L’EARL Mont Bio à la recherche d’un nouvel associé
À Montmeyran, l’EARL Mont Bio fait partie des premières fermes françaises à s’être lancée dans la patate douce en 2014. À ce jour, elle en produit près de 800 tonnes par an.
Créée en 2012 à Montmeyran par Bruno Jurrus, l’EARL Mont Bio, a su se démarquer des fermes voisines durant plusieurs années avec la production de patates douces. « L’année où nous avons commencé, nous étions les seuls producteurs à en faire sur le marché français », se rappelle l’exploitant agricole. Depuis fin 2021, il est associé à Justine Dornes, aujourd’hui âgée de 34 ans. Le fondateur de l’EARL Mont Bio cherche à présent à passer le flambeau en trouvant un chef de cultures et un nouvel associé pour racheter ses parts.
Pionniers de la patate douce
Si la production d’Ipomoea batatas, de son nom scientifique, a longtemps été attribuée aux pays aux climats chauds et tropicaux, Bruno Jurrus a montré à ses confrères que la France pouvait aussi se lancer dans cette culture. Voilà maintenant plus de dix ans que le maraîcher expérimente cette plantation. « L’idée est venue lors d’une soirée d’anniversaire. Le commercial d’un grossiste bio m’a expliqué qu’il voyait un potentiel dans la patate douce française. Jusqu’alors, elle était peu consommée sur le territoire et était importée d’Espagne ou d’Israël, rapporte l’agriculteur de 61 ans. Quand j’ai proposé ma production aux grossistes, ils étaient surpris. C’était une nouveauté. »
Au démarrage en 2014, « personne ne savait comment en produire ici, il n’y avait aucun technicien. Nous avons eu de gros déboires au début. On a mis sept ou huit ans à être au point. On continue encore nos essais afin d’avoir des fruits réguliers et de bons calibres ».
Parmi les problèmes rencontrés, le taupin mène la vie dure aux maraîchers. « Pour lutter contre, on ajoute des engrais verts mais ça ne fonctionne pas à 100 %. On lutte aussi contre les mulots en labourant plus efficacement », déclarent les associés de l’EARL. Les agriculteurs se sont rendus deux fois aux États-Unis et une fois en Argentine pour « obtenir des informations, notamment sur la conservation ».

La ferme produit jusqu’à 800 tonnes de patates douces par an. ©ME-AD26
À l’EARL Mont Bio, la patate douce se plante de fin avril à début juin et la récolte a lieu d’août à octobre. « La conservation peut poser problème. Le tout est d’avoir une température et une hydrométrie bien maîtrisées, expliquent Bruno Jurrus et Justine Dornes. Dans de bonnes conditions, elle peut se conserver un an. Nous essayons d’y parvenir afin d’étaler notre commercialisation sur l’année. Cela permettra de conserver le marché car maintenant, tout le monde fait de la patate douce. » Un projet de création de filière serait en discussion selon Bruno Jurrus. Ce type d’association pourrait permettre de valoriser la production française « pourquoi pas même sous forme d’IGP » imagine le producteur.
Diversifier le bio...
Si la patate douce représente la plus grande part de l’activité de l’EARL Mont Bio, ça n’est pas la première culture à l’origine de la création de la ferme. En 2012, après des années en tant que salarié agricole dans une exploitation voisine, Bruno Jurrus s’associe avec ses anciens employeurs pour créer l’EARL. « Je n’avais rien, ni terre ni matériel, précise-t-il. Mes anciens patrons m’ont mis des terres à disposition et je continuais de travailler à mi-temps pour eux en parallèle. » C’est avec des asperges sur un hectare que Bruno Jurrus s’est lancé avant de planter des courgettes sur deux hectares. En 2018, la ferme a absorbé l’exploitation d’un agriculteur de Montmeyran par le biais d’un Groupement foncier agricole (GFA) afin de faire construire un bâtiment.
