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Apiculture

Drôme d’abeille, l’apiculture au cœur de l’écosite d’Eurre

Installé depuis dix ans à Eurre, Nicolas Dallet a choisi de réduire sa production de miel pour équilibrer son activité avec celle de l’accueil à la miellerie.

Par M.EYMIN
Drôme d’abeille, l’apiculture au cœur de l’écosite d’Eurre
©ME-AD26
Nicolas Dallet produit huit miels différents selon la localisation de ses ruches dans la Drôme et en Ardèche.

Voilà dix ans que la Drôme a adopté Nicolas Dallet. Celui qui a travaillé dans les milieux de l’environnement, de l’humanitaire ou encore de l’éducation, a trouvé sa voie dans l’agriculture. « Cette activité me permet de concilier toute ma sensibilité et mes passions en lien à la nature, la production agricole et la transmission pédagogique », déclare l’apiculteur. Depuis 2018, il est à la tête d’une ferme apicole installée sur l’écosite d’Eurre. Engagé dans l’accueil pédagogique, l’apiculteur a ouvert une guinguette sur sa miellerie en juin. 

Miels et produits dérivés

À son arrivée, Nicolas Dallet possédait une trentaine de ruches. « Je suis monté à 400 ruches mais avec l’activité pédagogique, cela faisait beaucoup. J’ai eu un accident qui m’a décidé à me calmer et à chercher un équilibre entre les deux activités », a témoigné l’apiculteur. À ce jour, il gère plus de 200 ruches certifiées en agriculture biologique (AB). « Cette diversification me permet d’être moins dépendant des aléas de la production agricole », a-t-il ajouté. Cela n’empêche pas Nicolas Dallet de produire huit miels différents selon la localisation de ses ruches dans la Drôme provençale pour la lavande, dans le Royans ou dans la Drôme des collines pour l’acacia et le tilleul ou encore en Ardèche pour le châtaignier. 

En adéquation avec la certification en bio, il gère par exemple le varroa avec l’acide oxalique. ©ND

« Ce métier est devenu très technique et physique. Mais, pour moi, être apiculteur bio, c’est du bon sens pour respecter la terre et le vivant », assure ce dernier. L’agriculteur vend aussi des bougies de cire et de la teinture-mère de propolis et il développe d’autres produits dérivés tels que l’hydromel, la bière au miel et bientôt du pain d’épices et du nougat. La vente se déroule dans sa boutique ainsi que dans d’autres épiceries de producteurs ou des magasins bio spécialisés. 

Pédagogie et guinguette

Ainsi, plutôt que de tout miser sur la production, Nicolas Dallet a choisi de partager sa passion et de faire découvrir les abeilles au public. Il propose de la formation et des interventions dans les structures sociales, les établissements scolaires ou directement à Drome d’abeille. Il a investi dans une mallette d’outils pédagogiques adaptés aux interventions hors les murs. « Pour la créer, j’ai investi plusieurs milliers d’euros. J’avais envie de me donner les moyens de faire quelque chose d’immersif, tient à préciser le professionnel. En effet, cela ne s’improvise pas d’être animateur et dans la pédagogie. Ça reste complexe d’organiser le planning avec la partie production ». Le rucher pédagogique installé sur la miellerie permet aussi d’accueillir le public, équipé de combinaisons, pour des visites. Réduire l’activité apicole a permis à Nicolas Dallet de réaliser un de ses rêves : il vient d’ouvrir Food’Ruche, une guinguette sur la miellerie. Associés à sa compagne Pauline Dany, il y organise des animations conviviales autour d’événements pédagogiques et culturels. « Nous proposons aussi une petite restauration avec les produits de la miellerie et d’autres issus de producteurs bio et locaux », précise-t-il. 

