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Congrès FDSEA

S'engager, une évidence pour défendre sa profession

L'engagement syndical a constitué le thème central du 69ème congrès de la FDSEA de la Drôme. Mais s'engager est rarement simple, comme l'ont confié les participants à une table ronde, même si c'est aussi une source de satisfactions.
S'engager, une évidence pour défendre sa profession

« Quel pays peut mettre autant de boulets aux pieds de ceux qui produisent ? », s'est interrogé Didier Beynet, en ouverture du congrès de la FDSEA de la Drôme qu'il préside. « Est-ce utopique d'obtenir une harmonisation des charges en Europe ?, a-t-il ajouté, avant de demander à l'État français de « lever enfin ses barricades » pour permettre aux agriculteurs de rester compétitifs. Le 6 mars à Valence, il a également rappelé la nécessité d'un syndicalisme puissant pour « revenir au bon sens paysan ».
Qu'ils s'agissent de la réforme de la Pac, du compte pénibilité, du loup, de la concurrence d'autres pays, de l'arrêté sur les salmonelles ou encore de la directive « escabeau » interdisant aux jeunes les travaux en hauteur, 2014 a été une année très chargée pour la FDSEA. En présentant le rapport d'activité de la fédération, Grégory Chardon et Alain Aubanel, secrétaire général et secrétaire adjoint, ont insisté sur « l'avalanche de normes administratives et réglementaires » qui pèse sur la profession agricole. La grande mobilisation du 5 novembre, à Valence et partout en France, a constitué le point d'orgue du ras-le-bol de toute une profession venue dire, ce jour-là, « laissez-nous travailler ». Ils ont évoqué les acquis de cette manifestation : promotion de l'origine France dans la restauration collective, compensation de l'embargo russe avec des fonds autres que ceux de la Pac, abandon du péage de transit (écotaxe), remise en question du compte pénibilité en agriculture, versement anticipé des aides Pac, révision du zonage de la directive nitrates...

« Etre acteur pour ne pas subir »

D'autres dossiers attendent des réponses et « nous devons rester mobilisés et prêts à nous faire entendre de nouveau », ont souligné Grégory Chardon et Alain Aubanel. « Pour défendre son métier, se syndiquer est une évidence », a expliqué Yvon Palayer, agriculteur retraité mais toujours engagé au sein de la FDSEA et de la chambre d'agriculture, notamment. Il participait à une table ronde sur l'engagement syndical, thème central de ce 69ème congrès de la FDSEA. « S'engager, ce n'est pas innée, a confié Gilles Pereyron, membre de la CGT, du Ceser(*) et vice-président d'une ONG. C'est progressif, on prend de plus en plus de responsabilités avec l'envie de faire avancer ses idées. » Pour Claudine Chirouze, agricultrice exerçant des mandats à la FDSEA, au Crédit Agricole et à la MSA, ancienne présidente du CERFrance Drôme Vaucluse, « s'engager c'est participer aux orientations de sa profession, être acteur pour ne pas subir. C'est aussi une grande ouverture en allant voir au-delà des limites de son exploitation. » Céline Ferlay, agricultrice, vice-présidente de la FDSEA, élue chambre d'agriculture et présidente de l'association des producteurs de lait de chèvres, a parlé de « l'envie de s'investir pour les autres, aimer et croire en son métier pour le promouvoir, espérer pour les générations à venir et, donc, exister. »

Du stress et des satisfactions

« Je suis entré dans le syndicalisme lorsqu'au moment de m'installer j'ai eu un refus bancaire », a confié Joël Limouzin, éleveur de porcs en Vendée. Pour débloquer ma situation, le centre cantonal des Jeunes Agriculteurs a été la porte d'entrée. » Depuis, il n'a cessé de s'investir pour les autres. Aujourd'hui, il est vice-président de la FNSEA et président du fonds de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE), entre autres. « Quand on est passionné par son métier on ne supporte pas les obstacles », a-t-il ajouté.
Tous, comme Maxime Méjean, président des Jeunes Agriculteurs de la Drôme, ont évoqué la fraternité et la convivialité comme valeurs essentielles à l'engagement. Parfois, « le stress, voire l'angoisse peuvent être forts, a fait remarquer Gilles Pereyron. Aussi, le collectif est essentiel pour partager le pouvoir et les responsabilités. » Malgré les difficultés, l'engagement syndical apporte des satisfactions comme « l'obtention d'acquis », a indiqué Maxime Méjean. « C'est d'avoir pu maintenir dans la Drôme une filière comme celle de l'ail », a dit Yvon Palayer. « La prise de responsabilité apporte beaucoup », a confié Claudine Chirouze tandis que Gilles Pereyron a parlé de « reconnaissance de soi dans la vie militante ».

Trouver la juste limite

La question du temps disponible pour l'engagement a été évoquée. « Chaque décision en lien avec de nouvelles responsabilité est prise en famille, a témoigné Céline Ferlay. Et certains sujets sont à éviter à la maison. » Avant de s'engager, Joël Limouzin en parle d'abord avec son associé car, « en Gaec, on a des comptes à rendre », a-t-il fait remarquer. Il a également mis l'accent sur la difficulté de l'engagement syndical lorsqu'on est jeune parent. « Il faut laisser le stress au seuil de la maison », a-t-il ajouté.
Evoquant les manifestations, « c'est une expérience parfois difficile, a confié le vice-président de la FNSEA. Une fois le mot d'ordre lancé, on devient responsable de tout ce qui arrivera en tant que président du syndicat. Il faut trouver la juste limite dans les actions et, en cas de problème, réussir à convaincre les forces de l'ordre voire la justice de la légitimité du combat mené. »
Après cette table ronde, Didier Beynet a rappellé que « seul on avance plus vite mais à plusieurs on va plus loin ». La présidente de la chambre d'agriculture, Anne-Claire Vial, a indiqué que « le syndicalisme permet de comprendre son environnement professionnel ». Elle a ajouté qu'il est parfois bien difficile d'expliquer un acquis lorsqu'est obtenue la mesure la moins pire et a cité ces deux phrases de Raymond Lacombe, ancien président de la FNSEA : « Soyons leader pour ne pas subir la politique imposée » et « dépassons le quotidien pour réfléchir à l'avenir. » Quant à Didier Guillaume, président du conseil général de la Drôme et sénateur, il a dit que « l'engagement est essentiel pour se faire entendre ».

Christophe Ledoux

(*) Ceser : conseil économique, social et environnemental régional.