Un site qui sert à présent de salle de conditionnement, de lavage, de chambre froide et de stockage. Aujourd’hui, l’exploitation maraîchère s’établit sur près de quarante hectares dont plus de la moitié en fermage. La patate douce représente près de 800 tonnes à l’année, la pastèque environ 120 tonnes et les pommes de terre une cinquantaine de tonnes. En moins grandes quantités, les maraîchers produisent aussi des courges, des fraises et des légumes d’été. À noter, la ferme fait partie de l’association des producteurs Asperge avenir qui, avec l’embauche d’un technicien, a aidé de nombreux producteurs à résoudre les difficultés de production.
"La conservation peut poser problème. Le tout est d’avoir une température et une hygrométrie bien maîtrisées", expliquent Bruno Jurrus et Justine Dornes.
À la ferme, moins de cinq % de la production de fruits et de légumes se déroule sous serre afin d’éviter les maladies et les ravageurs. « Le plus impactant ce sont les pucerons. Nous travaillons en lutte intégrée avec des auxiliaires de cultures », précisent Bruno Jurrus et Justine Dornes. L’autre gros problème des agriculteurs ce sont les passages de lièvres et de corbeaux qui sectionnent l’arrosage. L’exploitation peut compter sur un système de goutte-à-goutte qui équipe 80 % de ses parcelles. Enfin, l’entreprise agricole se heurte, elle aussi, au manque de saisonniers. En juillet et en août jusqu’à quarante personnes sont embauchées via le groupement d’employeurs Agri travail qui regroupe plus de 110 agriculteurs. « Nous embauchons surtout des Roumains mais ils sont de moins en moins présents, ça devient compliqué. Le manque de main d’œuvre va vraiment devenir un souci d’avenir. C’est préoccupant alors on essaie de mécaniser un maximum », témoignent les maraîchers.
… Et le commercialiser
L’EARL Mont bio commercialise 90 % de ses produits auprès de grossistes de chaînes de magasins bio. « La plupart des grandes distributions traditionnelles vendent de la patate douce venue essentiellement d’Égypte. Il y aurait du travail pour les agriculteurs français pourtant. On constate aussi que sur le bio, ils font souvent des marges de dingue, déplore Bruno Jurrus qui garde en tête certaines anecdotes sur la revente de ses produits. Les marges sont largement supérieures au conventionnel lors de la vente au public alors que le prix d’achat est quasi similaire. On nous explique que c’est parce que le bio se conserve moins bien... Avec ces marges, ce n’est pas étonnant que les consommateurs trouvent le bio trop cher. » Les dix % restants de la production sont vendus dans des magasins de producteurs, en semi-gros, sur le marché de Crest le samedi et, durant les beaux jours, directement à la ferme.
Passer le flambeau
Proche de la retraite, Bruno Jurrus, 61 ans, souhaite vendre ses parts à un nouvel associé. ©ME-AD26
Justine Dornes a rejoint l’EARL Mont-Bio dès sa création en 2012. « J’ai été saisonnière puis salariée avant de devenir associée », explique l’agricultrice de 35 ans. « C’est la première salariée de l’entreprise. Quand on emploie quelqu’un de compétent, qui a le goût du travail bien fait et qu’on ne veut pas le laisser partir, on l’implique », ajoute Bruno Jurrus. Ainsi, en 2021, lorsque ce dernier a racheté des parts à ses associés, il les a vendues à Justine Dornes. À présent, le fondateur de l’EARL Mont Bio souhaiterait ouvrir un nouveau chapitre : passer le flambeau et prendre sa retraite. « Ça fait des années que nous cherchons un chef de cultures et nous ne trouvons pas. La charge de travail est importante à deux. Ça pourrait être aussi d’avoir un nouvel associé qui rachèterait mes parts. L’exploitation se porte très bien et peut apporter une rentabilité immédiate », estiment les associés.