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PPAM

La filière lavandicole toujours en quête de soutien

Une rencontre consacrée à la filière plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) a été organisée par la FDSEA de la Drôme avec Marie-Aimée Gaspari, préfète du département, à Saint-Nazaire-le-Désert, lundi 10 novembre.

La filière lavandicole toujours en quête de soutien
©SLC
Aurélie Antonioli (directrice du CIHEF), Alain Aubanel (président du CIHEF et PPAM de France) et Philippe Soguel (directeur du syndicat des distillateurs Drôme et Ardèche), Laurent Rambaud (Chambre d’Agriculture) et Eliane Bres (présidente de la coopérative France-Lavande) et Julien Bres (président de la fédération des CUMA de la Drôme) ont participé aux échanges avec Marie-Aimée Gaspari, préfète de la Drôme. Les organisateurs ont déploré l’absence d’un plus grand nombre de producteurs.

Après une première rencontre avec Thierry Devimeux, ancien préfet de la Drôme il y a plusieurs mois à Buis-les-Baronnies, la filière lavande a rencontré lundi 10 novembre la nouvelle préfète Marie-Aimée Gaspari. Si la lavande souffre au niveau national, la Drôme fait partie des trois départements principaux avec près d’un tiers de la production et le premier département en termes du nombre de producteurs. « Quand les gouvernements ne font que changer et qu'il n'y a plus de pilotes dans l'avion, c'est une évidence qu'après, il n'y a rien qui se passe, a déploré Alain Aubanel, président de la fédération Drôme-Ardèche des producteurs de lavandes, lavandin et autres Ppams (FDPLLPP). Au bout d'un an, on a zéro réponse. » Toutefois, selon les différents participants à cette réunion organisée à Saint-Nazaire-le-Désert, il y a eu « une vraie écoute de la préfète et nous pensons qu'elle va essayer de faire ce qu'elle peut pour nous aider ». 

Une aide sur trois ans

« On a trois choses : l'extrême urgence, le moyen terme et le long terme. Aujourd'hui, on a des exploitations qui sont tellement en difficulté qu'il y a des gens à arrêt. C'est une situation que nous n’avions jamais vue. Il y a des jeunes qui devaient s'installer et qui ne s'installent pas pour des raisons économiques, a rapporté Alain Aubanel. Il y a des gens qui vont bosser à l'usine deux ou trois jours par semaine pour pouvoir faire tourner l'exploitation. » Les professionnels présents sur place ont rappelé qu’avec la surproduction actuelle, les prix se sont effondrés. Sur le lavandin, en cinq ans, les producteurs observent une baisse de prix de 70 %. 
Pour le président de la FDPLLPP, « l'urgence, c'est de trouver des solutions économiques pour que les gens puissent tenir le choc sur trois ans. Parce que de toute façon, si dans trois ans le problème n'est pas réglé, il se réglera tout seul. Il n'y aura plus de production ». Il fait notamment référence aux personnes qui ont des emprunts. « On vit tous à crédit. Le premier acompte de la PAC a servi à payer la moitié des emprunts qu'on avait. Dès qu'on va toucher le deuxième acompte, on va sauver nos emprunts. Mais tout le monde a déjà pris rendez-vous avec les banques pour début janvier pour offrir des emprunts pour tourner sur l'année 2026. Les banques proposent des années blanches et les reports d'emprunts mais le problème c’est que ça va coûter plusieurs milliers d’euros d’intérêts en plus. » 

Moins de tourisme

Si la Drôme attire les touristes pour ses paysages de cartes postales colorées de champs de lavandes, la situation semble avoir évolué. « L'économie des territoires est en partie liée à la lavande. Si demain, il n'y a plus de lavande dans ces territoires-là, il n'y a plus d'apiculteurs. Au niveau du tourisme aussi, tous les campings, les hôtels, les restaurants et puis tous les magasins qui comptent sur des touristes venus du monde entier... Ils viennent d’abord pour voir des champs de lavande. Cette année, dans les gros secteurs touristiques, comme le plateau d'Albion ou le plateau de Valensole, il y a eu des annulations de réservation de touristes. Nous avons moins de production, les lavandes ont subi la chaleur et, sans certains produits, les champs sont moins beaux, il y a de l’herbe au milieu », ont rapporté le producteur drômois Laurent Rambaud, la représentante de France lavande Eliane Brès et Alain Aubanel. 

