INAUGURATION FOIRE DE BEAUCROISSANT
« Qu’on nous laisse bosser en paix ! »

La foire d’automne de Beaucroissant marque la rentrée agricole avec ses déclarations percutantes de la part d’un monde souvent incompris.

« Qu’on nous laisse bosser en paix ! »
Les élus et représentants du monde agricole lors du discours inaugural de la 802e édition de la foire de Beaucroissant. ©ID

«Nous sommes une poignée de manants pour faire vivre la plus grande foire agricole de France », a déclaré Antoine Reboul, le maire de Beaucroissant, lors de l’inauguration de la 802e édition de la foire d’automne, vendredi 15 septembre. Il a ainsi chaleureusement remercié les élus, les agents et les bénévoles qui se sont investis dans la préparation de ce monstre forain. Le retour de la volaille « après trois éditions à vide », mais aussi des chiens et des chats, permet à la foire de tourner une page un peu chagrine et de « renouer avec son passé ». Pour autant « rien n’est simple, poursuit le maire. Le Covid a abîmé toute une génération ». Les anciens forains sont partis à la retraite, remplacés par des successeurs « plus zappeurs ». D’autres sont touchés par l’inflation et la hausse du prix de l’énergie. Enfin, la foire doit faire face à toujours plus « d’exigences de l’État en matière de contrôles ». Mais le maire et son conseil municipal s’inscrivent résolument dans une vision d’avenir, poursuivent les rénovations, accompagnent la manifestation dans le développement durable.

Demander plus pour donner moins

La foire d’automne marque la rentrée agricole et le président de la chambre d’agriculture de l’Isère, Jean-Claude Darlet, a commencé son allocution en rendant hommage à l’éleveur charolais rhodanien qui a mis fin à ses jours quelques jours auparavant. « Encore une fois un agriculteur a été touché, parce que harcelé, parce qu’on lui demandait de plus en plus de choses, parce qu’on ne l’a pas respecté dans son métier. Qu’on nous laisse bosser en paix,  a-t-il exhorté. On n’a plus le droit de demander toujours plus aux agriculteurs pour donner moins. » Il a énuméré toutes les pressions qui pèsent sur l’agriculture : répartition défavorable de la ressource en eau, absence de solution au problème du loup, coupes dans les mesures agro-environnementales au détriment des zones de montagne, dérèglement du marché de la noix. « Comment parler d’installation et de reprise sans perspectives », a interrogé Jean-Claude Darlet sous une pluie nourrie d’applaudissements.

« Quelque chose qui fonctionnait bien »

Le président conseil départemental de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, lui a emboîté le pas rappelant qu’il a cosigné une tribune, cet été, avec cinq présidents de Départements pour interpeller le gouvernement et la Commission européenne sur la prolifération du loup. Il s’agit non seulement de régler le problème du prédateur, mais aussi « de respecter les éleveurs et leur douleur lorsqu’ils subissent une attaque, et de ne pas entendre dire qu’ils n’ont pas à se plaindre car ils sont indemnisés. » Il a aussi dit sa colère quant à la suspension de la possibilité de financement des MAEC par les Départements, quelque chose « qui fonctionnait bien ». De plus, il s’est insurgé contre la retaxation du GNR agricole à l’horizon 2030 « alors que les taxes sur les carburants représentent déjà des sommes faramineuses », mais s’est réjoui que l’Isère compte déjà seize méthaniseurs qui sont autant d’investissements accompagnés par la collectivité. En effet, le Département de l’Isère consacre chaque année 10 millions d’euros à l’agriculture, en articulation avec le budget de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, lequel s’élève à 120 millions d’euros, a rappelé le député et conseiller régional Yannick Neuder. Ce dernier s’est alarmé du recul de la balance commerciale agricole, de l’importation de 63 000 tonnes de viande par la France en 2023 et du risque d’une France alimentaire à deux vitesses. Il plaide pour une révision de la loi Egalim et met en garde face aux importations qui ne respectent pas les mêmes normes que les productions nationales. « Pas d’économie sur l’alimentation française et les agriculteurs qui nous nourrissent », a-t-il martelé.