Fondu dans l’Écosite 

Sa passion pour l’abeille, Nicolas Dallet la tient de son père. « Quand j’étais plus jeune, il m’emmenait voir ses ruches installées au fond du jardin. Quand j’ai travaillé en ferme pédagogique, j’ai redécouvert les abeilles et ça m’a passionné », raconte le producteur. Avant d’ouvrir sa miellerie, il a rejoint la pépinière d’installation les Compagnons de la terre, basée à Eurre. « C’était un super lieu pour construire mon projet. J’ai bénéficié d’un accompagnement à l’installation idéal pour tester mon activité », explique l’apiculteur. À l’époque, la couveuse agricole proposait des contrats d’un an renouvelables deux fois. Aujourd’hui, l’association a disparu mais la ferme, rachetée par la communauté de communes, est gérée par plusieurs jeunes agriculteurs bio. Son projet, Nicolas Dallet l’a construit de A à Z. « Il y a quatre ans, ici, c’était un tas de cailloux. J’ai fait construire tout mon bâtiment en bois et je l’ai équipé de panneaux photovoltaïques, de systèmes de récupération d’eau, de compostage et de toilettes sèches. J’ai aussi aménagé les extérieurs avec des plantations mellifères et des points d’eau pour accueillir la biodiversité », précise celui qui a bénéficié d’une aide de la Région pour ses travaux.

Cette année, Nicolas Dallet a ouvert Food’Ruche, une guinguette sur la miellerie. ©ND

Étendu sur 55 hectares, l’écosite d’Eurre n’a cessé de pousser ces dernières années. Auparavant, la parcelle était exploitée par la SNCF avant d’être réinvestie par la communauté de communes du Val de Drôme. D’ailleurs, Jean Serret, maire de la commune et président de la communauté de commune du Val de Drôme, n’a pas caché sa fierté quant à l’évolution de ce site. La visite d’Olivier Amrane, vice-président en charge de l’agriculture à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, sur l’exploitation de Nicolas Dallet, jeudi 22 mai, fut l’occasion de mettre en lumière l’activité de l’écosite. Il regroupe plus de 90 entreprises et fait vivre des centaines de personnes. Drôme d’abeille a parfaitement su s’intégrer au projet de ce parc d'activités entièrement aménagé dans une démarche environnementale et dédié au développement durable.

Filière apicole

Une production de miel de plus en plus difficile

Plusieurs professionnels de la filière apicole régionale s’étaient déplacés pour échanger avec Olivier Amrane dernièrement à Eurre.

Une production de miel de plus en plus difficile
©ME-AD26
Olivier Amrane, vice-président en charge de l’agriculture à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Jean-Pierre Royannez, président de la chambre d’agriculture de la Drôme ont notamment participé à cette rencontre avec l’association.

Installé en Ardèche, Emmanuel Rey, apiculteur adhérent à l’association du développement apicole en Auvergne-Rhône-Alpes (Ada Aura), gère 400 ruches. « Sur vingt ans, j’observe une baisse de 40 % de ma production. S’il n’y a pas d’équilibre entre la chaleur et l’humidité, ça ne mielle pas, a-t-il expliqué à l’élu régional. Cette année, on démarre bien car il y a eu de l’eau ».

L’inquiétude des apiculteurs

Installé depuis dix ans, Jérémie Barret, apiculteur à la Ruche Colombe à Saoû, exploite lui aussi 400 ruches. « Je fais le même constat. Les aléas climatiques deviennent de plus en plus compliqués pour produire du miel ou faire de l’élevage de reine, a-t-il rapporté. Nous observons une dégradation de la durée de vie des abeilles ». D’autres combats sont menés par la filière apicole. La lutte contre le varroa avec des méthodes biotechniques, « nous nous y consacrons toute l’année pour maintenir un cheptel en bonne santé. L’insecte résiste de plus en plus aux molécules ». Le juste prix de vente en gros reste difficile à obtenir lorsque « en moyenne le miel importé est vendu à 3 € le kilo contre 8 à 10 € en France ». Les apiculteurs pointent aussi du doigt la difficulté à « trouver des floraisons sans impacts en raison des insecticides qui désorientent et impactent les pollinisateurs et le reste de la chaîne ».