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Étude

Améliorer la santé des brebis grâce aux plantes aromatiques

Le FiBL France lance une étude visant à évaluer l’intérêt de plantes aromatiques locales pour réduire le stress oxydatif chez les brebis gestantes et améliorer la santé des agneaux. Le projet démarre avec des feuilles séchées de romarin.

Par Christophe Ledoux
 Améliorer la santé des brebis grâce aux plantes aromatiques
FiBL France
Au Gaec de Messagendre à Menglon le 4 décembre, lors de la première prise de sang sur les brebis avant le lancement de l’essai : Ruggero Menci (chercheur au FiBL France), Chloé Montial (apprentie au FiBL France), Laurène Fito (chercheuse au FiBL France), Michel Bouy (vétérinaire au cabinet Antikor), Léa Mignot (éleveuse au Gaec de Messagendre).

Le FiBL France, institut de recherche de l'agriculture biologique, a lancé le projet Opal*, consacré à l’utilisation de plantes aromatiques locales pour améliorer la santé des brebis gestantes et de leurs agneaux. L’objectif principal de cette étude est d’évaluer l’effet d’une complémentation alimentaire en plantes aromatiques riches en antioxydants chez les brebis en fin de gestation. En effet, cette période est critique car le stress oxydatif (voir encadré) augmente naturellement chez les animaux, avec des conséquences possibles sur la vitalité et la croissance des agneaux.

Sur deux saisons d'agnelage, Ruggero Menci et Laurène Fito, chercheurs au FiBL France, vont tenter de déterminer si des plantes aromatiques, issues de productions locales, peuvent réduire ce stress oxydatif, améliorer le bien-être des brebis et renforcer la robustesse des nouveau-nés. Piloté par FiBL France, le projet Opal réunit plusieurs acteurs techniques et scientifiques : l'institut des plantes aromatiques et médicinales (Iteipmai), la fédération départementale ovine de la Drôme (FDO), le cabinet vétérinaire Antikor ainsi que l'institut national pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Des feuilles de romarin

« Pour leurs animaux, certains éleveurs utilisent déjà des préparations à base de plantes aromatiques, souvent sous forme d'huiles essentielles, explique Laurène Fito. De plus, Michel Bouy, vétérinaire du cabinet Antikor, propose déjà des compléments alimentaires aux animaux gestants. Mais cette pratique reste marginale et les références disponibles sont parfois peu claires. D'où l'idée de réaliser une étude. »

Dès la validation du projet Opal en janvier 2025, l'Iteipmai a réalisé une recherche bibliographique afin de sélectionner les plantes aromatiques locales à très forte teneur en antioxydants. Sont alors plus particulièrement ressortis le thym, la mélisse, l'origan, le romarin, le cassis, l'artichaut…

« Pour débuter notre étude, nous avons décidé de sélectionner une seule plante, le romarin sous forme de feuilles séchées et non et d'huile essentielle, indiquent les deux chercheurs. Ce choix, mené en accord avec les partenaires de l'étude, a tenu compte de la pertinence territoriale de production de cette plante et de sa richesse en anti-oxydants. Cela permettra de sortir des résultats plus facilement qu'avec un mélange de plantes. Nous allons ainsi utiliser le romarin avec le moins de transformation possible afin de conserver toutes les molécules bio-actives présentes dans la plante. »

Trois élevages ovins

Trois élevages ovins volontaires - un troupeau laitier et deux allaitants - ont été sélectionnés. Le premier est situé dans le Diois, le second près de Crest et le troisième au pied du Vercors. « Ils ont été choisis pour leur appartenance au réseau du cabinet vétérinaire Antikor, indique Laurène Fito. Et aussi parce que les éleveurs sont intéressés par cette étude. » Dans chacun de ces trois élevages, deux lots de brebis seront constitués : l'un recevant une alimentation habituelle, l'autre des rations complémentées en feuilles de romarin provenant de l'Herbier du Diois. Au préalable, les deux chercheurs se sont assurés que les brebis ne refusaient pas les feuilles séchées dans leur alimentation.

« Sur le lot complémenté, la distribution de feuilles séchées de romarin est prévue un mois avant la mise-bas et jusqu'à un mois après, à raison de dix grammes par jour et par brebis, explique Ruggero Menci. Une dose calculée par rapport à la teneur souhaitée d'antioxydants ingérés », et déterminée par une quantification analytique effectuée au FiBL France.

Le protocole a débuté le 10 décembre dans un premier élevage. L'effet supposé du romarin sera analysé par plusieurs prises de sang. La première définit l'état de base des animaux. Trois autres - autour de la mise-bas et un mois après - permettront de comparer les deux lots de brebis (avec ou sans feuilles séchées de romarin). « Deux prises de sang seront aussi réalisées sur les agneaux, précise Ruggero Menci, car les molécules antioxydantes passent du romarin à la brebis, du sang de la brebis au colostrum et au lait et donc aussi à l'agneau qui tète. »

Premiers résultats fin 2026

Au total, sur les cinq-cents brebis gestantes des trois élevages sélectionnés pour l'étude, deux-cents verront leurs rations complémentées en feuilles de romarin séchées. Six agnelages seront étudiés sur deux saisons. « Nous allons mesurer certaines molécules dans le plasma et les globules rouges des brebis pour comparer les effets du romarin sur le stress, précise Laurène Fito. En comparant un lot complémenté et un lot non complémenté, nous pourrons voir si certaines molécules sont plus ou moins présentes. Nous enverrons également du lait et du colostrum au laboratoire de l'Iteipmai pour analyser les molécules antioxydantes présentes. Et nous suivrons également l'état des agneaux pendant un mois pour observer les taux de mortalité et de maladies néonatales, les interventions de l’éleveur, afin de vérifier si le colostrum enrichi en antioxydants transfère ces éléments aux agneaux et améliore leur survie et leur santé. » La qualité des produits - viande, fromage - sera également étudiée.

Les premiers résultats intermédiaires sont attendus d’ici un an. S'ils étaient concluants, les éleveurs pourraient ainsi disposer de recommandations concrètes pour intégrer cette plante aromatique dans l’alimentation de leurs troupeaux. Le projet Opal se poursuivra jusqu’en juin 2028 et d'autres plantes aromatiques pourront être étudiées.

Le stress oxydatif, c’est quoi ?

Le « stress oxydatif » désigne le déséquilibre entre la production de radicaux libres et la quantité d’antioxydants disponibles et utilisables par l’organisme. Ce n’est pas une maladie en soi : c’est un état d’affaiblissement qui ouvre la porte à d’autres problèmes.Dans un troupeau ovin, chaque brebis produit naturellement des radicaux libres dans son organisme quand elle mange, digère, marche, lorsqu'elle est gestante… En temps normal, le corps les neutralise grâce à des antioxydants (vitamines, plantes, minéraux…). En fin de gestation, un stress oxydatif trop élevé peut entraîner moins d’immunité, plus de risques de maladies, des agneaux moins vigoureux à la naissance et donc des risques de pertes plus élevés.

* Opal : monitorage du statut antioxydant des ovins complémentés en plantes aromatiques locales. Le projet est co-financé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Union européenne.