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Environnement

Un accord pour aider les agriculteurs à protéger l'eau

L'inauguration dans la Drôme d'une station collective de traitement des effluents phytosanitaires a fourni le cadre à la signature d'un partenariat entre l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse et les coopératives agricoles de ce bassin. Son objectif est de valoriser les pratiques agricoles qui protègent l'eau.
Un accord pour aider les agriculteurs à protéger l'eau

Il aura fallu six ans de procédure administrative et plus de quarante kilos de documents pour que la station collective de traitement des effluents phytosanitaires construite par Cooptain obtienne enfin une autorisation officielle d'exploitation. Résistant tant bien que mal aux tracasseries administratives, les responsables de cette coopérative d'approvisionnement, située à Tain-l'Hermitage (Drôme), ont enfin pu inaugurer une installation où pourront être traités jusqu'à 500 mètres cubes d'effluents par an provenant des exploitations alentours. A cette occasion, l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse (RMC) et les fédérations de coopératives de ce grand bassin ont signé, le 19 février, un accord-cadre de partenariat pour l'eau.

Jusqu'à quinze millions d'euros

De 2015 à 2018, la coopération agricole s'engage à renforcer, développer et valoriser les pratiques agricoles préservant la ressource en eau au sein de son réseau amont et aval. Dans ce but, seront mises en œuvre des actions de sensibilisation des coopérateurs et de formation des salariés. Les coopératives seront également amenées à s'impliquer davantage dans les comités de pilotage des captages d'eau. En matière de conseils, des solutions agro-écologiques seront proposées aux agriculteurs, en lien avec les filières économiques.
De son côté, l'Agence de l'eau s'engage à financer jusqu'à un million d'euros les actions d'animation prévues à l'accord-cadre. Et elle mobilisera quatorze millions d'euros pour accompagner certains investissements (aire de lavage des pulvérisateurs, station de traitement des effluents...) ou aider les les agriculteurs dans l'adoption de pratiques agricoles plus économes en intrants (conversion à l'agriculture biologique, projets d'économie d'eau...). Des programmes annuels de travail seront élaborés.

« Apporter de vraies solutions »

Coopérateurs et responsables agricoles des régions Rhône-Alpes, Bourgogne et Provence-Alpes-Côtes-d'Azur ont assisté à la signature du partenariat entre les fédérations de coopératives agricoles et l'Agence de l'eau.

Pour la coopération agricole, l'objectif de l'accord consiste bien à agir dans la double performance environnementale et économique. « Il s'agit d'apporter de vraies solutions aux agriculteurs, garantissant le maintien du revenu », a souligné Gérard Rodange, président de Coop de France Rhône-Alpes Auvergne. Il a insisté sur la formation et évoqué la nécessité de dialogue alors que tout projet autour de l'eau suscite désormais de vives réactions d'une partie de la société.
Xavier Eudes, directeur des interventions et des actions de bassin à l'Agence de l'eau, a mis en avant la possibilité pour le monde agricole de changer ses pratiques tout en restant compétitif. Il a insisté sur la nécessité de protéger les captages d'eau potables. Sur le bassin Rhône Méditerranée Corse, deux cents sont classés prioritaires pour la restauration de la qualité de l'eau potable. « Il faut aussi améliorer la gestion de l'eau d'irrigation dans une perspective de changement climatique », a-t-il indiqué. Par ailleurs, plutôt que de « fustiger les modèles agricoles », il a mis en avant la recherche de « solutions concrètes et pertinentes ayant un impact favorable sur l'environnement ». Appelant à privilégier une « dynamique de valorisation » au lieu d'une « inflation de la norme » et donc des contraintes, il a proposé de remplacer le principe-pollueur payeur par celui de « partenaire professionnel ». Un discours apprécié par Anne-Claire Vial, présidente de la chambre d'agriculture de la Drôme, qui a rappelé que l'argent distribué par l'Agence provient notamment des redevances payées par les agriculteurs.
Avec la signature de cet accord, l'Agence de l'eau encourage les exploitants agricoles à poursuivre leurs efforts pour protéger l'eau. Et la coopération agricole renforce son implication dans une démarche où, comme l'a dit Gérard Rodange, « le collectif a du sens pour sauvegarder l'eau ».

Christophe Ledoux
Protection de l'eau /
Des exemples d'investissements aidés
Jean-François Vassy, président de Cooptain, dans le local abritant la station collective de traitement des effluents phytosanitaires.
A la station de traitement de Cooptain, les effluents phytosanitaires sont traités selon un dispositif d'osmose inverse (système Phytopur). L'eau épurée est envoyée vers un traitement de finition sur charbons actifs avant d'être rejetée vers la station communale exploitée par la Saur(1). La boue qui contient les molécules polluantes, elle, est évacuée en filière déchets. D'un montant de 200 000 euros, l'investissement a été soutenu par l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse (à hauteur de 48 %) et le Feader(2) (29 %) ainsi que par la communauté de communes du Pays de l'Hermitage.
Un autre exemple d'action est celui de la coopérative Natura'pro où les agriculteurs d'Ardèche et du Sud-Drôme ont pu bénéficier d'aides pour la construction d'aires de remplissage et lavage des pulvérisateurs et de traitement des effluents phytosanitaires. 118 aires ont été créées (dont 18 collectives). 300 agriculteurs sont désormais équipés, ce qui représente 10 200 hectares et 376 000 litres d'effluents traités (principalement en système Phytobac). Pour cette opération, l'Agence de l'eau a pris en charge la moitié du budget d'animation (120 000 euros) et octroyé 2,5 millions d'euros d'aides (sur un budget total de 3 millions).
C. L.
(1) Saur : société d'aménagement urbain et rural.
(2) Feader : fonds européen agricole pour le développement rural.