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OENOTOURISME

Une réussite œnotouristique exposée au président du Sénat

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a rencontré les acteurs du label « Vignobles & Découvertes » à Tain-l'Hermitage. Le développement économique et touristique du territoire grâce au vin a été mis en avant. Les contraintes administratives ont aussi été abordées.
Une réussite œnotouristique exposée au président du Sénat

L'obtention, en 2012, du label Vignobles & Découvertes pour le circuit « D'Hermitage en Saint Joseph »(*) a dynamisé le tourisme local. La destination offre une sélection de quinze caves proposant dégustations et visites découvertes, une quinzaine d'hébergements, douze restaurants, des sites touristiques (château de Tournon, jardin zen à Beaumont-Monteux...) ainsi que de multiples événements et activités. Cette réussite, le sénateur-maire de Tain-l'Hermitage, Gilbert Bouchet, a souhaité la présenter au président du Sénat, Gérard Larcher. Ce dernier s'est rendu à la Cité du chocolat, le 20 février, pour y rencontrer des acteurs locaux de l'œnotourisme.

27 000 fans au bout de six mois

« A côté des croisières fluviales et du chocolat Valrhona, le vin a ouvert des perspectives touristiques importantes, a indiqué Bruno Faure, président de l'office de tourisme Hermitage-Tournonais. Le lancement d'une page Facebook dans le cadre de Vignobles & Découvertes a recueilli 27 000 fans au bout de six mois. » Une web-série autour du vin a même été créée dans le but de cibler un public jeune et féminin.« Avec les croisiéristes, l'œnotourisme est en fort développement, a fait remarquer Marie-Josée Faure, vigneronne et caviste, représentante de l'Union des commerçants de Tain Tournon. L'idée est de faire vivre aux touristes une expérience forte avec, par exemple, des dégustations de vin au cœur même des vignobles. » Xavier Gomart, directeur de la Cave de Tain, a expliqué au président du Sénat les investissements réalisés par la coopérative dans le but d'attirer toujours plus de visiteurs. Ont été créés, entre autres, un circuit pédestre dans le vignoble de l'Hermitage, un site de dégustation au domaine Gambert de Loche, des rendez-vous avec l'art. Et au printemps, une fois les travaux achevés, le caveau de la Cave de Tain se visitera.

« Arrêtons d'être des bisounours »

L'œnotourisme, en vogue depuis les années 2000, génère donc un fort potentiel d'attractivité touristique. Mais tout n'est pas rose. Face à Gérard Larcher, les vignerons ont également exprimé certaines difficultés. Ils se sont dits assaillis par les réglementations quand ce n'est pas par le flou qu'elles procurent. « Quel est le statut du vigneron qui accompagne des touristes dans les vignobles, a questionné Xavier Gomart. On ne le sait pas. Du coup, vis-à-vis d'éventuelles responsabilités en cas d'accident, les touristes vont seuls dans les vignobles, on ne peut pas les emmener. » La loi Evin a aussi été abordée. Face aux contraintes qu'elle génère, notamment en matière de promotion, Jacques Pradelle, vigneron, a demandé une évolution de cette loi.
Des hôteliers, également présents à la table ronde, ont évoqué leurs difficultés. « Entre les mises aux normes, la hausse de TVA et la révision des valeurs locatives, on ne voit plus le bout du tunnel », a indiqué un de leurs représentants. Le directeur général de Valrhona, Franck Vidal, a parlé du compte pénibilité. « Ce qui s'applique aux entreprises françaises, il faut l'exiger à l'identique pour les entreprises étrangères qui vendent en France, a-t-il proposé au président du Sénat. Arrêtons d'être des bisounours. »

« On sent monter une jacquerie »

Dans ses réponses, le président du Sénat a fustigé la normalisation excessive. « Notre système social et normatif est conçu pour les grandes entreprises, ce qui empêche les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) de grandir. Tous les gouvernements ont promis des moratoires sur les normes mais sans aucun résultat au final. Le problème, a ajouté Gérard Larcher, c'est que nous faisons des lois sans étude préalable pour savoir ce qui sera économisé ou ce que ça va coûter. Il faut que cela change. »
Sur la loi Evin : « Je ne peux pas vous promettre sa disparition, a-t-il dit, évoquant le travail du sénateur Gérard César, défenseur des vins français. Le président du Sénat a mis en avant la viticulture et le vin comme « éléments de plus-value économique pour le territoire ». Par ailleurs, il s'est inquiété de la rétrogradation de la France à la troisième place des pays producteurs agricoles de l'Union européenne (derrière l'Allemagne et les Pays-Bas). Il considère que le rattachement du Commerce extérieur au ministère des Affaires étrangères est « une bonne chose pour conquérir des plus-values qui nous viennent de l'extérieur ». Et sur le compte pénibilité, plutôt que d'en faire un sujet européen, comme l'a suggéré le directeur de Valrhona, Gérard Larcher préfèrerait « un baromètre social » à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
En conclusion, le président du Sénat s'est inquiété du sort d'une autre filière agricole. « La fin des quotas laitiers va être extrêmement déstructurant, a-t-il estimé. Et il y a aussi la crise du porc. On sent monter une jacquerie. »

Christophe Ledoux

(*) En Drôme et Ardèche, les circuits ayant obtenu le label Vignobles & Découvertes sont les suivants : d'Hermitage en Saint-Joseph, de Cornas en Saint-Péray, Drôme provençale ; autour des dentelles de Montmirail.