L’élevage bio « en grande souffrance »
L’effritement des ventes de produits alimentaires bio s’explique d’abord par le recul des produits animaux.
L’Académie d’agriculture de France (AAF) a récemment fait le point sur l’élevage biologique après que l’Inrae lui a consacré un numéro spécial de sa revue Productions animales. Françoise Médale (Inrae) a planté le décor : entre 2010 et 2024, le nombre d’exploitations certifiées en agriculture bio (AB) a été multiplié par trois pour approcher 62 000, ce qui représente 14,9 % du total des fermes et 2,7 millions d’hectares, soit 10,1 % de la SAU). Néanmoins, l’objectif national de porter les surfaces en bio à 15 % en 2022 n’a pas été atteint. « Les moyens alloués au développement de l’AB n’ont pas été à la hauteur des ambitions avec notamment la suppression, en 2017, des aides au maintien en AB », explique la chercheuse. La déconsommation de produits bio constatée ces dernières années, sur fond d’hyperinflation alimentaire, ne plaide pas non plus en faveur de 21 % de la SAU en bio en 2030, chiffre inscrit dans la récente loi d’orientation agricole.
Recul des ventes
Les ventes de produits alimentaires bio, qui avaient triplé entre 2012 et 2020 pour avoisiner 13 milliards d’euros (Md€), se stabilisent depuis autour de 12 Md€ par an. Cet effritement s’explique d’abord par le recul des produits animaux, qui ne représentaient plus que 22 % du total des achats d’aliments bio en 2024, contre 25 % en 2019 et 30 % en 2012. Au cours des cinq dernières années, seuls les œufs bio (+ 5 %) ont vu leurs ventes progresser, alors que le lait bio perdait 10 %, la viande bovine et la volaille 22 %, la viande porcine 40 %, note Vincent Chatellier (Inrae).
Le recul des achats de produits animaux bio s’est surtout ressenti dans la grande distribution (- 16 % de ventes en quatre ans), mais celle-ci demeure très majoritaire avec 58,5 % de part de marché en 2024, devant les magasins spécialisés (24,7 %) et la vente directe (13,8 %, + 5 points depuis 2010). La collecte de lait bio a diminué de 3,6 % en 2024, sans éviter un déclassement de 30 % des volumes produits. « Tous les cheptels bio sont en recul, sauf celui des brebis laitières », souligne encore l’Agence bio.
Soutien public
Le développement contrarié de l’élevage bio, en dépit de vertus reconnues, interroge les politiques publiques. Philippe Collin (AAF), ancien polyculteur-éleveur dans l’Yonne, dénonce une aide au maintien de l’AB implicitement ramenée de 150 à 30 €/ha via les éco-régimes de la PAC, ce qui crée « une grande souffrance pour les bio “canal historique” ». Plus largement, il invite à « considérer l’AB pas seulement pour son cahier des charges, mais pour ses impacts positifs sur l’environnement ». Un point de vue partagé par Bernard Chevassus-au-Louis (AAF et président d’Humanité et Biodiversité) : « La bio est le seul signe de qualité qui tient la route, selon un récent rapport Inrae/Ifremer. Si des agriculteurs prennent des risques pour être des pilotes, ils justifient un soutien public ».