Sauver les cultures traditionnelles

Si le rendez-vous a été donné à Saint-Nazaire-le-Désert, ce n’est pas un hasard. « Il faut bien faire la part des choses entre les gens qui sont en difficulté en plaine et ceux dans les zones les plus défavorisées, en montagne. Celui en plaine, malgré les difficultés, il a l'embarras du choix pour faire autre chose. Mais quand on est dans des zones comme Ferassière, qu’y a-t-il à faire là-haut à part des PPAM ?, » a mis en avant Alain Aubanel. Pas d’irrigation et des terres ni propices au maraîchage ou au blé. La diversification ne semble pas être à la portée de tous les lavandiculteurs. Planter des oliviers ou des truffiers et attendre cinq ans ou dix ans pour avoir un revenu ? Les professionnels de la filière émettent de sérieux doutes sur la marge de diversification des près de 800 producteurs drômois. 
Les participants ont expliqué travailler sur le temps long, notamment sur la réforme de la PAC et les possibilités d'aides sur les territoires difficiles ou les cultures emblématiques, traditionnelles et patrimoniales. Selon eux, les coûts de production sont 20 à 30 % plus élevés dans les zones de montagne et les rendements sont divisés par deux par rapport à la production en plaine. « Si on prend cette année, par exemple, dans les zones traditionnelles, le rendement en huile essentielle, on est entre 50 et 80 kWh. Si on prend les gens de la plaine, ils sont entre 150 et 200 kWh. Celui qui a fait 50 kWh d'huile essentielle vendue à 15 euros, il ne rentre pas dans la moitié de ses frais, a illustré Alain Aubanel. L'indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) ne suffit plus à lisser la différence entre la plaine et la montagne. Dans ces zones-là, on a toujours la double ou la triple peine. » 

Concurrence déloyale et perspectives

L'impact du dumping social et environnemental a lui aussi été pointé du doigt par les participants. Coût de la main d’œuvre et produits phytosanitaires limités empêchent les producteurs de se positionner face à la concurrence mondiale. Dans la Drôme, une soixantaine d'entreprises achèteraient et commercialiseraient des produits lavandicoles. « Si ces sociétés sont dans la Drôme, c'est bien parce qu’elles se sont implantées au milieu de la zone de production. Si demain, il y a 50 % des producteurs qui arrêtent, elles se délocaliseront avec des milliers d'emplois », préviennent les acteurs de la filière. De son côté, la filière travaille sur de la contractualisation afin d’avoir des débouchés qui sont assurés. « Les entreprises françaises essaient de jouer le jeu, mais sont aussi victimes de cette mondialisation », ont déploré les professionnels. 


M. Eymin

« Toute l’année, il y a la mise en éveil, la mise en sommeil et la décennale qui nous coûte 12 000 euros. Sur nos deux distilleries en Cuma, l’une des deux ne pourra pas supporter ces coûts. Le risque, à courts termes c’est que celle de Lamotte soit menacée et à moyens termes que celle de Saint-Nazaire le soit aussi. S’il n’y a plus de distillerie, il n’y a plus de lavande », a rappelé Eliane Brès, présidente de la coopérative France Lavande, mettant en avant la possibilité d’obtenir des dérogations de la préfecture. Autre problématique rencontrée : celle des Cuma entravées par le tribunal de commerce de Romans. « Ici, ça fait trois ans que je ne suis plus présidente de la Cuma et que mon fils a pris ma place. Pourtant, c’est toujours moi qui suis sur les papiers, s’il y a un souci demain, on ne sait pas comment ça se passera. La Cuma ne peut pas faire d’emprunts car le Kbis n’a pas été mis à jour…. Ça s’ajoute encore à tout le reste, il faut être accroché pour continuer ».