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Élevage

L’Aver, « c’est un état d’esprit, un rapport de confiance »

Créée en 2006 par des agriculteurs drômois, l’Association vétérinaire des éleveurs de la Raye (Aver) réunit environ cent élevages. Elle fonctionne grâce à une convention établie avec le cabinet vétérinaire Antikor, situé à Barbières.

Par M.E.
L’Aver, « c’est un état d’esprit, un rapport de confiance »
©ME-AD26
Fabrice Rigal (à gauche) et Vanessa Bellusso (à droite) ont rencontré Christian Balayn et sa femme Valérie sur leur ferme pour présenter l’association.

Bientôt vingt ans pour l’association vétérinaire des éleveurs de la Raye (AVER) et pas une ride... ou presque ! Avoir un vétérinaire de confiance et qui peut se rendre disponible lorsque le troupeau en a besoin, c’est une chance pour les éleveurs qui peinent parfois à trouver la perle rare. Vanessa Bellusso, éleveuse au sein du Gaec de Robin à Combovin, a déjà eu quelques échos des difficultés inhérentes au manque de vétérinaires ruraux. « Mon beau-père a connu la désertification des vétérinaires avant la création de l’association. À l’époque, certains éleveurs étaient restés un an à se débrouiller par eux-mêmes », rapporte l’administrée de l’association Aver. Membre, du conseil d’administration depuis 2019, elle participe parfois aux visites d’exploitation des nouveaux adhérents. Ce vendredi 31 octobre, elle s’est rendue sur la ferme de Christian Balayn, éleveur de brebis à Chabeuil, au côté de Fabrice Rigal, vétérinaire pour l’Aver.

La présence du vétérinaire a été l’occasion de démarrer un suivi sanitaire avec une coproscopie. ©ME-AD26

La raison ? L’agriculteur va augmenter son troupeau de brebis, avoir besoin de nouveaux services de soin et vient donc d’adhérer à l’association. « Nous souhaitons un suivi et des conseils plutôt que des professionnels qui viennent seulement pour nous vendre des médicaments », assure Christian Balayn accompagné de sa femme Valérie. Bonne nouvelle puisque selon Fabrice Rigal, les vétérinaires de l’Aver préfèrent « assurer de la prévention plutôt que multiplier les interventions ».

Faire perdurer l’association

Au sein de l’Aver, trois vétérinaires assurent le suivi des élevages. Leur champ d’action s’étend à priori de Bouvante-le-Bas jusqu’à Vaunaveys-la-Rochette mais peut aller plus loin selon les besoins et les urgences. La particularité de l’association est qu’elle est pilotée et présidée par des éleveurs. « Nous avons la chance d’avoir des vétérinaires conventionnés avec l’association des éleveurs. Je trouve cela important de s’impliquer car les anciens sont proches de la retraite et je ne veux pas que l’association disparaisse par manque de bénévole, explique Vanessa Bellusso. Durant les conseils d’administration, nous échangeons sur la situation sanitaire des élevages ou par exemple des nouveaux adhérents. C’est toujours convivial et ça nous sort de nos vallées. En plus, il y a une belle représentativité des différents élevages du territoire. » L’actuel président de l’Aver est Thierry Gillos, du Gaec la Jersiaise des Combes.

Confiance et disponibilité

Pour Christian Balayn, adhérer à l’Aver va aussi permettre de pouvoir compter sur la disponibilité des vétérinaires. « Celui que nous avons actuellement fait toute la France donc il ne peut pas toujours intervenir lorsque nous avons besoin… Puis il risque de prendre sa retraite d’ici peu donc il nous fallait anticiper. » Les adhérents de l’association paient à l’année en fonction de leur nombre d’animaux. La cotisation annuelle se base au minimum sur dix unités d’intervention vétérinaire (UIV). La valeur de ces UIV (33,5 euros pour une vache laitière) est votée chaque année par les éleveurs de l’organisme. « Chez nous, la marge sur les médicaments est transparente et la cotisation est indexée sur le nombre et le type d’animaux pour que les plus petits élevages aient une cotisation propotionnée », assure Fabrice Rigal.

L’éleveur commercialise ses animaux en label rouge auprès d’Agneau soleil. ©ME-AD26

Les adhérents bénéficient ainsi de tarifs préférentiels et peuvent compter sur les vétérinaires pour des interventions en urgence sept jours sur sept, 24h/24 sans frais supplémentaires. « Au final, les années durant lesquelles les éleveurs font moins appel à l’association sont lissées sur le long terme. C’est un état d’esprit, un rapport de confiance », avance lé vétérinaire.

Suivi et formations

Pour adhérer à l’Aver, les éleveurs doivent accepter un règlement. Pour les interventions vétérinaires, ils doivent mettre notamment à disposition du professionnel une combinaison et des bottes. Les adhérents doivent aussi participer à certains formations qui permettent de leur faire gagner en autonomie et proposer un cahier de suivi sanitaire au vétérinaire. L’Aver est basée à Barbières car elle possède une convention avec le cabinet vétérinaire Antikor. Sur les près de cent élevages adhérents, il y a 49 % de bovins et 50 % d’ovins et caprins. En 2024, l’Aver est intervenue 2 800 fois sur le territoire.

Pour rappel, l’association fait partie du réseau de la Fédération des Eleveurs et des Vétérinaires en Convention (Fevec), créée en 1986, et qui emploie deux animateurs. Le réseau recensait douze groupes conventionnés en 2022 et plus de mille élevages adhérents. Dans le Nord-Drôme, certains éleveurs adhérent à une autre association du réseau, l’Association Vétérinaires Eleveurs en Convention (Avec) créée en 1985 et basée à Roybon (Isère). Cette structure a servi d’exemple pour la création de l’Aver.

Changement de cap pour Christian Balayn

Pour Christian Balayn, cinquième génération sur la ferme, ce fonctionnement est une nouveauté. « Jusqu’à présent, j’avais un vétérinaire spécialisé dans l’élevage porcin », explique l’éleveur. Alors qu’il engraissait jusqu’à 450 porcs par an, l’agriculteur a mis fin à sa collaboration avec son fournisseur « car sa façon de travailler a changé. Les animaux arrivaient à moins de dix kilos contre vingt kilos auparavant. Il y avait beaucoup de perte. » Un coup dur puisque cette collaboration datait de plus de trente ans. « Nous avons donc décidé d’augmenter le troupeau pour passer à 250 brebis. Grâce à la conjoncture du prix de l’agneau, ça va compenser notre perte d’activité porcine ». L’éleveur commercialise ses animaux en label rouge auprès d’Agneau soleil.