Un milliard de plus pour l’agriculture

Restait à la députée iséroise Élodie Jacquier-Laforge, vice-présidente de l’Assemblée nationale, à conclure en faisant valoir l’action du Gouvernement. L’État mettra notamment 200 millions d‘euros sur la table pour l’aide à l’installation. Elle reprend aussi la déclaration du ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, qui annonce un milliard d’euros supplémentaire alloué à l’agriculture, soit une évolution de 15 % comparée au précédent budget. Ces sommes se répartiront, entre autres, en 500 millions d’euros pour les mesures Ecophyto, 10 millions pour le plan protéine, 32 millions pour la transmission et 200 millions pour l’adaptation au changement climatique. Quant à la retaxation du GNR, le dossier est encore en négociation mais la députée a indiqué que les sommes seraient réaffectées pour « la transition vers les énergies renouvelables afin que les agriculteurs se passent d’énergie fossile ». Elle a aussi souhaité que les agriculteurs, jusqu’alors très réservés dans leurs positions, participent au comptage du loup. Enfin, elle a indiqué que le projet de loi d’orientation et d’avenir agricole serait déposé d’ici la fin de l’année.

Isabelle Doucet

L’agriculture, variable d’ajustement 
Jérôme Crozat (à g.), président de la FDSEA de l’Isère, a rencontré Fabrice Pannekoucke, vice-président de la Région en charge de l’Agriculture, accompagné du député et conseiller régional Yannick Neuder et du maire de Beaucroissant Antoine Reboul. ©ID

L’agriculture, variable d’ajustement 

À l’Agrivillage, la délégation a rencontré Jérôme Crozat, le président de la FDSEA de l’Isère. Celui-ci a dénoncé le fait que l’État se serve des prix de l’alimentation comme variable d’ajustement face à l’inflation. Il réclame des lois « pour retrouver une construction des prix et défendre les 350 000 agriculteurs du pays face à cinq centrales d’achat. » Autre point de crispation, le loup, dont il se félicite que la présidente européenne ait pris conscience du problème, mais dont la régulation doit être la même que pour toute la faune. Son message : « Ce n’est pas aux habitants des villes de nous expliquer comment gérer notre travail dans nos milieux ruraux. » Le président de la FDSEA mesure aussi l’absence d’investissement depuis plus d’une génération pour gérer la ressource en eau, plongeant la France dans une impasse. « Il faut tracer le sillon », a-t-il défendu. La délégation, qui était partie du stand des produits de la marque Ishere, a achevé son tour de foire au stand de la Région, vitrine des 5 000 produits référencés « Ma région, ses terroirs ». Fabrice Pannekoucke, vice-président régional délégué à l’agriculture l’assure : « Il ne s’agit pas d’écraser les marques territoriales, mais d’avoir une belle complémentarité ». 

I. D.

Un besoin de cohérence
Sur le stand charolais Sud-Est, le vice-président de la Région en charge de l’agriculture, Fabrice Pannekoucke, a insisté sur « le besoin de cohérence » que les éleveurs attendent. ©ID

Un besoin de cohérence

 
Le traditionnel cortège inaugural de la foire d’automne s’est déplacé en ordre dispersé sur le champ de foire vendredi 15 septembre en fin de matinée. Fabrice Pannekoucke, vice-président régional délégué à l’agriculture, était présent aux côtés d’Antoine Reboul, le maire de Beaucroissant. Ils ont effectué une première étape au stand charolais Sud-Est où les attendait le président de l’association, Raphaël Loveno. Ce dernier a fait observer une minute de silence en hommage au collègue éleveur disparu (lire ci-dessus). Puis il a abordé la question du futur bâtiment qui sera érigé sur le champ de foire dans un climat où les éleveurs expriment des craintes pour l’avenir de leur profession, mais sont aussi remplis d’espoir en voyant combien le concours régional, les ventes de bétail et le succès de la restauration leur apportent de belles perspectives. Le vice-président régional les a félicités pour le choix d’un bâtiment équipé d’une toiture photovoltaïque. Il a aussi insisté sur « le besoin de cohérence » que les éleveurs attendent. « Il ne faut pas dire qu’il faut nourrir la population tout en disant que cela a une incidence carbone », cite-t-il en exemple. De la même manière, la production d’énergie renouvelable doit laisser l’agriculture prioritaire sur la consommation de foncier. Il a plaidé pour « que les agriculteurs soient au cœur du sujet de la question énergétique ».

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