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PPAM

À Nyons, l’herboristerie de demain se dessine

Quelques semaines après l’ouverture de son nouveau titre de paysan herboriste, le CFPPA de Nyons et la Fédération nationale des paysans herboristes ont organisé un événement sur les enjeux de l’herboristerie de demain.

Par M.EYMIN
À Nyons, l’herboristerie de demain se dessine
©ME-AD26
Les prises de paroles politiques étaient très attendues comme ici avec la sénatrice drômoise Marie-Pierre Monier et le député de l’Isère Guillaume Gontard au côté de l’herboriste Thierry Thévenin et du Dr Bruno Dal Gobbo. Les élus ont déclaré vouloir relancer les travaux sur l’herboristerie au Sénat et à l’Assemblée nationale.

Reconnu pour son Brevet professionnel responsable d'entreprise agricole (BPREA) en plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM), le CFPPA de Nyons bénéficie à présent d’une nouvelle corde à son arc. Depuis début octobre, il accueille neuf étudiants qui préparent un titre de paysan herboriste sur un an grâce au soutien financier de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. « Depuis 1985, nous sommes sur les PPAM, au départ c’étaient seulement les producteurs de plantes puis ça a évolué vers différents types de transformations. Ça fait longtemps que nous travaillons dessus avec la profession. D’ailleurs, ce sont eux qui sont garants de cette nouvelle formation, c’est eux qui l’ont conçue », explique Philippe Bizeul, directeur du CFPPA de Nyons.

Vincent Segretain, paysan herboriste et co-organisateur de l’événement et Philippe Bizeul, directeur du CFPPA de Nyons. ©ME-AD26

« Ce titre, c’est une première car depuis les années 1940, l’herboristerie n’était plus reconnue d’un point de vue législatif. En parallèle du travail réalisé au Sénat, cette formation montre que nous nous professionnalisons », a déclaré Vincent Segretain, paysan herboriste et co-organisateur de l’événement. De ce partenariat, noué notamment avec les professionnels de la Fédération nationale des paysans herboristes et l’ensemble de la filière*, sont nées les journées de l’Herboristerie de demain, un événement qui s’est tenu durant trois jours, du jeudi 30 octobre au samedi 1er novembre à la Maison du pays de Nyons.

Une filière structurée

L’événement a démarré jeudi matin avec une table ronde autour du thème « Comment garantir une production française de plantes médicinales à la fois éthique, locale, durable et de grande qualité ? ». « Nous sommes ici sur un terre agricole d’excellence. C’est important pour nous de porter ça, a déclaré Pierre Combes, maire de Nyons lors de l’accueil des 350 personnes inscrites. Réfléchir à votre filière, c’est aussi faire face à ses enjeux. » Alix Courivaud, chargée de projets PPAM à FranceAgrimer a introduit la table ronde en présentant le contexte de la filière en France métropolitaine (lire encadré). « Depuis 2020, la crise lavandicole a entraîné la baisse du prix des huiles essentielles, une baisse de surfaces due à la surproduction et à beaucoup de stock, a rapporté Alix Courivaud. Le marché de l’huile essentielle est saturé 

Du paysan au cueilleur 

Lors de l’événement, praticiens herboristes, étudiants, formateurs, transformateurs, herboristes de comptoir, producteurs paysans, porteurs de projet, pharmaciens, cueilleurs, médecin et même vétérinaire ont fait la salle comble. Ces participants, venus des quatre coins de la France et même de Suisse et de Belgique, sont pour la plupart venus pour « échanger avec des personnes qui font le même métier, qui sont dans la même branche », comme Solène Beaurepaire, installée depuis 2019 à Manas et spécialisée en germothérapie**. Son activé ? Récolter et transformer des bourgeons pour en faire des cures sous forme de gouttes. Un métier en pleine évolution puisque cette dernière a été invitée à participer à la table ronde matinale. Avant son passage, Jean-Baptiste Gallé, paysan herboriste en Corrèze a présenté la charte de la Fédération des paysans herboristes et ses valeurs dont « la qualité, la traçabilité et la protection de la biodiversité ». Lucie Fleury, herboriste et transformatrice depuis 2015 dans les Bouches-du-Rhône a présenté son parcours, de son BPREA à Nyons en 2014 qui a été « un facilitateur » pour créer son projet à aujourd’hui. 

Tables rondes, ateliers, prises de paroles politiques... L'événement a fait salle comble. ©ME-AD26

Fabienne Gilbertas, membre de l’Association française des professionnels de la cueillette de plantes sauvages (AFC) créée en 2011, a présenté ce métier « qui n’existe pas légalement mais qui est plein de facettes ». L’organisme a créé la charte des bonne pratiques du cueilleur, a publié un guide de références en 2022 et des livrets sur les plantes en tension. L’association mène aussi un projet de cueilleurs sentinelles pour faire remonter des données statistiques sur l’état des prélèvements. Fabienne Gilbertas a d’ailleurs annoncé la sortie d’un second livre sur les bourgeons et les jeunes pousses en 2027. « Le prélèvement des bourgeons avec la montée de la gémotherapie est une menace latente. Il faut pérenniser les ressources », a -t-elle indiqué. Des propos qui ont précédé ceux de Solène Beaurepaire, cueilleuse drômoise. « Je m’interroge au quotidien sur la manière de cueillir et de gérer ces ressources », a t-elle confié. Si cette dernière a planté des arbres fruitiers et des céréales sur deux hectares pour récolter une partie de ses bourgeons, elle souhaiterait développer davantage de relations professionnelles avec des arboriculteurs. « Avant qu’ils taillent leurs arbres, nous pourrions nous arranger pour faire des bourgeons des co-produits. Souvent, ils traitent juste avant l’éclosion, même en bio, ça pourrait faire l’objet d’une entente », a avancé la Drômoise. Enfin, la table ronde s’est achevée avec Laurence Chaber, ethno-botaniste. Elle a présenté l’exposition Care, fruit de deux ans de recherche avec le Conservatoire botanique de Gap sur les plus de 4 000 espèces de plantes cueillies sur le Massif alpin. 

La filière PPAM en 2024

  • 70 000 ha de surfaces PPAM (52 000 ha sans la coriandre).
  • 300 plantes cultivées (40 % de lavande et lavandin et 26 % de coriandre).
  • 84 % des exploitations ont moins de 30 % de surfaces en PPAM.
  • 22 % des surfaces en bio hors coriandre (38 % avec).
  • 57 000 t de plantes importées (390 millions d’euros).
  • 16 000 t importées (156 millions d’euros).
  • 200 t d’infusions vendues en pharmacie (le thym en tête).
  • 380 t d’infusions vendues en magasins bio.
  • 90 t en pharmacie contre 22 t en magasins bio en huiles essentielles (tea tree et la lavande fine en tête).

*
¹ Association des herboristeries de France, la Fédération française des écoles d’herboristerie, Association française des professionnels de la cueillette, Guilde française des praticiens en herboristerie, Université Paris Saclay, CFPP Centre de Formation Professionnelle de la Pharmacie, Fédération française agriculture biologique, Mouvement d’agriculture bio-dynamique, Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes, Syndicat Simples, Communauté de communes du Pays de Nyons, École d’herboristerie AltheaProvence, Association Vieilles Racines et Jeunes Pousses, réseau Biocoop.
** utilisation des bourgeons des plantes pour traiter différents troubles.