentation humaine, entre dans la composition des aliments pour animaux ou se valorise dans des secteurs industriels tels que l’amidonnerie ou l’éthanolerie. Elles doivent donc satisfaire une gamme de clients très large avec des cahiers des charges à la fois variés et plus ou moins exigeants. Parallèlement, sur les marchés d’exportation, la concurrence des autres origines s’accroît continuellement sous l’effet combiné de coûts de production régulièrement inférieurs à ceux de la France et de qualités parfois supérieures, notamment sur le taux de protéines. Garantir un certain niveau de qualité, qu’il s’agisse de qualités technologiques ou sanitaires, revêt donc un enjeu continu. À ce titre, l’innovation variétale constitue un pilier fondamental dans le maintien de la compétitivité des céréales et de leur adéquation aux attentes des utilisateurs tant sur les marchés domestiques qu’à l’export car la génétique a un poids important sur bon nombre de critères de qualité. Les productions françaises bénéficient d’une dynamique positive sur ce plan par le nombre des acteurs de la sélection et par la prise en compte permanente des besoins des utilisateurs pour ajuster les caractéristiques des nouvelles variétés proposées au catalogue officiel. Il en résulte une amélioration perceptible sur plusieurs aspects. Le poids spécifique du blé tendre est aujourd’hui plus élevé que par le passé, l’efficience d’assimilation de l’azote est largement améliorée avec la prise en compte de la GPD, on connaît l’amélioration génétique apportée au blé dur sur le critère de la couleur ou plus récemment sur sa capacité à moins accumuler certains métaux lourds comme le cadmium. Cette dynamique est amenée à se poursuivre, voire s’amplifier pour répondre aux enjeux climatiques, environnementaux ou sociétaux. Elle impose parallèlement de reconsidérer les critères attendus et leurs seuils dans les règles d’inscription par le CTPS afin que les caractéristiques des variétés de demain soient en phase avec l’ensemble des préoccupations et pratiques sur le terrain. à court terme, des ajustements peuvent également s’envisager avec la génétique disponible, par exemple en ajustant les proportions des différents profils qualitatifs (BAF, BPS, BAU…) dans chaque contexte territorial. Toute la filière est donc mobilisée.
La sélection variétale
La sélection se voit notamment évoluer avec l’apparition de nouvelles méthodes de sélection comme les nouvelles techniques génomiques (NGT), permettant d’accélérer la sélection de variétés plus performantes. Ces nouvelles variétés issues de ces techniques, déjà accessibles hors de l’Union européenne et en cours de réglementation en Europe, pourraient permettre d’améliorer certains caractères variétaux comme la résistance à un bioagresseur ou une meilleure tolérance aux contraintes climatiques. En complément de l’utilisation de technologies de sélection avancée, d’autres traits sont également étudiés comme la meilleure efficience d'utilisation des engrais azotés dans un objectif d’atténuation du changement climatique. Des pistes prometteuses existent en accroissant l’activité photosynthétique ou en diminuant la nitrification biologique grâce aux variétés. Il semble également pertinent de trouver d’autres voies de sélection pour des systèmes diversifiés, ce qui fait l'objet de programmes de recherche sur l’optimisation de la composition des variétés de céréales dans des mélanges variétaux (bons ou mauvais effets de voisinage entre variétés sur l’expression de certaines maladies), ou encore de sélectionner des variétés de blé adaptées aux semis sous couvert en les couplant avec des nouvelles méthodes de phénotypage. Autant de sujets exploratoires pour prendre un peu de hauteur sur nos productions françaises actuelles et les perspectives concrètes attendues pour les variétés dans les années à venir !
Ophélie Boulanger